Feel it !




Paroles et musique de Dan Speerschneider
un album pour célébrer la vie ;-)

vendredi 27 juin 2014


                                               Être le miroir de la vie


Le miroir ne juge pas. Le miroir ne choisit pas. Il reflète. Un miroir parfait reflète ce qui est, sans distorsion.

Le miroir reflète sans préférence les objets, les choses et les êtres qui apparaissent en lui.

Le miroir accueille tout ce qui apparaît. Il ne refuse pas de refléter certaines choses.

                                                    Le miroir n'a ni désir ni peur. 

Le miroir n'est pas affecté par ce qui en lui se reflète. Il reflète aussi bien la misère que la splendeur, la laideur que la beauté, la douceur que la violence.

L'être impersonnel que nous sommes, cette indéfinissable Présence consciente que nous sommes semble parfois proche des qualités d'un miroir. Faites en l'expérience.

                                               Expérience : Soyez le miroir de la vie !

conscience pure
Imaginez que votre regard - cet espace ouvert et transparent qui se trouve là où par inadvertance vous aviez l'habitude d'imaginer une tête - se fait au travers d'un miroir placé derrière votre nuque. Lorsque vous avez la sensation de tourner la tête c'est votre miroir que vous tournez.
Regardez le monde des formes et des couleurs comme si vous étiez le miroir dans lequel les formes et les couleurs se reflétaient. Ce qui apparait se reflète dans la transparence de votre regard-miroir.


Les êtres que vous croisez dans la rue se reflètent dans votre miroir. En ce moment même mes doigts bougeant sur le clavier, le bureau et l'ordinateur se reflètent dans le regard miroir. C'est si simple et si beau de constater la vie d'instant en instant sans vouloir que ce qui se reflète ne soit différent de ce que c'est. C'est même émouvant. Voyez-le.



Au début il faut une petite dose d'imagination et un esprit ouvert et ludique. Mais très vite vous découvrez à quel point il est facile d'être le miroir de la vie. Cela se fait naturellement et sans aucun effort. Puis petit à petit au cours de l'expérience,  soudainement et, paradoxalement, il va vous sembler beaucoup plus facile de se prendre pour un miroir que de se prendre pour une personne !



Et si c'est si facile n'est ce pas que c'est cela notre nature véritable ?

                                                    

Que voyez vous dans la direction du doigt ? 


N'est-ce pas le miroir de la conscience en qui se reflète ce corps qui apparait comme un reflet ? La vision sans tête (voir Douglas Harding) est la reconnaissance que le monde se reflète en moi et non le contraire.

   "Comment être en accord avec soi-même" ?
                                                                                                                                                           (Question envoyé par un ami)


Lorsque je lis ta question, j'entends que ton désir est d'être en accord avec toi-même et que donc il y a une souffrance présente en toi, liée à ce désaccord. Cette souffrance équivaut à un sentiment de manque, une impression d'incomplétude. Quelque chose semble te manquer en ce moment pour que tu te sentes heureux et en harmonie avec toi-même. Et l'idée d'obtenir cette chose dans le futur stimule la question. 

Or l'accord, la plénitude peuvent-ils être éprouvés en dehors de maintenant ?

Que se passe-t-il en réalité ? Au lieu de prendre le temps d'écouter ce manque de façon tactile, ce qui peut prendre un certain temps et réveiller des nœuds émotionnels, le mental propose avec la rapidité de l'éclair des solutions miracles. Tu omets (par peur ou habitude) de prendre le temps de vérifier que les pensées qui t'apparaissent ne sont ni plus ni moins des pensées qui apparaissent dans ta Présence consciente. Ainsi tu t'identifies à ces pensées qui te parlent d'un avenir éventuellement plus radieux où tu pourrais être en accord avec toi-même à condition de trouver la clé. Et ces pensées cessent alors d'être de simples pensées, elles deviennent des croyances, des pensées auxquelles tu prêtes foi, auxquelles tu accordes u degré de certitude. Or, la pensée vient de la mémoire et la mémoire est le passé. Comment le passé pourrait-il répondre de façon adéquate à un problème qui apparaît maintenant ? La clé à un problème maintenant se trouve manifestement au cœur de l'Instant et non pas là-bas dans le futur qui est le passé et qui par définition n'existe pas.

Aussitôt que tu t'identifies au jeu fascinant du mouvement des pensées, tu oublies qui tu es vraiment : Présence consciente, Pur Sujet, en lequel les perceptions vont et viennent. Le jeu des pensées fait miroiter des solutions miracles. Et ton attention se colle à ces "pensées miraculeuses". Par habitude, par distraction. Lorsque l'attention colle à une pensée, la pensée devient croyance. Quelque chose que tu tiens pour vrai et qu'on ne remet pas facilement en question. Il faut une extrême vigilance pour constater en soi le processus même de l'identification. Il s'agit de s'éveiller à une attention non ordinaire. Or l'Évangile (au sens étymologique, "La Bonne Nouvelle"), c'est que tu es, je suis, nous sommes cette attention extraordinaire. Et que tu n'as rien à faire pour l'être. 

Comment ? En regardant dans la bonne direction. En cessant d'être distrait. En arrêtant de porter ton attention vers l'objet perçu et en retournant ton attention à 180° vers ce qui en toi perçois. Constate simplement que ce qui en toi perçoit n'a ni couleur, ni forme, ni nom, ni limite, ni début et ni fin...

Quand ? Maintenant. 

Où ? Ici. 

À la source de ton attention .

Pourquoi ? Pour la joie de ne rien être.


Si tu explores de façon tactile, sans rien chercher, si tu écoutes sans vouloir cette impression douloureuse de manque qui se présente à toi, simplement, telle qu'elle est, sans jugement, depuis cet espace conscient, tu permets que le manque s'exprime entièrement.

Le manque est toujours une émotion froissée et plissée dans le tréfonds du corps. Ce qui maintient l'émotion dans cet état de compression, et te provoque à certains moments une impression d'étouffement, ce sont tes croyances transparentes (celles à travers lesquelles tu interagis avec le monde mais que tu ne vois pas). Pour découvrir tes croyances transparentes, le masque que tu endosses pour entrer en relation avec le monde, il faut se rendre vulnérable : Quitter le vu pour voir vraiment.

Ce qui créé ce manque, ce non-accord, c'est la non écoute. La non écoute, c'est le refus. Le refus de ressentir. Tu préfères penser la vie que de la ressentir. Le refus de sentir c'est la peur. Et la peur se nourrit de notre incessante identification aux pensées qui donnent l'illusion qu'un évènement à venir, qu'un objet, qu'une solution peut-être trouvée dans le futur pour combler le manque présent ici et maintenant. Un peu comme une pièce manquante à un puzzle incomplet. Or l'Être est toujours complet. Ce n'est pas un puzzle avec une pièce manquante, un objet. L'Être est le Sujet Ultime en lequel tous les objets apparaissent et disparaissent. Ce que tu es est, avant même le surgissement de la pensée. La pensée ne peut donc le saisir.

La solution plutôt qu'une prescription est une description : vivre avec la réalité c'est à dire ressentir la sensation de peur. Complètement, entièrement. Ressentir c'est être pleinement. 

Ne pas considérer le manque en tant que "j'ai un manque" mais en tant que : "Je suis le manque".

Lorsqu'on considère le manque comme quelque chose de séparé de soi on souffre, non pas du manque  lui même mais de l'impression de séparation d'avec le manque. Paradoxe pour le mental. Évidence pour la paume écouteuse, pour le regard sans personne. Subtilité qui fait que la plupart des gens disent ressentir leurs émotions alors qu'en réalité ils ne ressentent que la résistance à leurs émotions !

Lorsqu'on s'adonne complètement au ressenti d'un manque (quel qu'il soit) en tant que "Je suis le manque", alors commence un voyage d'intensité dans l'inconnu de l'instant dont on ne peut rien dire : Le Ressenti Silence. Peu à peu le manque se consume et se fond dans le "Je suis" qui est. C'est inéluctable. Ne me croyez pas, faites l'expérience. Et voyez ce qui demeure une fois l'expérience faite jusqu'au bout. Demeure une non chose ("nothing" en anglais), un espace tranquille, ouvert, spacieux, une présence consciente qui ne peut être définie, une sensation vibrante et joyeuse d'être.

Ressentir une émotion pure est une chose précieuse en ce monde. C'est un art de vivre d'une très grande beauté. C'est comme l'éclosion d'une fleur très rare à laquelle on assiste en mode accéléré. C'est comme assister à une naissance. À sa propre naissance. À sa propre renaissance. Pour cela il suffit de découvrir à quel point tu es sans cesse en train de résister à ce qui se présente. Lorsque la résistance est vue et pleinement ressentie, alors l'émotion vraie peut enfin se déployer dans l'espace ouvert et conscient. Tu crées par ton écoute sans personne la caisse de résonance infinie qui permet enfin d'entendre les mélodies les plus indicibles de la palette des émotions. Et lorsque les résistances se dissolvent, elles se révèlent à toi sous un jour nouveau comme un feu d'artifice dans la nuit noire, révélant en se résorbant la beauté insondable de la lumineuse obscurité. Le Ressenti dissout la racine de la pensée qui est l'idée maîtresse d'être une personne séparée.

On ne connait pas une émotion mais on peut co naître en elle et avec elle. 

Tu découvriras alors que ce que tu appelais par l'imprécision de ton regard conditionné, "le manque", était en fait une harmonique lointaine de la plénitude. Car aussitôt ressentie pleinement, le manque, inévitablement se résorbe dans l'Être et la plénitude que Je suis, que tu es, que nous sommes.


lundi 16 juin 2014

                              Penser ou Ressentir la vie ?


Au fond dans la vie il n'y a qu'un véritable choix : Penser ou ressentir. Soit vous pensez la vie soit vous ressentez la vie. 

Vous ne pouvez pas faire l'un et l'autre en même temps. Lorsque vous pensez la vie vous quittez le plan du ressenti et lorsque vous ressentez la vie, la pensée est absente. Le ressenti est tactilité. Mais contrairement à ce qu'on nous enseigne il n'y a pas que le toucher qui peut-être ressenti. Vous pouvez ressentir une situation. Vous pouvez ressentir un autre corps sans le toucher. Vous pouvez ressentir une pensée sans la penser. 

Le ressenti est toujours plus proche de la source de notre être véritable que la pensée qui est une construction plus tardive. La pensée est un commentaire qui vient se calquer sur un ressenti. Le ressenti se situe en amont de la source. Le ressenti est toujours antérieur au déclenchement quasi automatique du processus d'étiquetage, de conceptualisation, de comparaison, de justification, de condamnation, de jugement.


La plupart des gens ont perdu la faculté de ressentir. Ils ont troqué cette faculté contre un catalogue de mots et un dictionnaire d'opinions. La perception du ressenti est compliqué pour un être qui est habitué à fournir des réponses préemballées et lyophilisées. Il oblige à ne pas se focaliser sur la traduction de la sensation en mots ce qui nuit à l'illusion de la toute puissance de l'intellect et lézarde la croyance d'être un moi séparé. Le ressenti vulnérabilise et nous ramène dans l'espace ouvert et conscient du "je ne sais pas" où tout redevient possible. Le ressenti ouvre à l'expérience directe de l'ici et maintenant où tout le savoir accumulé, subtil ou grossier ne vous est plus d'aucune utilité. La personne résiste forcément à sa propre dissolution. Et pour maintenir l'illusion d'être une personne séparé doté de libre arbitre le meilleur moyen est une fuite en avant dans l'enchaînement compulsif des pensées. C'est pour cela qu'il est essentiel que le mental comprenne sa propre impuissance, qu'il comprenne que dans l'espace du ressenti ou dans l'appréciation d'une expérience dans le moment présent, il est totalement caduque.


La véritable mesure de la qualité de vie d'un être humain n'est pas constitué de critères socio-économiques. Vous ne pouvez pas non plus mesurer la qualité de vie d'un être humain en mesurant sa  santé physique, sa qualité de vie du point de vue écologique ou du point de vue de l'environnement 
familial ou professionnel d'un individu.

La véritable mesure de la qualité de vie d'un être humain n'est pas quantitative mais qualitative. Elle se "mesure" de façon intime en observant le rapport entre le ressenti et la pensée dans la vie d'un être humain. Plus un être humain passe son temps dans le ressenti, plus il y a de joie, de la détente, de l'insouciance, de l'ouverture, de la souplesse, de la créativité. Plus il met l'accent sur le fait de comprendre intellectuellement, de penser et de contrôler la vie, plus il y a de sérieux (au sens d'une forme de rigidité), plus l'attention se fixe sur ce qui devrait être plutôt que ce qui est, plus il y a de sentiment de responsabilité, des sentiments de frustration, de honte, de culpabilité, de désirs et de peurs.

Dans le véritable ressenti, il n'y a personne qui ressent. La personne n'étant qu'une idée, une pensée, un concept perçu, elle ne peut rien ressentir. La personne est toujours ressentie. C'est l'Être qui ressent.


Si vous vous observiez sans attente pendant une journée entière vous verriez que vous n'êtes pas en train de penser de façon continue. Malgré les apparences d'une suractivité mentale, il y a des moments de répits. Ces pauses où vous ne vous référez plus à un moi comme centre de commandes sont des moments de ressenti véritable. Mettre l'accent sur le ressenti dans votre quotidien est la porte vers une vie heureuse. Le ressenti est en lui-même source de joie, quelle que soit l'objet de votre ressenti. Lorsque vous ressentez la vie, quelle que soit la situation, la pensée ou l'émotion qui se présente - même une émotion ou une situation étiquetée comme étant très négative pour le corps-mental - une plénitude sans cause et sans objet s'installe naturellement.

La peur, le stress, la dépression sont tous des sentiments qui émanent d'une vie coupée du ressenti.

Un accompagnement thérapeutique doit toujours s'atteler en priorité à restaurer l'écoute sans personne, qui est synonyme de la capacité de ressentir. Pour des raisons pédagogiques on pointe en premier lieu vers l'écoute sensorielle des conflits psychologiques. Les émotions ne demandent pas forcément une analyse psychologique et une compréhension mentale pour se résorber. Lorsque chez un être se développe la capacité d'écouter tactilement ses émotions, il devient alors possible de ressentir la source du ressenti, d'écouter l'écoute. Petit à petit il devient envisageable de tourner l'attention à 180 degrés vers sa propre source et découvrir que cette écoute est là, même en l'absence d'objet (émotion) à écouter.

Restaurer la capacité de ressentir chez un être humain est la voie vers la guérison et sans doute le plus court chemin pour découvrir notre nature ultime, notre être véritable.

samedi 14 juin 2014

                              Le Yoga de la Dissolution



Un des plus beaux yoga que je connaisse sont ceux qui ont traits à la dissolution. Ce qui se dissout dans ce yoga n'est pas le corps physique mais le corps imaginaire et notre sentiment d'appartenance, notre identification erronée à ce corps, notre croyance fallacieuse et source de douleur qui consiste à se prendre pour un individu séparé et doté de libre arbitre.

Il s'agit de s'asseoir ou de s'allonger dans un endroit où vous ne serez pas sollicité pendant une dizaine ou une vingtaine de minutes au minimum.

Tout en fermant les yeux, vous vous représentez votre corps tel que votre mental vous le reconstruit en imaginaire. Puis lentement vous scannez chaque partie du corps, en partant des orteils jusqu'à la tête en associant à chaque partie du corps ressentie les mémoires qui y sont associés. Par exemple en mettant l'attention sur les pieds je me souviens de la course à pieds nus sur le sable un été en corse, en pensant aux gros orteils je pense à toutes les fois où l'ongle a pris un bleu au football et qu'il a fini par tomber. En pensant au genou, je pense à une ancienne tendinite. Aux jambes dans leur ensemble à la joie de danser que j'ai éprouvé à maintes reprises par exemple. À la poitrine, je pense aux délicates caresses d'une amante dont le nom m'a échappée etc... Vous faites ce balayage en vous arrêtant sur chaque partie ressentie. Si une mémoire vous revient tant mieux, sinon vous poursuivez le balayage vers la tête. Le voyage jusqu'à la tête vous prends entre 2 et 10 mn selon le temps dont vous disposez et les mémoires qui surgissent lorsque l'attention accueille telle ou telle partie corporelle. Vous n'essayez pas de forcer l'association de la partie corporelle scannée avec une mémoire mais si la mémoire surgit vous l'accueillez dans cette attention sans choix. Arrivé à la tête, en haut de la fontanelle, vous repartez au gros orteil et toujours les yeux fermés, vous visualisez que vous y mettez le feu !


Et vous laissez l'orteil puis la plante du pied, le dessus du pied, le talon, la cheville s'enflammer. Le feu progresse jusqu'en haut de la jambe puis vous mettez le feu à l'autre gros orteil qui se répand progressivement dans la deuxième jambe pour rejoindre l'incendie allumée dans la première. Le feu se propage jusqu'au bassin, bas-ventre, ventre, bas du dos, milieu du dos, colonne vertébrale, plexus solaire, cœur, poitrine, trapèzes, épaules. Les flammes descendent dans les bras jusqu'à l'extrémité des doigts puis le feu embrase la nuque et la tête. Le visage se décompose sous l'action des flammes comme de la cire qui coule. Tout votre corps imaginaire n'est plus qu'un immense brasier. Bientôt il ne reste qu'un morceau de charbon ardent qui finit par brûler complètement jusqu'à devenir un tas de cendres.

Lorsque votre corps est totalement réduit en cendres, vient un vent frais qui les disperse dans les 6 directions. Bientôt il ne reste rien.

Il ne reste plus que l'espace. Un espace ouvert et une Présence consciente. Tout à l'heure il y avait un corps avec son histoire. Maintenant il ne reste que l'espace dans lequel ce corps était apparu.

Ressentez ce que cela fait que d'être cet espace. Goûtez le pleinement et savourez….!

En apparence violent, ce yoga est pourtant l'un des plus doux que je connaisse. Faites-moi part de vos expériences et de vos observations...

mardi 10 juin 2014

                                           Que reste-t-il ?




Pensez à la personne que vous semblez être. Voyez que ce que vous pensez être est une perception au même titre que la chaise.
Que reste-t-il lorsque vous laisser tomber l'idée d'être une personne ?

Prêtez attention à la pensée qui se manifeste maintenant dans le champs de votre conscience.
Qui êtes vous lorsque cette pensée n'est plus là ?

Pensez à des épisodes de votre enfance. Constatez que ces mémoires apparaissent dans votre Présence consciente ici et maintenant.
D'où viennent ces pensées ? Où partent elles ?

Pensez à celui que vous croyez être le penseur de toutes vos pensées.
Quelle(s) image(s), film(s) ou bande(s) sonore(s) apparaissent ?
Que reste-t-il lorsque vous laisser tomber ces perceptions ?
Y a-t-il encore un penseur ? Si oui explorez la substance de ce "penseur" et constatez qu'il n'est qu'une image, une voix, une mémoire, une perception. Constatez ce qui reste lorsque cette perception cesse d'être perçue ?

Que reste-t-il d'autre qu'une sensation de tranquillité, de paix, d'ouverture, d'amour inconditionnel pour toute chose qui apparait et disparaît au sein de cette Présence consciente que vous êtes ? Ce qui reste, est-ce encore une identité ? Est-ce que cela a une forme, une couleur, un âge ? Si oui laissez tomber ces perceptions, ces choses, ces images et voyez ce qui reste ?

Ce qui reste est-il localisé ? Si oui, ressentez-le pleinement puis, laissez cette sensation de localisation se résorber dans la Présence consciente. Que reste-t-il désormais ?

Ce que vous êtes est disponible à chaque instant, 24h/24h, c'est gratuit, et cela ne dépend d'aucune chose et d'aucune expérience. Vous ne pouvez ni le perdre ni l'obtenir. Vous seul l'êtes.



                                                                  Je suis ce qui demeure

Ce que vous êtes est ce qui reste lorsque vous ne vous définissez plus comme une chose, comme un objet. Le pur Sujet n'est nulle part et partout à la fois. Il échappe à tout étiquetage et à toute conceptualisation. Il n'est pas localisable. Il se révèle de façon négative, lorsque vous prenez conscience de ce que vous n'êtes pas. 
                            Que ta volonté soit faite


"Qua ta volonté soit faite". Voilà la phrase clé de la prière du Notre Père. Je dirais même ces mots sont l'essence même de la spiritualité. Si l'on retenait simplement cette phrase au plus profond de son cœur et qu'on se la faisait sienne en toute occasion et en toute expérience, qu'on la ressentait pleinement, on pourrait aisément oublier l'Ancien testament, les Evangiles et tous les autres textes sacrées.

Ici il ne faut évidemment pas entendre Volonté dans le sens individuel où quelqu'un pourrait avoir le choix de vouloir ceci ou cela, c'est à dire une personne humaine ou divine dotée de libre arbitre. La Volonté suprême est ici le symbole de ce qui est, de la Vie telle qu'elle se manifeste et se crée à chaque instant dans la Conscience et qui ne pourrait pas être autrement que ce qu'elle est.

Or la plupart des gens qui récitent "Le Notre Père" passent totalement à côté de cette parole essentielle et associent à cette acceptation totale de ce qui est ("que ta Volonté soit faite"), les demandes incluses par ailleurs dans cette prière, enseignée par le Christ ("donnez nous notre pain quotidien" ou encore "ne nous soumettez pas à la tentation"…) ou encore une demande personnelle ("accordez moi la santé", l"a réussite pour mes enfants", "un mariage heureux"…), en introduction à cette prière.

Un zeste de non dualité noyé dans une profusion de demandes exotiques et égotiques ! "Que ta Volonté soit faite" est une phrase couperet, absolue, qui ne prend son véritable sens que lorsque l'on la laisse résonner complètement sans contrepartie et sans contrepoint. La réalité est la réalité à 100 % et pas à 60, 80 voire même 99 %. Ainsi, si vous voulez éprouver la puissance et la beauté de cette phrase vous devez vous y soumettre non pas beaucoup mais entièrement. Vous devez vous soumettre à 100 % à ce qui est. Ce n'est pas pour rien que le mot Islam signifie "soumission". Ce mot a mauvaise presse et résonne au travers des filtres égotiques comme une perte de notre pouvoir personnel. Ce qui est vrai, mais le mental ne peut penser sa propre impuissance. Il faut surtout que ce qui est important avec la soumission, ce n'est pas ce à quoi on se soumet mais l'acte de se soumettre soi-même. En réalité cette soumission est une soumission à ce qui est, un "amor fati". C'est juste une reconnaissance implicite que la volonté personnelle est une illusion. C'est un grand Oui à tout ce qui se présente. Ce n'est jamais la personne qui dit Oui. C'est la vie en vous qui se reconnaissant elle-même dit oui à ce qui se déploie en elle. Ce n'est pas un concept ni même quelque chose que vous pourriez faire ou non. Car avant même que le mental fabrique une pensée à ce propos, la soumission a déjà eu lieu. La soumission est simplement ce constat : la reconnaissance qu'avant même de se définir comme une entité séparée, la Présence consciente est, quelle que soit le commentaire, le jugement, la comparaison, la condamnation ou la justification qui ne sont que surtitrages.

"Que ta volonté soit faite" signifie donc que je renonce au fantasme d'une volonté personnelle qui pourrait vouloir autre chose que ce qui est. Je reconnais que l'idée d'un moi séparé de son environnement, l'idée d'être une entité personnelle côté de libre arbitre, l'idée qu'il y ait un penseur pensant les pensées ne sont que des images, des pensées, c'est à dire des perceptions et non pas la réalité vivante de ce que je suis.


En faisant mienne cette parole, je reconnais par là même mon impuissance à savoir ce qui est mieux pour moi, les autres et le monde, je reconnais qu'au plus profond de moi "je ne sais pas" ce qui devrait être, et j'accepte et remercie pour ce qui est. Je reconnais que tout est parfait tel que c'est, car je vois dans l'expérience directe qu'il n'y a pas de séparation entre la vie et ce que je suis. Ce que je suis vraiment, c'est la Vie. Mon identité personnelle, c'est à dire mon prénom et mon histoire, le caractère, cette bibliothèque d'images et de mémoires diverses, de préférences, apparaît toujours dans cette Présence consciente que je suis et que je n'ai jamais cessé d'être. Je suis la vie. Lorsque cela est réalisé, il est vu que j'ai toujours été la vie, même lorsque je me prenais pour quelqu'un de séparé confondant prière véritable qui est célébration avec la prière fantaisiste basée sur une demande.

L'humilité apparaît lorsque je vois à quel point je suis orgueilleux. L'humilité émerge à chaque fois que je me surprends à prétendre savoir quelque chose, posséder quelque chose ou me prétendre être quelque chose. La définition généralement admise de l'humilité est "un trait de caractère d'un individu qui se voit de façon réaliste" (wikipédia). La véritable humilité n'est pas cela.
La véritable humilité c'est l'Espace (Présence consciente) dans lequel apparaissent les traits de caractère. L'humilité c'est le regard sans personne. Il n'y a jamais personne d'humble. Chaque Instant est sacré en ce qu'il est possible de prendre conscience seulement par la fenêtre de l'Instant de ma prétendue volonté personnelle, de mon sérieux à propos de quelque chose, de mon appropriation de ce qui arrive, de ce qui est fait ou de ce qui est pensé. Quand il est clair que tout arrive mais que cela n'arrive à personne l'humilité apparait.

L'humilité est la non chose qui voit les autres choses. Le pur regard sans personne est l'humilité. Chacun de nous portons au fond de nous la nostalgie ou le pressentiment d'être cette humilité. Ne pas le reconnaître est notre chemin de croix, notre souffrance. Chaque fois que nous demandons, exigeons quelque chose de la vie, que nous souhaitons que les choses soient différentes de ce qu'elles sont, nous nous éloignons de notre véritable nature qui est Présence Consciente. Chaque fois que nous prenons conscience de notre agitation et de notre vouloir personnel et que nous pensons savoir ce qui est mieux pour nous, les autres ou le monde, nous redevenons intimes avec nous-mêmes.

De même lorsqu'en notre cœur nous disons "Que ta volonté soit faite", la véritable liberté apparaît. Car la liberté n'est pas dans les choses ou dans les expériences mais dans la reconnaissance que je suis l'Espace conscient dans lequel les choses et les expériences naissent et meurent.

Ainsi si vous voulez prier, priez pour célébrer et non pour demander. Que votre prière accorde ce que vous voulez avec ce qui est. La prière désormais n'est plus une demande personnelle mais une reconnaissance de notre essence impersonnelle, inaltérable et Une, un chant de reconnaissance de ce qui est, un remerciement.                                                    

S'incliner devant ce qui est, plutôt qu'au pied d'un idéal, n'est pas nécessairement facile, mais quelles que soient les difficultés, c'est l'une des pratiques les plus utiles et louables". Jack Kornfield, "Après l'extase la lessive".

Je vous invite à jouer : Inventez votre propre prière, votre propre mantra qui s'accorde pour vous le mieux en mots avec ce qui est. Une prière qui ne soit pas une demande mais une célébration. Laissez venir à vous les mots qui pour vous expriment avec le plus de simplicité cette évidence que tout est Un.

J'aime beaucoup :     "Je suis"

                                 "Je suis ce en quoi "je suis" apparait et disparait".

                                 "Je suis la Vie"

                                 "Je suis ce que je cherche"

                                 "Je suis source de tout ce qui est"

                                 "Conscience est tout ce qui est"

                                 "Amor fati" (Amour des faits, de ce qui est)

Si le cœur vois en dit, envoyez-moi les paroles qui vous inspirent et je les publierais avec grand plaisir sur le blog...