Feel it !




Paroles et musique de Dan Speerschneider
un album pour célébrer la vie ;-)

mercredi 13 août 2014

                          Que signifie "accepter ce qui est"




Il règne toujours une grande confusion dans le cœur des chercheurs spirituels autour d'expressions telles que "accepter ce qui est", "lâcher prise" ou "pardonner". 
La confusion vient d'une erreur de perspective. Lorsque le chercheur spirituel, identifié à un moi, entend qu'il faut "accepter ce qui est", il introduit obligatoirement et inconsciemment l'idée d'un choix personnel, l'idée qu'il pourrait soit accepter, soit refuser d'accepter. Tant qu'il croit à l'existence d'un moi séparé, doté de volonté personnelle et auteur de ses pensées et de ses actes, il va nécessairement croire que accepter résulte d'un choix personnel et d'une action du moi. Ainsi, il endosse obligatoirement une forme de responsabilité personnelle et donc de culpabilité, puisqu'il n'a de toute évidence pas encore accepté tout ce qui est. Ainsi naît l'idée qu'il faut faire des efforts pour être plus accueillant, plus doux avec soi, avoir plus de compassion pour les autres, être plus ceci et moins cela. Et l'illusion d'être un moi séparé s'en retrouve renforcé.

Or, accepter ce qui est ou lâcher prise n'est jamais le résultat d'un effort personnel et d'une progression mais d'une réalisation instantanée, d'une prise de conscience immédiate, d'un regard sans personne. Accepter ce qui est résulte toujours d'une disparition du moi dans l'intensité même du regard. Il s'agit donc plutôt de déceler ce que nous rajoutons dans ce regard, ce que nous faisons en plus, de constater les efforts que nous produisons pour fabriquer autre chose que ce que nous sommes, comme par exemple essayer d'être plus à l'écoute pour pouvoir accepter ce qui est. Cela doit être senti dans le corps de façon tactile, d'où l'importance d'éveiller l'écoute corporelle.


L'acceptation de ce qui est est en réalité un non choix. L'acceptation inconditionnelle signifie également accepter que ce corps mental-ci ne peut pas tout accepter. Si je réagis par l'insulte à l'insulte d'un collègue, il ne s'agit pas de se fixer une ligne de conduite qui serait par exemple d'accepter l'insulte du collègue et se figer dans une posture quelconque comme par exemple à tout prix ne pas réagir, mais de voir que ce corps-mental-ci peut ou ne peut pas ne pas réagir. L'acceptation n'est pas issue d'une volonté ou d'une pensée personnelle, elle est le pur ici et maintenant en amont toute pensée. Ainsi, de façon pédagogique et fonctionnelle, il s'agit juste de constater la dernière apparition dans la conscience, celle qui est la plus proche du maintenant du constat. Toujours partir de ce qui se présente maintenant. Si c'est ma non acceptation de l'insulte, alors il s'agit simplement de partir de ce constat qu'il y a réaction psychologique à l'insulte et tension corporelle. Ce que l'on appelle acceptation est un simple constat, en amont de toute pensée, parole, action. C'est un constat que tout ce qui apparaît ne peut pas ne pas apparaître. C'est aussi simple que ça. Pouvez-vous simplement rester avec ça ?


Voici une séquence en trois phases. Le processus de réaction en chaîne se perpétue tant que l'identification continue. À chaque phase, ou plutôt à chaque instant, la perche est tendue pour que ce qui apparaît à la conscience soit simplement constaté. 
Si un collègue m'insulte, il est possible de simplement le constater depuis le regard sans personne. Dans ce regard caméra sans personne qui ne fait que filmer ce qui est, aucune réaction. Car personne n'est concerné par l'insulte. Une action consciente de ce corps-ci peut apparaître spontanément par la suite peut-être, mais il n'y a pas de réaction automatique à partir de l'idée d'un moi qui se doit de réagir à telle ou telle insulte et de telle ou telle façon. 
S'il n'y a pas conscience de ce regard depuis l'arrière plan et que le moi s'interpose avec son cortège d'images et de préférences, si l'on s'identifie à cela, c'est à dire que l'on se sent insulté, alors, à nouveau, la perche est disponible pour constater ce processus d'identification au moi et à ces images. 
Si ce n'est pas possible parce que l'identification aux images suscite une blessure narcissique trop forte et provoque automatiquement dans le corps - auquel ce moi gravement blessé s'identifie - le déclenchement d'un uppercut, voilà qu'une nouvelle expérience, (uppercut sur collègue) peut à nouveau être simplement constaté par la présence consciente. Et ainsi de suite.
Le regard sans personne ne peut être volontairement créé. Cela arrive. Et lorsque l'existence est perçue depuis ce regard qui ne veut rien pour lui-même, une perspective complètement nouvelle apparaît. Depuis cette perspective, il n'y a aucun problème d'ordre psychologique. Car l'expérience est "une" expérience, ce n'est plus "mon" expérience. Depuis ce regard rien n'est insulté et personne n'est en colère. 
Il n'y a rien d'autre à faire. Vous pouvez simplement constater ce qui arrive. Constater n'est pas un faire c'est un constat. constatez-le ! Constater. Constater. Constater. L'énergie du constat est immense.


L'acceptation dont parle la tradition spirituelle profonde est trop souvent prise pour la résignation. 

L'acceptation, dans son sens profond, c'est à dire voir que ce qui est ne peut pas être autrement que c'est, cet abandon à la réalité, dissout le sentiment de séparation et la souffrance

Alors que la résignation, par le refus de l'impuissance fait perdurer le sentiment de séparation et la souffrance.



Il se trouve que ce regard libre d'intentions est omniprésent. Il est toujours là. Il n'a jamais cessé d'être là en amont de notre identification aux pensées. Juste avant que le moi prenne conscience d'une pensée, le Voir (Présente consciente sans personne) l'a déjà constaté ! Mais comme toute pensée est généralement automatiquement crue cela consolide la croyance en un moi qui pense la pensée. Comme toute action est également automatiquement appropriée par un "moi" psychologique (identifié à un corps) qui fait l'action et que, dans le feu de l'action, ces raccourcis sémantiques ne sont jamais remis en question, il est quasiment impossible, statistiquement parlant, qu'un être humain réalise dans le flux de la vie qu'il est ce regard sans personne. Tout au plus aura-t-il une très brève conscience de ces ouvertures étranges, parfois au cœur même du chaos, de la bagarre, de la dispute, de la rumination. Mais très vite il les oubliera, car son attention est habituellement et automatiquement portée vers les perceptions, les pensées, les actions, les expériences, et donc vers ce qui peut être mémorisé et non vers ce qui en lui perçoit d'instant en instant, cet espace Témoin sans personne, qui nous accompagne depuis toujours et qui semble être vide.


Plutôt que de dire à quelqu'un d'accepter ce qui est, il serait pédagogiquement plus juste sans doute de lui faire découvrir que l'acceptation est un simple constat, un constat qui est déjà là, même s'il n'en a pas conscience, un fait, et nullement la résultante d'un illusoire choix personnel. Il me semble également plus intéressant sur un plan pédagogique d'explorer l'illusion de ce moi séparé en s'amusant à constater  ses apparitions au sein de l'espace impersonnel.

En réalité, ce que vous êtes a déjà accepté ce qui est, exactement tel que c'est. Ce que vous êtes a déjà dit oui à ce qui est, sinon cette expérience ne serait pas en train d’apparaître. C'est le moi qui dit non et le oui du moi est toujours un oui conditionnel. Ce que vous êtes vraiment, l'arrière plan, ne peut refuser quoi que ce soit, car sur un plan profond vous êtes tout ce est apparaît, cela apparaît en vous et vous n'en êtes pas séparé.

Ainsi personne ne lâche jamais prise. C'est la vie qui lâche prise. Le fruit ne tombe pas de l'arbre parce que le fruit l'a décidé. Il tombe lorsqu'il est mûr, suffisamment gorgé de sucre pour que son poids l'entraîne vers sa chute.

Plutôt que d'accepter ou de lâcher qui sont des verbes qui pointent vers une action supposée volontaire, mieux vaut sans doute pointer vers des verbes plus neutres tel que voir, sentir, écouter. Car il est facile de constater que Voir voit avant même que "moi" j'en prenne conscience.


mercredi 6 août 2014

LOINTAIN PRESSENTIMENT
Extrait du recueil de poèmes "Le Cordon des Renaissances"




J'irai loin.

Sans but et sans attente.

Te pistant dans l'immensité à travers les abattures
aux carrefours mousseux des chemins de traverse
au pays du non-dit au pays des racines
dans la fraîcheur boueuse d'un sous-bois d'automne
sur des routes pavées d’abscons imaginaires.

Pour le plaisir de me rendre
et la nécessité de me perdre.

Peux-tu me comprendre
comme un Petit Poucet
laissant choir tous ses cailloux blancs
pour aller à la rencontre

d'un lointain pressentiment ?


samedi 2 août 2014

Le Regard d'Amour est toujours déjà là



Lorsqu'on regarde avec l'œil Unique de l'Amour tout va toujours très bien. Mais il n'y a pas d'efforts à accomplir pour regarder ainsi. Car c'est un regard sans personne. Comme une caméra posée là, qui filme et enregistre en continu. Un regard de caméra accueille sans discrimination tout ce qui apparaît dans son champ. Ce qui regarde derrière nos yeux, ce qui observe, constate et voit avant même que nous en prenons conscience, ne peut pas regarder autrement qu'avec amour. Ce regard ne refuse rien et, et n'est ce pas cela la définition de l'amour inconditionnel ? Ne rien refuser. Ce regard sans personne est l'amour sans conditions. Il a déjà accepté tout ce qui en lui va apparaître et disparaître, avant même que cela apparaisse. Ce regard est un grand Oui à tout ce qui est. Et ce regard n'a jamais été absent. Il est toujours là, même lorsque moi je n'en avais pas conscience. Tant que l'on se prend pour un moi séparé, une personne dotée de volonté personnelle, auteur de ses pensées, qui pourrait vouloir zoomer ou dézoomer sur telle ou telle expérience ou perception selon ses préférences ou ses craintes, le regard d'amour en amont des préférences n'est pas réalisé. L'attention est momentanément piégée par l'intentionnalité du moi.


Dès que je dis "je vois", réalisez que l'idée d'un "je" qui voit est une idée arrivant après l'acte même de voir. Voir précède le constat : "je vois". La pure perception du regard caméra est là avant que moi j'en prenne conscience.
En fait cet aspect non intentionnel de la pure attention ou de la sensation pure, l'acte pur de voir par exemple, pourrait mieux se décrire, peut-être, si on le décrivait à l'infinitif et sans sujet agissant :

Voir voit. Voir n'a pas besoin de moi pour voir. Voir ne juge pas.
Entendre entend. Entendre n'a pas besoin de moi pour entendre. Entendre ne refuse aucun son.
Sentir sent. Sentir n'a pas besoin de moi pour sentir. Sentir n'exclut aucune odeur.
Goûter goûte. Goûter n'a pas besoin de moi pour goûter. Goûter n'a pas de préférences gustatives.
Ressentir ou toucher ressent ou touche. Ressentir n'a pas besoin de moi pour ressentir. 
Penser pense. Penser n'a pas besoin de moi pour penser. Penser n'exclut aucune pensée.



Je vous invite à réaliser que Voir n'a ni commencement ni fin. Le niveau où vous en prenez conscience, le niveau où la pensée dit "voir n'a ni commencement ni fin", a effectivement un début et une fin. Mais la Présence consciente en laquelle cette pensée apparaît et disparaît est là en continun'est-ce pas ?  Elle est là, même lorsque aucune pensée n'apparaît. Elle est là lorsque vous dormez. Réalisez-le et voyez qu'il en est ainsi pour l'ensemble des sens et de l'acte pur de percevoir, en amont de la prise de conscience qu'il y a un moi qui voit, entend, goûte etc…



Si vous mettez l'accent sur le ressenti silencieux de chaque sens, simplement au niveau où le sens constate ce qui est, telle une "vulgaire" (merveilleuse) machine enregistreuse, un magnétophone, une caméra, une antenne de perception, au lieu de mettre l'accent sur la description de ce qui a lieu, et de coller aux pensées à propos de savoir si c'est bien ou mal, intéressant ou intéressant, alors une porte s'ouvre d'elle même au cœur de votre être. Et c'est par cette porte, et cette porte seule que vous risquez d'être soufflé et touché par la grâce.

Le jugement, le refus, la comparaison, la justification, l'analyse, toutes ces histoires que l'on se raconte viennent toujours après. Moi, la pensée moi n'apparaît qu'au moment de la pensée crue, qu'au moment de l'identification du moi avec le jugement. Moi est absent dans voir, entendre, sentir, goûter, ressentir, penser. Voyez-le! Les mots que vous lisez en ce moment sur cet écran sont perçus avant même que quelqu'un les comprenne ou leur donne un sens, s'en offusque ou s'en réjouit. Voyez maintenant que l'acte de voir précède toute pensée ou interprétation de ce qui est perçu ! Et qu'il en a toujours été ainsi !


Ressentir sent la contraction dans le plexus. La douleur est bien là. Mais personne n'est contracté.
Voir voit et n'a aucune préférence pour telle ou telle forme ou couleur.
Entendre entend les sons sans élaborer des critères esthétiques à propos de tel ou tel son, telle ou telle musique.
Sentir sent une odeur d'égout ou de putréfaction de cadavre mais ne la rejette pas, c'est éventuellement le moi qui rejette l'odeur perçue.

À sa source, l'attention est toujours pure, sans direction, sans intentionnalité, sans intérêt pour une forme  ou une expérience particulière.
L'attention pure voit sans distorsion, elle est pur accueil. Voir à partir de cet espace qui ne veut rien pour lui-même, voir ce qui est tel que c'est est Amour.

Voir, entendre, sentir, ressentir, goûter, penser n'ont pas de problèmes psychologiques. Le problème psychologique, le sentiment de séparation et de souffrance naissent au moment où l'idée d'un moi est crue. Le "moi" n'existe finalement qu'au moment de la description, du jugement.

Ça dessine. Personne ne dessine. Ce dessin, en train d'être dessiné, est perçu par une absence de tête, un espace transparent et vacant, conscient et éveillé, qui accueille la table, les mains, le feutre, le dessin en train de se créer...

Le moi est un assemblage d'images, une image centrale, comme une planète autour de laquelle toutes les autres images semblent graviter, par force gravitationnelle. Lorsque ce moi se dissout dans l'intensité de la vision, le monde est vu avec Amour. Et il est réalisé que Je suis ce regard d'amour. Je m'étais juste temporairement et de façon intermittente pris pour quelqu'un au sein de ce regard. Lorsque je disparais, le monde est vu tel qu'il est avec l'intensité de la vision. Cette intensité est amour, beauté, joie