Feel it !




Paroles et musique de Dan Speerschneider
un album pour célébrer la vie ;-)

vendredi 28 novembre 2014


Dissolutions




 La poésie est dans le regard dilué de ceux qui abdiquent. Le monde est en crue quand la lumière, à la fois onde et particule, déborde de son lit de vitesse. C’est alors que l'émerveillement nous submerge et inonde la terre aride de nos quotidiens. Une lenteur mystique s’empare de nos gestes et un silence d’outre-monde accueille nos sens désemparés et nos perceptions pleines de vie.


Coulées de chaud dans le ventre des adolescents en fleur. L’espace en nous s’étend à l’infini et accueille au fur et à mesure de son expansion, ce dont nous nous sentions séparé. Je retrouve ce que je croyais perdu, la saveur des reflets et la pureté du miroir. Le contour des choses se détache à l’encre de clarté. L'or de là-bas est le trésor d'Ici.


 L'invitation

 
L'invitation essentielle de la vie est celle-ci : Réaliser que je ne suis pas ce que les autres voient ou croient, ni aucune des images ou des définitions que j'ai de moi-même. L'invitation de la vie est à chaque instant de réaliser que je suis la Présence silencieuse en laquelle toutes les perceptions y compris les pensées apparaissent et disparaissent puis, de constater que cette Présence n'est nullement affectée par ce qui en elle émerge. L'invitation est de constater de seconde en seconde que cette Présence ne refuse jamais rien, qu'elle dit toujours oui à tout ce qui en elle apparaît et disparaît. 


Ce qui semble commenter, juger ou comparer n'est qu'un assemblage de pensées sans réalité, appelé ego ou moi, apparaissant au sein de cette Présence silencieuse. L'invitation à chaque carrefour de ta vie est de constater que cette Présence a toujours été là et ce, même quand tu dors, même lorsque tu t'identifies à une émotion ou à une croyance et, réaliser que tu es cette Présence qui permet tout cela. L'invitation est de réaliser que rien n'est séparé de cette Présence et qu'elle se révèle également en chaque être et en toute chose comme Une, impersonnelle, totalement libre, spontané et imprévisible.

"Pélérinage" au cœur du temple des temples, la piaule de Maharaj Nisargadatta à Bombay où le Soi comme toujours se parlait à lui-même. Remarquez que si la forme de Maharaj n'y est plus, l'Espace sans forme est toujours bien là, presque palpable accueillant d'autres objets, des gadjets plus technologiques. "Conscience est tout ce qui est" était au cœur de son merveilleux enseignement.

lundi 24 novembre 2014


L’espace sacré


Dans le kaléidoscope infini des expériences possibles, le criminel vole, viole ou assassine, la victime souffre et lorsqu'elle survit,,,formule ses plaintes, le juge condamne, le sage écoute, le roi gouverne, le citoyen obéit, l’adolescent se rebelle, l’enfant joue, l’adulte se prend au sérieux. 

Ni juste ni injuste, la vie est. La victime subit, le bourreau exécute. Mouche ou araignée. Ni victime, ni bourreau. Secret de la toile. 

Le soleil brûle et éclaire le temps d'un clignement d'œil d'univers. La fleur fleurit puis se fane. Le héros fait face. Le lâche se sauve. Le spectacle se joue à la perfection, comme un adagio de Mozart, et chacun endosse avec grâce le masque de sa scène. Le théâtre de la vie est une mathématique sublime, une équation sans pareille.

Chacun joue son rôle et réagit en fonction de paramètres bien trop complexes, pour penser un seul instant avec sincérité, qu’il y ait la moindre once de liberté personnelle.

L’écrivain écrit comme un criminel, un juge, un sage, un roi, un citoyen, un adulte, un enfant, une mouche, ou une araignée. Et sans cesse tombe une neige pure et silencieuse qui recouvre tous ces mots paysages et vains imaginaires. La page blanche de chaque instant est un insondable mystère qui remue l'encre du cœur qui a soif.


Moi aussi j’écris, parfois, quand mon cœur est en feu et mon ventre en jachère. Chacun à sa tâche cultive son nécessaire inessentiel et chemine cahin-caha vers son horizon mirage.

Nulle condamnation, nulle préférence. Toute expérience pointe vers l'Espace. Tout évènement nous ramène à l’émotion racine, aux sources du silence, à la tranquillité d’un sourire effilochant les formes et nos vains savoirs.

Le sacré est autant dans les choses, les pensées, les émotions, nos actes les plus nobles ou nos réalisations les plus basses, que du côté de l’espace dans lequel tous les phénomènes naissent, prennent leur essor, périclitent puis se dissolvent. 





Jusqu’où ira le verbe tentaculaire


Pour enserrer dans sa rage grimpante


Le tronc de l’indicible


Avant de capituler


En silence

mercredi 12 novembre 2014

Au regard lointain d'une Étoile



  
Que je croisse ici ou ailleurs
Sous cette écorce ou dans la mousse
Que je sois ce brin-ci    la fleur
En force ou en douceur    je pousse

Mu par une invisible sève
Vers cet astre qui me dévoile
Et sais que ma vie sera brève
Au regard lointain d’une étoile


Que m’importe l’éternité
Que viennent les apocalypses
Ô soif minérale de paix
Tout passe enfin comme une éclipse

 
C’est peut-être la fin d’une ère
De plaisirs anthropocentriques
Un temps pour zoomer en arrière
Pour aimer de façon sphérique

Aventure vertigineuse
Par-delà le temps linéaire
Dans l’atmosphère lumineuse
D’inconnaissance et de poussière


Ouvert au souffle et au sentir
La présence en moi se dévoile
Et livre tous mes vains désirs
Au regard lointain d’une étoile


Dan Speerschneider
Poème extrait du recueil "Au seuil des Métamorphoses", 2005

dimanche 9 novembre 2014

Soirée éclore en conscience ce dimanche 30 Novembre à 19h.


Partager la Présence, ce que nous sommes déjà. Approche non duelle, au travers de jeux d'éveil de l'attention, de jeux de pleine conscience, de méditations, d'exploration directe de ce pour quoi nous nous prenons, de questions réponses pour s'éveiller du rêve de la séparation.
Encore quelques places : si vous désirez participer appelez moi au 06 63 76 90 81

jeudi 6 novembre 2014

 Tout est parfait tel que c'est ici et maintenant



Voilà d'excellentes nouvelles ! Je suis toujours parfait tel que je suis.
Et autant le dire : Vous aussi... ;-).

Si je mange avec avidité, c'est ainsi que l'Un s'exprime. Si la pensée "il vaudrait mieux essayer de manger plus en conscience" arrive, c'est ainsi que l'Un se manifeste. Si la pensée : "je n'ai pas le choix d'être comme ça vu mon passé" naît spontanément", c'est ainsi que l'unique s'incarne. Si la pensée "l'Un a bon dos" émerge, c'est ainsi que l'Un se manifeste dans l'instant. Si une colère s'exprime et que trois assiettes se cassent, c'est ainsi que le sans forme prend forme. Si la pensée "je n'aurais pas dû agir ainsi vu mon niveau d'avancement spirituel" survient, c'est ainsi que la source s'exprime. Si la vie continue sans personne pour s'approprier la colère ou la pensée "je n'aurais pas du agir ainsi vu mon état d'avancement spirituel", c'est ce qui se passe, point barre.


Ce qui est est. Ce qui arrive arrive. Je n'ai pas besoin d'être différent de ce que je suis pour réaliser ce que je suis vraiment. Il est possible de voir qu'il m'est impossible d'être autrement que je suis. Ouf, ça détend. Sans personne pour être détendu. D'abord, parce qu'il est vu et su depuis toujours, qu'en réalité, il n'y a jamais eu une personne séparée, doté d'un libre arbitre au contrôle de cette vie et ayant le pouvoir de décider. Mais surtout, je n'ai pas besoin d'être plus ceci ou moins cela. Je n'ai pas besoin d'être une meilleure personne, plus spirituel ou plus humble, car lorsque je vois mon orgueil et ma prétention c'est justement l'Espace silencieux en moi qui le révèle en se révélant. L'espace de présence silencieuse est l'humilité même. Ma prétention de savoir fixe l'attention, fige les choses et voile en apparence et momentanément la beauté du mystère que je suis. Mais je n'ai pas besoin non plus de désirer cesser de prétendre savoir, car à chaque instant mon prétendu savoir apparaît et disparaît dans le non savoir, dans cet espace de présence silencieuse sans personne que je suis sur le plan absolu. Cet espace impersonnel est ma véritable liberté. Quand je vois ma limite, c'est le sans limite qui le révèle en se révélant. Lorsque je vois ma volonté de changer, ce que je suis depuis toujours - miroir parfait et qui ne change jamais - reflète ce désir de changer en resplendissant en tant que miroir. L'espace de présence silencieuse se fout royalement de ce que je pense ou fait. D'où le titre provocateur d'un livre pointant vers la non dualité : Rien à foutre : l'ultime voie spirituelle de John Parkin (Titre en anglais : Fuck It).
Ce constat n'est pas un blanc seing pour faire n'importe quoi ou commettre des actions criminelles. Objection que j'entends souvent poindre inconsciemment ou se formuler franchement dans les satsang que j'anime. Ce constat est simplement un constat. Un constat de ce qui est. Voir qu'il n'y a pas de responsabilité individuelle n'entrave pas l'entraide, la conscience écologique et les actions humanitaires. Bien au contraire, car lorsqu'un organisme corps-mental ne s'identifie plus à un moi séparé doté de liberté de choix individuel, la vie prend naturellement soin d'elle même puisqu'il est constaté que je ne suis pas séparé des autres et du monde. Mais simplement, je fais ce que je peux, sans en tirer aucune gloire ou vanité. Et si je ne peux rien faire, si rien ne se fait, je ne me culpabilise pas non plus. Cette confiance absolue en la vie dont je réalise qu'elle  se manifeste d'instant en instant en chaque être, chaque évènement ou chaque chose est ma liberté ultime. Réaliser à quel point je suis conditionné à chaque instant, à chaque prétendu choix, à chaque pensée, à chaque parole, à chaque action, chaque geste, fait pressentir ma liberté ultime. Lorsque la notion de responsabilité individuelle tombe, l'organisme corps-mental devient simplement plus fonctionnel et en un sens plus efficace dans sa façon de prendre soin de son environnement.


À chaque instant le regard libre voit le regard conditionné. À chaque instant je vis cette perfection de l'instant, qui est ma véritable liberté. C'est Cela ma nature essentielle. Alors, finalement on peut se détendre totalement. Tout va bien depuis toujours. On peut s'abandonner complètement à ce qui est et vivre pleinement chaque expérience.
Tout change naturellement. Ce n'est pas moi qui produit le changement. La vie n'a pas besoin d'un moi pour être. Elle est. Personne n'est à l'œuvre. Tout se fait et se déroule spontanément, sans besoin de personne.

"Les oies sauvages n'ont pas l'intention de projeter leur reflet
 L'eau n'aspire pas à recevoir leur image"
                                                                poème de Tchouang Tseu

Le fantôme du moi s'évanouit en volutes de fumée au sein de l'espace éveillé que je suis. La vie s'accomplit telle qu'elle doit s'accomplir. Elle n'a pas besoin de notre notion grammaticale (je, moi) et nos concept illusoires d'appropriation (mon, mien, ton, tien) pour être. Lorsque ceci est réalisé on comprend que la liberté n'est pas dans les expériences mais que l'on est toujours libre des expériences car les expériences naissent et meurent au sein de cette Présence silencieuse que je suis, en amont de toute pensée et de toute perception. Alors on s'abandonne naturellement à la vie et l'on s'offre avec gratitude à l'instant. Lorsque l'Espace se réalise en tant qu'Espace s'incarnant d'instant en instant en chaque forme, l'Espace célèbre avec une joie sans cause et sans but la danse amoureuse de toutes les formes.

mercredi 5 novembre 2014


 La plénitude de l'étonnement d'être culmine 
 lorsque "je ne sais pas"


Pourquoi sentez-vous ce parfum de plénitude lorsque vous êtes étonné, émerveillé ou simplement intensément présent à quelque chose ? Pourquoi cette douceur au moment de l'endormissement ? Parce que dans ces instants, le besoin de savoir ou de comprendre se dissout naturellement ainsi que l'illusion d'être une personne et l'impression de séparation qui lui est consubstantielle. Vous êtes passé du mode "penser la vie" au mode "ressentir la vie". 
 
Pourquoi ce bien être, cette paix, cette douceur lorsqu'un véritable "je ne sais pas" vous envahit ? Parce que soudain, vous revenez à la page blanche, au commencement du monde où le mystère absolu de la vie est constaté. Il est constaté que tous nos savoirs sont caduques, que notre sécurité dans les choses ou les expériences sont illusoires, que le sens que l'on a donné à ce que l'on appelle notre vie est vain et que tout ce que l'on tenait pour certain vacille dangereusement dans le pur regard éveillé. Nous réalisons alors que nous sommes cet espace conscient, cette présence silencieuse qui veille en arrière plan de toute perception, de toute pensée, de toute émotion.


La paix profonde est réalisée lorsqu'on cesse, ne serait-ce qu'un instant, de prétendre savoir. Je ne parle évidemment pas ici des savoirs relatifs qui ont leur juste place sur un plan relatif et qui sont nécessaires pour fonctionner dans le monde. Mais dans la perspective absolue - celle qui nous intéresse ici - c'est l'appropriation et l'identification au savoir qui sont vues comme des illusions. Elles engendrent une impression douloureuse de séparation avec ce qui est.

Lorsque vous croyez vraiment savoir, c'est que secrètement et à l"'insu de votre plein gré", vous défendez un point de vue particulier, une idée, une attitude, une croyance ou une étiquette. Ce savoir qui semble solide comme un roc est en réalité fragile comme un nuage, qui se dissipe au soleil de la conscience pour révéler l'infini que Vous êtes. Dés que vous prêtez foi à une histoire à propos de la vie, que vous cherchez à vous sécuriser au travers d'une quête de sens, que vous cherchez refuge auprès d'une explication, c'est toujours une stratégie transparente pour éviter de ressentir l'émotion qui bout sous le couvercle de votre résistance. In fine : la peur de ne rien être. Lorsque l'arrogance du savoir est constatée nait une véritable humilité sans personne de humble comme l'a merveilleusement formulé Eric Baret, il me semble. C'est toujours l'Espace silencieux et impersonnel qui accueille l'arrogance. C'est l'Espace qui est humble et non la personne.


Chercher sans cesse à comprendre et à se trouver dans le savoir c'est cela notre véritable déchéance, notre triste pis-aller pour enfoncer des pensées-clous dans le rien du mystère. Lorsque "je sais", je me rassure faussement. Cela permet de continuer de croire en un semblant de permanence dans les choses, et éviter de ressentir que la réalité n'a de cesse de m'échapper, de me bousculer, de me terrifier, de m'étonner, de m'émerveiller. Cela permet de faire "comme si" et donne l'illusion que j'ai le pouvoir personnel de faire durer le jeu de dupes un temps de plus.
Cette dynamique de recherche de sens maintient évidemment l'ego, l'illusion d'un moi séparé au contrôle de sa vie, doté de libre-arbitre et posant de façon personnelle des actes délibérés.


Croire savoir génère instantanément une tension corporelle. Cela demande toujours un effort, même minime, quand bien même vous ne vous en rendez pas compte. Lorsque vous prétendez savoir, quoi que ce soit, c'est comme si vous tentiez de rétrécir l'infini dans une identité étriquée. Au tréfonds de vous-même, il est su depuis toujours que la défense de tel savoir ou de telle croyance est vaine, car il est su que toute croyance s'enracine inéluctablement dans un "je ne sais pas" essentiel. Lorsque vous cessez de défendre un point de vue, lorsque le mental cesse de chercher à comprendre le sens des choses, de vouloir constamment faire des liens, de chercher la sécurité et le confort dans les explications et les justifications, dans les comparaisons et les raisonnements, un relâchement énorme se fait. Vous êtes à nouveau à votre place originelle, dans l'impénétrable ici et maintenant, revenu au cœur du mystère vivant de la Présence que le mouvement incessant des pensées crues semblaient momentanément voiler.
Dans l'authentique "je ne sais pas" il n'y a plus de mémoire, plus de passé, plus de futur, plus de localisation. Le temps également suspend son vol dans ce non savoir. Dans l'étonnement,  il n'y a plus de place pour la peur ou la sensation de manque. Lorsque vous savez que vous ne savez rien comme le disait Socrate, une sagesse profonde affleure et rayonne à travers vous. Le non savoir est la Grâce. Il n'y a plus d'impression de manque. Il y a ouverture à l'ouverture, ouverture inconditionnelle à l'inconnu de l'instant.
Reconnaître ne pas savoir est l'humilité profonde de l'Espace de la Présence qui en nous qui accueille tout ce qui est, sans jamais être affecté par ce qui en lui émerge.


Le véritable "je ne sais pas" permet un changement radical et absolu de perspective. Quand le mental comprend que son pseudo savoir est relatif, il admet son impuissance à savoir de façon absolue. Il reconnaît de facto l'inanité de sa quête de perfection et lâche prise. On passe alors instantanément du mode "penser la vie" au mode "ressentir la vie". Le corps se sent bien dans cet inconnu car l'inconnu est la réalité et la réalité n'a rien à prendre, rien à vendre, rien à défendre. C'est toujours paisible de vivre avec la réalité. Ce qui est pénible c'est de croire qu'il faut tenter sans cesse de changer la réalité par la volonté personnelle en vue de recouvrir notre complétude prétendument égarée. Ce qui est épuisant c'est de chercher à savoir et à contrôler la vie. Ce qui est pénible c'est d'espérer que les choses changent en s'identifiant à ce qui est juste et bon pour soi et pour les autres. L'espoir appelle inexorablement le désespoir. L'un ne va jamais sans l'autre. Ne pas savoir est toujours sans efforts car l'espoir et le désespoir s'évanouissent en un même Espace de silence. Quand "je ne sais pas", il n'y a qu'espace sans personne. Quand "je sais", ou que je cherche à savoir, la croyance que je suis une personne séparée revient à nouveau. 


Se prendre pour quelqu'un, un moi séparé et au contrôle de la vie ça demande énormément d'efforts, c'est pesant, c'est stressant ! Ce sont des milliards de calculs à la seconde pour maintenir en vie un fantôme évanescent. Être ne demande aucun effort. L'invitation qui est faite ici est de constater tout cela et de l'explorer tactilement.
Le personnage est un ogre qui exige d'être nourri en permanence par de l'attention et des images agréables et rassurantes et qui passe son temps à résister aux expériences et aux images qui pourraient le remettre en question.
Je vous propose quelques extraits du sermon "Fais le vide afin d'être comblé" de Maître Eckhart  
 "St Augustin disait : Fais le vide afin d'être comblé. Pour que ce soit dit en bref : tout ce qui doit accueillir et être réceptif doit nécessairement être nu et vide. Les maîtres disent : Si l'œil avait une quelconque couleur en soi quand il perçoit, il ne percevrait ni la couleur qui est en lui, ni celle qu'il n'a pas, mais l'œil voit toutes les couleurs, parce qu'en lui-même il est incolore. C'est pourquoi Notre-Seigneur dit de façon remarquable : « Bienheureux sont les pauvres en esprit ». Pauvre est celui qui n'a rien. Pauvre en esprit, cela veut dire : de même que l'œil, pauvre et vide de toute couleur, devient réceptif à toute couleur, de même celui qui est pauvre en esprit est réceptif à tout esprit.
Et dans le sermon 52 sur "pauvres en esprit" il écrit : "Je ne veux rien, je ne possède rien, je ne sais rien, ".
L'humilité chrétienne véritable est ce non savoir qui respecte le mystère et ne cherche pas à déflorer l'insondable à coup de savoir, de valeurs et de morale. On retrouve également ce même respect pour l'Inconnaissable dans l'Islam d'où l'interdiction de représenter l'Indicible. L'humilité du "je ne sais pas" est au cœur de toute tradition spirituelle authentique.
Vous ne pouvez pas empêcher ce dynamisme de vouloir savoir et comprendre. L'impulsion de savoir, de prévoir, de prétendre savoir ce qui est bien ou mal sont consubstantielles au fonctionnement de la personne. Notez simplement à partir de quoi ce fonctionnement est perçu : À partir du "je ne sais pas". Voyez que nos croyances, nos savoirs, nos certitudes viennent du même espace de non savoir, ils s'enracinent tous dans le même vide , dans le même "je ne sais pas". 


L'enfermement c'est vouloir à tout prix le connu et la sécurité. Le connu c'est la mémoire, le passé et donc la mort. L'inconnu c'est la vie.
Quand vous cessez de vouloir savoir surgit une écoute pleine et impersonnelle. Alors vous n'écoutez pas à partir de vos conditionnements, à partir d'un centre de référence ou de vos prétendus savoirs. Vous écoutez de nulle part et de partout à la fois, d'une écoute silencieuse, sans personne de silencieux. Cette écoute-là est la plénitude de l'Être. 

 Quand vous cessez de vouloir comprendre le mystère vous réalisez que vous êtes le mystère de l'Être.

LE GRAND PRESTIDIGITATEUR

  
D’où vient le grand prestidigitateur ?
Cela, Celui ou Celle qui se cherche
Au travers de ce corps et de ce cœur
N’a ni forme, ni bornes, mais son arche
Invisible est la porte du bonheur.

Le chemin le plus court est maintenant.
Évidence, c’est ici Ta demeure.
Je n’ai besoin de rien, ni d’aucun temps,
Pour voir qu’en dedans, il n’y a pas d’auteur.
Cela me rêve et me vit, et pourtant…



Je rêve d’une clé ou d’un sésame
Qui me rapprocherait du sanctuaire.
Est-ce Lui, est-ce moi, est-ce mon âme
Qui fait ce rêve ? Qu’importe, pour faire
Le voyage, il me suffit d’une flamme

Qui brûle comme une question intime
Et consume mes images : Qui suis-je ?
C’est le koan qui entrouvre l’abîme
D’un plus vaste, qui donne le vertige,
Et qui me libère au seuil de l’Ultime.


Quand la question naît au cœur de nos vies,
Le plus souvent nous la laissons s’éteindre.
Mais si l’on désire être à sa merci,
Sa vérité ne peut que nous atteindre.
Elle embrase tout : le corps et l’esprit.



lundi 3 novembre 2014

    Vois la véritable folie



Vois la folie qu’on encourt à chaque silence
Vois que dans tout interstice un ange se glisse
On dit « un ange passe » mais c’est impertinence
Car il passe vraiment comme un signe propice
À travers les lézardes de notre cœur complice
Pour révéler les failles de notre importance

Quel péril quotidien que toutes ces visions
Aux couleurs de l’extase qui frappent nos yeux
Et dont on ne voit rien tant que vit l’obsession
D’un savoir tout puissant et d'un moi consciencieux 
Vois la peur du regard qui se prend au sérieux
La vraie folie est celle de nos conventions


 La souffrance personnelle est le reflet d'une vision incomplète


 Nous croyons toujours que la souffrance vient de causes précises, qu'elle a toujours une explication et une origine particulière : "Je souffre parce que je n'ai pas reçu assez d'amour pendant mon enfance",  "parce que je n'ai pas réussi mes études" ou "parce que mon patron me harcèle" par exemple. Et si une souffrance n'a pas de cause connue, c'est qu'il faut la découvrir et on se met en recherche. Et en apparence cette façon de voir peut apporter quelques résultats temporaires. Cette perspective soutient également le jeu subtil de l'illusion de causalité, du karma et surtout du rêve dans lequel se débattent des milliards de "moi" enfermés dans leur propre rêve d'individu séparé. Cette vision non seulement maintient le rêve mais perpétue également la souffrance.


 Croire en cette histoire qui attribue au passé la causalité de la souffrance présente est une perspective limitée et limitante. C'est situer l'origine de la souffrance uniquement dans le passé. On va essayer de réparer l'enfant blessé ou de changer le regard du moi (qui est littéralement du passé composé : un agglomérat de pensées crues) sur ce passé. Il n'y a aucun mal à une telle démarche, et elle peut apporter certaines lumières et adoucissements temporaires, mais c'est  un peu comme vouloir soulager une peine de prison d'un condamné à vie par une meilleure compréhension de la loi pénale.


 En réalité c'est la croyance en un moi qui est la racine de la souffrance. Voir que les barreaux n'ont jamais existé que dans nos pensées crues délivre de l'idée même d'être en prison. Voilà le cœur de l'invitation non duelle. La racine de la souffrance est dans la croyance en un moi séparé, qui semble ensuite adhérer (autre croyance) à une histoire de causalité de la souffrance pour continuer le jeu de l'illusion, perpétuer l'idée que tout cela est bien réel, pour se maintenir lui-même et en quelque sorte et tenter de justifier son existence bien fragile.
Ce que nous sommes vraiment vraiment, Espace de Présence silencieuse ne connait ni souffrance ni plaisir. La souffrance et le plaisir naissent et meurent en cet Espace ainsi que les barreaux de la prison virtuelle du moi.


Quand cela est vu, la souffrance se sent accueillie dans cet Espace sans nom et sans forme et peut enfin se détendre tel un ressort longtemps maintenu en tension par l'attention fixée sur l'histoire de sa prétendue cause. L'émotion sous-jacente peut alors éclore comme une fleur qui révèle la beauté de cet Espace impersonnel que nous sommes. Dans cette vision non duelle, absolue et absolument inclusive de tout ce qui est, le manque se transforme instantanément en plénitude. Dans cette disparition soudaine du moi, la demande d'amour fait place à l'amour inconditionnel, Présence silencieuse que Je suis, que Vous êtes, que Nous sommes.
 
 L'invitation au STOP


S'autoriser à disjoncter. Littéralement : couper le courant, appuyer sur le bouton stop du robot de cet organisme corps-mental-ci. 


Mettre en "pause" la mécanique des pensées, comme un acte ludique d'auto-sabotage de la bande sonore et du film projetés sur l'écran intérieur. 


Éteindre sans but, en un geste radical, la sempiternelle trame des bla-bla-bla, plusieurs fois par jour, même quelques poignées de secondes, pour reconnaître, vérifier et se souvenir que, en amont des pensées, se dévoile un Espace de Silence éveillé que Je suis et qu'il est ouverture et douceur inconditionnelle à tout ce qui est, et qu'il imprègne et embrasse depuis toujours tous les êtres et toutes les choses, la moindre vibration et chaque perception d'un amour infini.