Feel it !




Paroles et musique de Dan Speerschneider
un album pour célébrer la vie ;-)

mercredi 24 décembre 2014

  
Le regard d’un bébé innocente le monde

C’est le tien qui survit dardant sous les décombres

Depuis l’apocalypse d’un temps linéaire

Aucune métaphore n’a pu conjurer

La sphère expansive de l’émerveillement

Présence mère veilleuse irradiant les choses

Exaltant formes et couleurs

Sensations et sonorités

Ô clair pressentiment de se confondre en Toi

 Qui vibre au cœur de tous nos mondes


Et toi mon cher lecteur ô lecteur dérouté

Quel regard percera tous les bulbes pour Voir

À contre-courant de tes perceptions

Pose-toi la question ultime et joyeuse

Pour qu’elle s’enracine dans le rien du Soi

Sans formuler    sans circonscrire    sans conclure

 

Le prodige n’est pas qu’au sein des galaxies

L’esprit ou la conscience un jour soit apparu

Sempiternel mensonge ou inversion du sens

Tel un conte anodin aux effets ravageants

Le miracle sans nom est pure apostasie

L’univers au contraire émerge en ta conscience

Savoure ainsi chaque évènement de ta vie

Non pas comme une créature assujettie

Mais comme un créateur ébaubi par son œuvre

Et souviens-toi : le monde commence aujourd’hui


   
Qui suis-je ?   qui suis-je  ? dépose la question

Dans l’alambic du cœur    chaque jour chaque nuit

Dans le chaudron du doute au milieu des pensées

Écharde interstitielle incisant le prodige

Dans le cercle sans centre aux rayons de lumière

Aiguise la question comme un mantra sincère

Qui suis-je ?  qui suis-je  ? c’est elle qui concentre

Le sésame de l’être et l’art de l’éclosion

L’inconcevable est dit    la transfiguration

Est proche    il faut la vivre avant que le vertige

N’altère l’alchimie de l’interpellation

Qui suis-je    me déflore et défige les sages

La question me rend vierge et submerge la page

  Blanche des réponses    l’ordre est corrompu    puis-je ?

Extraits du poème "Annonciations" de Dan Speerschneider

lundi 22 décembre 2014

La perche tendue à chaque instant  


L'évangile, la bonne nouvelle est que l'invitation à réaliser qui vous êtes est une perche tendue à chaque instant de la vie. C'est 24h/24h et parfaitement gratuit. À chaque instant de notre quotidien, il est en effet possible de porter une attention neutre et sans commentaires sur le fonctionnement de notre esprit et de découvrir à quel point on s'identifie sans cesse à une peur, un désir, un savoir, une esthétique, un style, une histoire, une image, une pensée, un scénario.

Tant que nous entrons en relation avec la vie par le biais du verre déformant de nos désirs, de nos peurs et de nos croyances nous ne voyons pas la perche.

Les informations que nous préférons retenir à partir de la totalité de notre expérience sont essentiellement filtrées en fonction de leur capacité à nous permettre la survie, l'assouvissement de nos besoins fondamentaux et de nos désirs les plus urgents.

Ainsi la grande majorité des données sont rejetées comme inutiles pour la stratégie de l'évolution de l'espèce et celle de l'ego. Cette sélection sévère a sans doute une certaine efficacité pour la survie de l'espèce et du moi séparé en tant qu'image, mais ça réduit drastiquement le champ de conscience ainsi que la sensibilité.

Observer avec une attention extrême la mise en place de ces filtres égotiques et ressentir les tensions corporelles liées à toutes les pensées crues jusqu'à leur résorption dans le Silence est une bénédiction qui me révèle ma véritable nature en tant que cette Présence silencieuse, ce mystère conscient d'être conscient, sans nom et sans limites.

dimanche 21 décembre 2014

L'éveil du Rêveur


L'éveil spirituel au sein de votre état de veille est comme l'apparition de la conscience de rêver au sein de votre rêve nocturne. 

Réaliser la nature illusoire du rêve ne vous fait point arrêter le rêve. 

Vous continuez simplement de rêver en conscience, sans peur et sans souffrance et vous imprégnez le rêve de l'univers tout entier de votre regard de lucidité.

samedi 20 décembre 2014

La désillusion absolue


Alors que le chercheur rêvait de décrocher le gros lot, l'éveil révèle que le moi n'était qu'une notion grammaticale, un effet d'optique, une machination hypnotique, une vulgaire pensée crue.

Alors que le chercheur espérait secrètement un gain, l'éveil signifie une perte : la perte définitive de toute idée d'appropriation et de l'impression d'être un individu séparée. 

Alors que le chercheur se rêvait secrètement élu privilégié, voué à un destin hors normes, la fin du chercheur révèle l'extraordinaire dans l'ordinaire, et le sans forme dans toutes les formes.

Alors que le chercheur cherchait un sens à sa vie et à la vie, l'éveil révèle l'absence de sens autre que celle de la vie se manifestant telle qu'elle est ici et maintenant et d'instant en instant.


La réalisation de l'illusion d'un moi séparé que l'on appelle l'éveil à notre nature véritable ne survient pas au bout du cheminement spirituel mais signifie l'arrêt de toute quête, y compris la recherche spirituelle comprise comme illusoire.

jeudi 18 décembre 2014

 Qu'est ce qui expérimente cette joie indicible car sans objet lorsque la question "Qui suis-je" est posée et qu'aucune réponse n'affleure ?
 

samedi 13 décembre 2014

Le Sisyphe en nous et l'invitation à réaliser notre vraie nature


 Les anciens grecs avaient une connaissance intime des rouages de la souffrance humaine. On le voit à la manière dont ils ont imaginé le Hadès, leur enfer impitoyable et l'incroyable inventivité des punitions subies par ceux tombés en disgrâce par les dieux de l'Olympe et condamnés à y demeurer éternellement.

Derrière le foisonnement des tortures subies par leurs pensionnaires pour l'éternité, il y a un leitmotiv de base qui semble invariable dans sa structure, infini dans ses modalités d'application et dans le raffinement exquis de sa cruauté. Il s'agit de la condamnation ad vitam eternam à une tâche impossible ou extrêmement douloureuse, mais toujours répétitive et ne pouvant jamais être totalement accomplie, et qui possède par ailleurs tous les attributs de l'absurde causant une frustration infinie.

Sisyphe qui se serait joué des Dieux et tenté de se soustraire à la mort est ainsi condamné à pousser un rocher jusqu'au sommet d'une montagne. Mais le rocher en question retombe inexorablement dans la vallée avant qu'il n'ait atteint la crête. Quoi de plus terrible qu'un tel châtiment pour un homme comme Sisyphe, particulièrement connu de son "vivant" pour son astuce, que d'être contraint à effectuer éternellement un travail aussi inutile que vain. L'absurdité du personnage de Sisyphe se révèle d'ailleurs autant dans sa désespérante tentative d'échapper à la mort avant sa condamnation définitive que dans sa condamnation ultime à effectuer un travail interminable.

Dés que j'en pris connaissance à la fin de l'adolescence, le mythe de Sisyphe me toucha profondément. Il me fallut quelques années pour réaliser à quel point ce mythe nous parle en réalité de la condition humaine ? Car, si l'on y regarde de plus près, n'est-ce pas là une magnifique métaphore de nos vies sur terre ? 


Perséphone surveillant Sisyphe dans les Enfers, amphore attique à figures noires, v. 530 av. J.-C., Staatliche Antikensammlungen
Ne sommes nous pas en tant qu'humains constamment en train de répéter les mêmes erreurs causant sans cesse les mêmes tourments ? Ne vivons-nous pas comme si nous étions éternels, sans savourer en pleine conscience les nombreux cadeaux que la vie nous offre à chaque instant ? Ne passons-nous pas à côté de l'essentiel, du cœur des choses ?

En continuant à répéter les mêmes processus mentaux, en reproduisant sans cesse le connu, en cherchant sans cesse à solidifier nos images de nous-mêmes et du monde, à fortifier nos pseudo savoirs, en cherchant la paix et le bonheur dans les situations et les expériences, ne nous éloignons-nous pas de la source même de notre être ?

En pointant inlassablement la flèche de notre attention conditionnée vers des désirs imaginaires, en étant sans cesse en quête de lendemains qui chantent, omnibulés par les pensées du passé et de l'avenir, ne sommes-nous pas devenus des robots insensibles d'une destinée humaine tragique ayant perdu la connexion avec la vraie vie et les trésors de notre véritable intériorité ?

« Sphère » de Jeanne Bouchard, faisant partie de l’exposition : "Du vent dans les branches" dans le jardin du Luxembourg
 Ne nous condamnons-nous pas nous-mêmes sans cesse à des vies absurdes en cherchant à combler ainsi notre manque de connexion avec notre être véritable ici et maintenant par une recherche obsessionnelle d'objets de satisfaction à l'extérieur de nous ? Cette incessante quête d'expériences toujours plus intenses et cette demande toujours croissante d'attention de la part des autres ne confinent-t-elles pas à l'absurde ? En cherchant sans cesse à la périphérie de notre être le trésor qui se trouve en son centre, ne sommes-nous pas devenus semblables à la monstrueuse absurdité de la punition de Sisyphe ?

Qu'en est-il de cette recherche effrénée de plaisirs (matériels, physiques, intellectuels ou spirituels) par nature impermanents qui, lorsqu'ils sont brièvement expérimentés nous laissent par la suite dans un vide angoissant où le sentiment d'incomplétude nous pousse ensuite à repartir de plus belle vers d'inaccessibles étoiles pour remplir notre tonneau des Danaïdes ?

N'y a-t-il pas une dimension tragique dans les héros du quotidien que nous sommes ?

Sculpture de Hervé Delamare. Métal,silicone, touches de clavier d’ordinateur, image numérique sur vinyle 
  90 x 110 x 32 cm. Conçu pour être suspendu ou vissé sur socle miroir

Ne sommes nous pas devenus étrangers à nous même et indifférents à la vraie vie, comme le personnage de Camus du même nom ("L'Étranger") ? Y a-t-il une sortie de cette absurde répétition de la souffrance et du sentiment de séparation que nous expérimentons ?

Tel Sisyphe, l'homme moderne n'est-t-il pas impliqué dans une folle course vers des sommets illusoires ? Ne cherche-t-il pas par tous les moyens à accroître ses biens, à accéder à une reconnaissance sociale, à fonder une famille, en adhérant sans la remettre en question à l'identité que la société lui a fourguée ? N'a-t-il pas dans cette ascension chimérique oublié sa véritable nature et perdu de vue que rien n'est jamais définitivement acquis, et qu'à l'apogée succède nécessairement le déclin ? 

Le mythe de Sisyphe montre à quel point s'élever pour s'élever est fallacieux, voire insensé. Il met l'accent sur la somme titanesque de travail, la charge d'efforts et renforce le sentiment d'une volonté individuelle qu'il faut acquérir pour parvenir au sommet. À l'inverse, il met également en évidence la célérité avec laquelle tout s'effondre et dégringole. (La vitesse avec laquelle le rocher redescend dans la vallée avant d'avoir atteint le sommet). Il traduit la nature aléatoire de l'existence, l'impossibilité d'obtenir une situation ou une expérience et de s'y maintenir éternellement. Il oppose la réalité dans laquelle tout est impermanence. Or, l'homme, dans son désir de sécurité et de confort, tente désespéremment de résister à cette puissance dynamique.

"La sculpture revisite le mythe de Sisyphe, elle présente un personnage escaladant une rampe, constituée des monnaies du monde. Prendre la grosse tête, c'est le cas de cette silhouette symbolisant une humanité "moderne" obstinée, devenant un Sisyphe hissant coûte que coûte son rocher technologique. Le rocher devient ici un égo démesuré, déraisonné. Et l'écueil de cette accumulation d'ego, de monnaie, de technologie, pourrait bien être le risque systémique. Le dysfonctionnement majeur et généralisé des marchés financiers." (http://h.delamare.free.fr/Frameset.htm).
Il y a bien des tentatives incessantes de révolte dans le monde. Des révoltes collectives d'ordre militaire, politique, religieux, citoyen, artistique ou poétique, ainsi que des actes de révolte individuels dont certains ont abouti au suicide. Camus dans son livre "Le mythe de Sisyphe" écrit : "Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux, c'est le suicide. Juger que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d'être vécue, c'est répondre à la question fondamentale de la philosophie". 

Il fait ensuite une interprétation héroïque de Sisyphe et prend le contrepied de l'interprétation habituelle du mythe en écrivant : « Cet univers désormais sans maître ne lui paraît ni stérile, ni fertile. Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit, à lui seul, forme un monde. La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d'homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux. »

Ainsi le Sisyphe de Camus trouve son bonheur dans l'accomplissement de la tâche qui est une sorte de lutte désespérée qu'il entreprend, et non dans le sens conféré à la tâche. Ce serait presque du Karma Yoga, dans la même veine que l'invitation de Krishna à Arjuna d'agir sans chercher les fruits de l'action, conscient qu'il n'y a pas d'acteur.



Il y a encore chez dans ce mythe cette importance accordée à la lutte vers les sommets et la croyance qu'il y a la possibilité pour l'Homme de trouver un sens dans la vie. Et n'est-ce pas dans cette lutte même vers un avenir meilleur, même utopique que se trouve le cœur du problème ? N'est-ce pas la croyance même d'un sens à trouver que naît la souffrance ?

Pouvons-nous réellement trouver la complétude de notre être véritable, ici, en croyant devoir faire un effort pour aller vers une image d'espoir, là-bas ? Le sommet est-il réellement situé là-bas, dans l'espace et dans le temps ? Le bonheur est-il au bout d'un long chemin de labeur ? Ne se trouve-t-il pas plutôt ici-même en notre centre le plus mystérieux que nous n'avons jamais cessé d'être ? Ne nous sommes-nous pas trompés, non pas de destination en tant que telle, mais dans l'idée même qu'il y aurait une quelconque destination à accomplir pour atteindre le bonheur ?

La véritable révolte ne serait-elle pas de remettre complètement en question les définitions que nous avons de nous-mêmes et réaliser l'inanité de la quête elle-même ? La véritable révolution comme le disait Krishnamurti n'est-elle pas la révolution intérieure ? Le geste le plus révolutionnaire ne serait-ce pas de changer radicalement pour une fois, une seule fois, le regard, la direction même de l'attention ? Que se passe-t-il lorsque la flèche de l'attention, habituellement tournée vers l'extérieur, vers les choses, vers un futur meilleur, vers le monde des pensées et tout ce qu'on pourrait aisément résumer par "la quête de l'espoir" ou de l' "avoir plus", soudain, comme par miracle, se retourne à 180 degrés vers sa propre source ?


Le geste le plus révolutionnaire n'est-il pas celui celui de nous poser enfin les véritables questions comme "qui suis-je, "que suis-je" ou "où suis-je" ?

Le véritable geste révolutionnaire ne serait-ce pas celui que la vie nous invite à faire à chaque seconde : d'arrêter tout attention vers et aller à rebours de l'attention ?

Non seulement Douglas Harding, dans la lignée des grands maîtres spirituels avait compris que ce retournement de l'attention était à la source de toute spiritualité authentique, mais il a consacré sa vie entière à l'élaboration et au partage d'une cinquantaine de jeux magnifiques de révélation de nous-mêmes à nous-mêmes. Et voici cette invitation sur laquelle je reviens sans cesse, car elle est tellement simple et ne nécessite aucune culture ou préparation particulière, puisqu'il s'agit de la reconnaissance de ce que nous n'avons jamais cessé d'être.

Quelle est cette invitation ? Retourner le doigt généralement pointé vers les perceptions du monde extérieur (perceptions des sens) ou intérieur (sensations et pensées) vers ce qui en nous perçoit et réaliser que tout a toujours été perçu depuis un espace de Présence silencieuse, transparente et consciente au-dessus de nos épaules ?

Ici "Espace" qui accueille là-bas, la "face", des chaussures et des feuilles.
La réalité tragique de l'humanité est qu'elle se complaît dans un rêve collectif de séparation né de la somme des conditionnements particuliers comme autant de rêves individuels de séparation. Et chaque rêve individuel est un rêve sans lucidité, où le personnage se croit libre alors qu'il n'est qu'un personnage rêvé et conditionné dans le rêve. Tels Sisyphe, nous sommes empêtrés dans une répétition mécanique à tous les niveaux de notre vie. Qu'elles soient d'ordre amoureux, familial, professionnel ou amical, nos relations sont toutes basées sur un ensemble d'images que nous avons fixées dans notre mémoire. Par ignorance, nous nous croyons dans un face à face, source de tous les conflits entre moi et le monde. En vérité on ne se rencontre jamais vraiment ou si rarement dans l'intensité de l'intimité, dans l'ouverture à la Présence, dans le face (là-bas) à espace (Ici). Il suffit pourtant d'un seul vrai regard pour voir qu'il n'en a jamais été autrement.

Notre relation avec la vie même est entachée d'absurde car nous avons pour la plupart d'entre nous troqué l'Être, le "Je Suis" qui est, pour un personnage limité, un simple masque ou un ensemble de masques. Nous avons laissé le soin aux masques des ceci et des cela ("je suis ceci" ou "je suis cela") d'usurper notre identité véritable, la Présence silencieuse en laquelle les masques apparaissent et disparaissent. Au lieu de ressentir la vie nous pensons la vie. Nous vivons nos expériences au travers de nos conditionnements, de nos jugements, de nos étiquettes et de nos incessants bavardages, toujours les mêmes. Et la pensée qui est mémoire est une façon terriblement mécanique et dénuée d'intensité et de saveur pour se baigner dans le fleuve de la vie. Comme Sisyphe nous répétons les mêmes erreurs à chaque instant en nous prenant pour ce que nous ne sommes pas.


C'est la croyance même d'être libre, d'être une entité au contrôle de notre vie personnelle, séparée de l'environnement et des autres qui nous enferme encore plus insidieusement dans notre conditionnement en lui donnant une apparence de densité et de réalité. Plus le rêve semble réel au personnage du rêve et plus ce nous sommes en réalité, le Rêveur continue à rêver.

Remarquez combien cette pierre que nous roulons est lourde dés que l'on prête foi à l'idée d'être un moi séparé au contrôle de sa vie, doté de libre arbitre et toutes ces croyances autour de l'idée que quelqu'un peut échouer ou réussir sa vie ! Puis, remarquez que tout d'un coup, lorsque nous réalisons que nous ne sommes pas ce personnage imaginaire et contracté autour d'une multitude de conditionnements mais que nous nous éprouvons comme la Présence silencieuse en laquelle tous ces conditionnements émergent et se dissolvent, tout sentiment d'effort s'effondre.

Ne vivons nous pas en permanence tournés vers le moment suivant, vers un autre moment que celui qui se présente ? Nous vivons dans l'espoir et nous disons volontiers : "l'espoir fait vivre". Mais n'est-ce pas le contraire ? Vivre d'espoir n'est-ce pas au fond désespérer ? Car dés que nous nourrissons en apparence un espoir, son pendant duel inexorable - le désespoir - que nous refusons de considérer, bout sous le couvercle de notre préférence. Aussitôt que l'on désire que quelque chose advienne, il y a la peur que cela n'advienne pas. Vivre tourné vers l'espoir, n'est-ce pas au contraire vivre de façon morbide en mettant l'accent sur ce qui est mort c'est à dire le futur qui n'est que de la projection de mémoire et donc du passé, in fine quelque chose qui par définition n'est pas ? Ne nous nourrissons-nous pas continuellement d'espoir toute la journée ? Ne pensons-nous pas sans cesse à ce qui va arriver dans 10 mn, dans une heure, demain, dans un mois, à la fin de nos études, de nos vacances ?

Vivre d’espoir c’est vivre en refusant la vie d'instant en instant. Vivre d'espoir c'est avoir perdu la connexion avec le ressenti. Ressentir ce qui est là, juste là, être en osmose avec ce qui se présente génère une joie incroyable, un émerveillement permanent. Lorsque j'ai cessé de m'étonner de goûter, humer, voir, entendre, sentir, la vie c'est que "penser la vie" a pris le dessus sur "ressentir la vie". Nous ne sentons plus ce qui vibre dans l'instant présent. Alors on se met en quête de toujours plus, de nouvelles sensations, d'expériences plus intenses, et nous semblons avoir de plus en plus besoin de sources extérieures de stimulation pour nous sentir vivant. De plus, nous consommons une énergie hallucinante pour créer et maintenir toutes ces images que nous avons de nous-mêmes. Ne sommes-nous pas comme Sisyphe, le mental sans cesse rivé sur le sommet à atteindre, horizon chimérique que nous n'atteignons jamais ?

Nous nous sommes installés dans des définitions tellement réduites de nous-mêmes, des définitions dans lesquelles nous étouffons littéralement. Or, la vie en nous s'étouffe (notre souffle se contracte littéralement) dés qu'il y a tentation de la définir, de circonscrire ou conclure.  Nous vivons sans cesse dans le savoir et la conclusion.



La seule voie de sortie c'est le STOP : arrêter le mouvement obsessionnel de la quête vers l'espoir ou d'un mieux être et revenir au ressenti silence pour nous rendre vulnérable Ici-même. C’est un surcroît de sensibilité auquel la vie nous convie. Nous pouvons seulement constater le fait de voir que nous refusons sans cesse de voir et de ressentir. Le regard désencombré, la vision sans tête, cet Espace silencieux et conscient à tout ce qui est est ce que nous sommes. Rien n'est jamais perdu. Tout est là disponible depuis toujours, maintenant. Le mythe du Sisyphe nous invite à constater l'absurdité du fonctionnement de notre esprit qui s'est identifié à une image erronée, court après des chimères et refuse constamment ce qui est. De la façon la plus étrange et paradoxale, constater le non sens objectif de la vie, non pas intellectuellement, mais avec une intense attention, nous relie immédiatement à son sens le plus immédiat, le sens subjectif, le plus sublime, ce que nous sommes vraiment vraiment : Je suis la Vie.

NB : Pour ceux qui sont intéressés par un accompagnement individuel, veuillez me contacter au 06 63 76 90 81 ou sur mon mail : adnnn1967@gmail.com


Si vous voulez vous inscrire pour les rencontres non duelles (sur la base d'une participation en conscience) qui ont lieu de façon bi-mensuelle à chez moi dans le 19e à Paris, écrivez-moi un sms sur le numéro ci-dessus.

lundi 8 décembre 2014

La Connaissance authentique est une Co Naissance


L'essence d'une spiritualité traditionnelle et authentique est un "chemin sans chemin à la trace du désert" (Maître Eckhart), un chemin qui pointe vers la désidentification et le dépouillement, un appel à l'humilité, un rappel de notre nature véritable en deçà du masque de la "persona" (la personne vient étymologiquement du latin persona qui signifie masque). L'invitation à se connaître soi-même, à connaître le Soi véritable y est omniprésente. L'enseignement spirituel traditionnel opère de façon directe à partir de la question "qui suis-je" ou "que suis-je" pour explorer nos identifications abusives au corps et à l'esprit nés de l'ignorance. Il s'agit donc bien de révéler une connaissance mais nullement dans le sens ordinaire de ce mot. 

Dans le sens usuel, connaissance signifie l'opération par laquelle l'esprit humain procède à l'analyse d'un objet, d'une perception, ou d'une forme de réalité et accumule des savoirs à leur propos en vue de pouvoir les étiqueter, les comparer, les juger, les comprendre, les situer dans l'espace en relation avec d'autres concepts, pour pouvoir tirer des conclusions à leur sujet. Lorsque l'on cherche à connaître quelque chose de cette manière, notre attention est orientée vers un but. L'esprit est en mode de recherche et il est alors entièrement contracté autour de cette quête d'informations et de savoirs en vue de comparer les idées, produire des concepts et ainsi pouvoir se rassurer faussement avec des pseudo certitudes. Il n'y a aucun problème à ce mécanisme qui est aussi naturel à l'esprit que pour le foie de produire de la bile, ou aux reins de filtrer le sang.

Le problème apparaît dés que notre attention s'est fixée sur un savoir, un concept ou une connaissance. Car elle semble s'y figer presque de façon définitive. Nos pseudo savoirs finissent par générer une sorte de tissage complexe de conditionnements. Celui-ci opère comme une trame égotique d'attraction-répulsion qui s'interpose de façon plus en plus dense entre nous et le monde. Ce filtre œuvre de façon transparente un peu comme si nous entrions en relation avec les perceptions et les expériences avec des lunettes de soleil qui coloreraient le monde sans que nous ayons conscience de les porter. Nous percevons et agissons sans cesse au travers de ce filtre mais nous ne le réalisons pas. Ainsi, le champs de notre attention est très rarement totalement ouvert, car il est sans cesse filtrée par nos préférences personnelles qui orientent notre regard et nos actions de façon complètement conditionnée. L'attention pure et impersonnelle s'est transmuée en intention personnelle sans que nous nous en soyons rendu compte. Le filtre de nos savoirs et de nos préférences s'est densifié au point de nous couper de la réalité. Nous vivons au niveau des étiquettes et des jugements. Nous sommes parvenus au point où mettre nos ressentis en mots est devenu plus important que le fait même de ressentir. Au lieu de ressentir la vie nous la pensons. C'est un peu comme partir en vacances avec l'attention sans cesse portée sur l'idée d'en parler aux autres au retour et de leur montrer les photos. Vivre ainsi, de façon mécanique et grossière, génère une grande insatisfaction et de la lassitude. Au final cela conduit un grand nombre d'humains à la dépression ou à la maladie psychique. Nous sentons confusément que nous avons perdu la connexion avec l'innocence de l'enfance et la joie simple de se sentir vivant. Inconscients de tout ce fonctionnement, nous pensons que de nouveaux savoirs ou de nouvelles expériences pourront rassasier notre sentiment d'isolement et d'incomplétude. Ainsi, nous repartons de plus belle en recherche de connaissances extérieures pour acquérir de nouveaux objets matériels, intellectuels, physiques, spirituels. Aucun être dans notre entourage familial, éducatif, institutionnel, médiatique ou amical ne nous a jamais véritablement suggéré d'arrêter le mouvement même de cette quête infernale vers un toujours plus ou un mieux là-bas dans le futur ou l'ailleurs. Personne ne nous a jamais suggéré de retourner la flèche de l'attention à 180 degrés vers la Présence silencieuse et consciente en amont des pensées et des perceptions.

La véritable connaissance n'a pas d'histoire, n'est pas liée à une idéologie, une religion ou une pratique particulière. Elle ne dépend pas d'un maître aussi éveillé soit-il en apparence. La véritable connaissance n'est pas érudition. Ce qui se rapproche le plus de cette connaissance est un non savoir et des non-états comme le ressenti de la sensation pure, l'étonnement ou l'émerveillement où toute idée d'appropriation ou de moi sont absentes. Toute quête d'informations en vue de savoir de façon objective et définitive nous projette dans un avenir imaginaire, élude le présent et nous éloigne du ressenti. Le ressenti doit se référer à la Présence silencieuse. C'est dans l'absence d'intention et de direction particulière que ce ressenti peut éclore en conscience. L'invitation est simple : constater dans le quotidien de nos vies à quel point nous refusons sans cesse le ressenti au profit de l'activité séparatrice du mental qui veut sans cesse étiqueter, juger et s'approprier une connaissance objective. Constater cela, sans commentaire. Constater. Constater encore. Constater toujours.



L'éloignement de notre nature véritable a commencé très tôt. Dés que mon identité m'a été donnée par les autres au travers de mon prénom et d'autres croyances à mon sujet et qu'il y a eu de l'énergie de croyance qui s'est cristallisée autour. Vers l'âge deux 2-3 ans ans environ j'ai commencé à adhérer à ce que les autres disaient que j'étais, c'est à dire une chose ("je suis ceci") pour faire partie du clan humain. Cette étape incontournable dans notre développement a eu pour corollaire une sorte d'apprentissage en continu qui s'apparente plutôt à un endoctrinement. On n'a cessé depuis lors de me gaver d'une masse incroyable de savoirs comme si c'était la vérité absolue. Les adultes responsables et sérieux nous ont souvent prodigués une éducation très mécanique nous coupant de notre état naturel et notre spontanéité d'enfant. On voit combien l'enseignement scolaire traditionnel cherche à détourner l'enfant de son goût naturel pour la rêverie, l'imaginaire, la créativité, le ressenti corporel ou le simple émerveillement en essayant de garder son mental constamment occupé par l'acquisition de savoirs très souvent appris par cœur et non par le cœur. En général les adultes n'apprécient pas l'oisiveté de l'enfant, comme s'il y avait le pressentiment que ces instants où l'attention de l'enfant n'est plus focalisée sur rien de particulier pouvait ouvrir en lui un espace de conscience depuis lequel il pourrait remettre en cause cette identité que la société souhaite lui coller à tout prix.

Ainsi, au cours de notre "éducation", nous nous coupons de plus en plus avec notre état naturel pour devenir des sortes de robots humains dont l'objectif principal est de se procurer de plus en plus de choses matérielles sous forme d'objets, d'expériences, de situations ou de choses immatérielles d'ordre mental, sous forme de savoirs, de croyances ou d'aptitudes dans tel ou tel domaine.



La connaissance vers laquelle pointe l'essence de la spiritualité authentique n'a rien à avoir avec ce mouvement obsessionnel d'acquisition de savoirs intellectuels qui ne fait qu'aimanter et greffer des croyances sur des couches de croyances de plus en plus transparentes, donnant à ces formes monstrueuses l'illusion d'une sorte de continuité et donc d'une impression de vie autonome à laquelle on s'identifie aisément. La connaissance au sens traditionnel du terme est plutôt une co naissance, en deux mots, qui consisterait à naître dans l'instant avec ce qui se présente à nous. C'est une co naissance directe et intuitive. Il s'agit donc de laisser de côté tous nos savoirs accumulées de seconde main et de faire fi de tous nos conditionnements pour aborder la vie le cœur ouvert à l'instant. Nous sommes conviés à faire un STOP total et de revenir ici et maintenant pour commencer l'exploration sans centre de références. En arrêtant ce mouvement incessant de préhension vers plus de connaissances, ce mouvement habituel se révèle soudain comme une simple mécanique. Il s'agit donc tout d'abord de revenir au ressenti et d'explorer par la porte des sens comment le monde des couleurs, des formes, des saveurs, des odeurs, des sensations, des pensées et des émotions s'offrent à nous dans l'instant. Mais notre habitude à étiqueter, juger, comparer, justifier, condamner est puissante et très vite au cours de cette invitation à arrêter le mouvement vers, le mouvement reprend, à l'insu de notre plein gré. Ainsi, même nos expériences d'expansion de conscience, nos instants les plus magiques où nous sommes en contact avec l'essentiel sans masques sont très vite dénaturés par cette mécanique incessante d'étiquetage et récupérés par l'interprétation égotique pour étoffer notre collection d'images. Dés que nous semblons nous approcher de notre être véritable, le piège des concepts et des définitions, des savoirs et des étiquetages nous en éloignent immédiatement. Dés que nous entrons en contact avec un arbre, une fleur, une musique, une peur, une peau, une tristesse, un parfum, un nuage, le piège des mots nous en séparent à nouveau. Nous réalisons que nous ne faisons qu'expérimenter nos conditionnements. Nous découvrons alors que si notre relation avec la vie est devenue si terne, si dénuée d'intensité ce n'est pas à cause de la vie elle-même mais des croyances qui encombrent notre regard, notre écoute et notre ressenti.

La co naissance est une connaissance qui procède non pas par la pensée discursive, et qui ne cherche pas non plus à justifier les savoirs précédemment acquis, mais qui fait table rase de tout savoir de seconde main pour faire une exploration directe et sincère dans l'instant. Cette co naissance ne s'appuie sur aucun concept car elle est cela même qui donne vie aux concepts. C'est une naissance dans l'instant qui précède toute mémoire ou pensée. Pour réaliser cette co naissance, il faut accepter de se rendre totalement vulnérable, accepter de ne rien savoir, accepter de remettre en question toutes nos croyances même celles qui paraissent être des certitudes inébranlables. Il s'agit d'éveiller comme le disait Krishnamurti "la flamme de l'attention" pour éclairer en conscience, sans but, nos zones d'ombre ou d'inconscience, de tension ou de prétention égotique. La véritable connaissance est amour, c'est vibrer avec, c'est être.



Cette exploration directe vise en premier lieu ce à quoi on s'identifie le plus aisément et qui semble être la racine même de notre sentiment de séparation et de souffrance. L'exploration concerne en premier lieu notre croyance (qui est une quasi certitude pour la plupart des humains) d'être un moi séparé, auteur de ses pensées, doté du pouvoir autonome de prendre des décisions et de faire librement des choix ainsi que la croyance d'être un corps ou de posséder un corps. Voyons donc donc en premier lieu si ce que nous sommes vraiment vraiment est bien ce "sac de peau à forme humaine" dont parlait Douglas Harding ?

Demandons-nous par exemple ce qu'est ce corps auquel on s'identifie si aisément ? 
Sans jamais remettre en question le concept de corps nous y faisons sans cesse référence comme "mon" corps, comme si c'était la chose la plus évidente au monde. Et personne ne trouve rien à y redire en général. Par contre lorsqu'on prend le temps de l'explorer de façon directe, ce que l'on appelle communément le corps apparaît comme une simple idée, une image mentale qui a pris forme dans un certain nombre d'impressions sensorielles plus ou moins compactes, qui s'expriment par des sensations de densité, de lourdeur, de tension, de contraction, de rigidité, de légèreté, de fluidité, de courants, d'expansion, de température, chaud, tiède ou froid. Tous nos ressentis corporels ne sont clairement localisées qu'en tant que nous les réinterprétons à l'aune de notre mémoire visuelle et sensorielle du corps. Comme c'est ainsi que l'être humain normal fonctionne habituellement, nos impressions corporelles sont généralement très clairement localisées. La densité des ressentis et l'impression de localisation affermissent la croyance d'un corps séparé de l'environnement, fonctionnant de façon autonome, et cristallisent l'idée d'être un individu séparé. Et plus on se polarise sur ces impressions corporelles, plus on construit de scénarios et d'interprétations à leur propos, plus l'impression d'être un moi séparé possédant ce corps s'accroît. L'esprit s'attache facilement aux savoirs définitifs, aux définitions rassurantes et aux conclusions irrévocables. De même l'esprit adore les sensations localisées, simples et limitées auxquelles il est aisé de s'identifier. Le monde du ressenti est un monde où les mots et les étiquettes n'ont guère leur place contrairement au monde visuel. Ainsi dans le domaine sensoriel, l'esprit préfère toujours simplifier à l'extrême en vue de classer sans suite. De plus, un ressenti clair et rigoureux est réconfortant car il légitime la croyance d'être une identité séparé aux commandes de ce corps.



Par contre, si l'on ferme les yeux et qu'on laisse de côté nos savoirs de seconde main, pouvons-nous trouver ce que l'on appelle communément un corps là où on est en ce moment ? Si l'on explore de façon directe et sans la mémoire une sensation, on découvre qu'on ne peut lui donner une forme définitive et que cette forme se transforme d'instant en instant. Lorsque nous entrons dans une écoute impersonnelle des sensations corporelles, elles apparaissent comme autant de poissons dans l'océan que nous sommes. Lorsqu'on écoute avec une attention extrême une sensation, sans peur et sans désir, on découvre qu'elle finit par s'étendre puis se dissoudre dans l'écoute silencieuse comme des volutes de fumée se fondant dans l'espace quelle révèle soudain avec une très grande clarté. Lorsque les sensations corporelles sont laissés libres de toute intentionnalité, elles ne ressemblent plus du tout à ce que l'on étiquetait l'instant d'avant. L'imaginaire se lézarde et les impressions se fissurent. Les impressions corporelles deviennent alors insaisissables pour les mots et impossibles à identifier comme quelque chose de connu. On découvre que c'était nos croyances qui figeaient artificiellement nos impressions corporelles et nos sensations de densité. Plus les impressions corporelles sont écoutées sans filtres, plus les croyances à leur propos s'effondrent et plus les sensations échappent à la préhension et à la compréhension intellectuelle. Alors, on découvre avec stupéfaction que ce qu'on appelait le corps, ce sac de peau à forme humaine, est en réalité une symphonie mouvante de vibrations d'une richesse infinie, que le mental est totalement incapable de saisir, tellement les courants et les mélodies, les rythmes et les harmonies qui résonnent en nous apparaissent soudainement d'une complexité invraisemblable et d'une beauté époustouflante. Cette écoute impersonnelle des sensations corporelles ouvre un monde fabuleux de ressenti silence qui ébranle puissamment l'édifice personnel, car il est vu qu'il est impossible d'emprisonner la réalité du corps mouvant, émouvant et en perpétuel mouvement dans un concept ayant un début et une fin, un intérieur et un extérieur et séparé de l'environnement. Le corps pensé devient un corps de silence et d'espace et de conscience. Le corps humain qui semble localisé et limité dans l'imaginaire, lorsqu'il est écouté par la Présence silencieuse apparaît désormais comme un corps sans forme ni bornes contenant l'univers. Cette connaissance n'est pas linéaire. Elle est co naissance car nous naissons avec ce corps nouveau dans une unité indicible.



Nous nous identifions également à un esprit. Poursuivons notre exploration directe, en laissant de côté nos savoirs de seconde main et notre mémoire pour voir si l'on peut faire co-naissance avec quelque chose appelé un esprit ? Au premier abord ce que l'on appelle esprit semble être une cacaphonie complètement frénétique de pensées, d'images, de sons et de mémoires. Puis, lorsque l'on écoute de façon impersonnelle le mouvement des pensées, on s'aperçoit qu'au bout d'un moment le rythme d'apparition se calme peu à peu et la trame des pensées au début très opaque se desserre de plus en plus.

Les pensées ne viennent elle pas du vide pour retourner vers le vide ? Que sentez vous, que voyez vous ? Choisissez un arbre dont le nom commence par un C. D'où vous est venu cette pensée ? D'un esprit ou plutôt d'un vide inconnaissable et conscient ? Les pensées changent constamment. Mais est-ce que vous, vous qui êtes présent et conscient ici et maintenant des pensées qui naissent et meurent, est-ce que vous, vous changez ? Pensez-vous les pensées ou vous apparaissent elles pour ensuite disparaître ? Observez cela avec une attention extrême. Cette question est essentielle. Y a-t-il un penseur pensant les pensées ou vous apparaissent-elles d'instant en instant au sein d'un espace conscient ?

Ne restez-vous pas immuable, présence consciente, espace d'accueil pour toutes ces pensées qui vous traversent sans vous affecter ? Quelle est votre histoire dans l'instant présent ? Avez vous un nom, une famille, une adresse, une nationalité, une profession, un monde, un âge, un passé, un avenir, un caractère dans l'instant présent ? N'êtes vous pas libre, totalement libre de toutes ces caractéristiques. N'êtes vous pas le sans forme qui accueille toutes ces formes ? Vous manque-t-il quelque chose dans l'instant présent ? N'êtes vous pas la plénitude de l'Être sans définition qui accueille en son sein toutes les définitions ?

 Lorsque nous examinons les pensées avec une attention sans préférence on observe un changement de perspective. Elles perdent peu à peu le pouvoir de nous limiter car au lieu d'apparaître en elles ce sont elles qui apparaissent en nous. Ce changement de perspective est un changement de paradigme. On passe d'une expérience duelle à une perspective non duelle par le biais du ressenti silence. Une sorte de décollement a lieu et nous nous expérimentons comme le témoin impersonnel et permanent des pensées personnelles et impermanentes. Brusquement la connaissance authentique s'éveille telle une évidence : Je ne suis pas mes pensées, je suis depuis toujours l'espace silencieux et conscient en lequel elles apparaissent et disparaissent.



Une spiritualité authentique ne cherche pas à expliquer la souffrance présente en la reliant à des expériences vécues dans le passé. Elle vous invite au ressenti et met l'accent sur le fait que c'est votre refus de ressentir qui a créé la souffrance. Elle ne cherche pas à vous changer ou à vous libérer. Elle propose d'écouter ce qui est là et à vivre avec ce qui est. Pourquoi refuser la douleur, vouloir échapper à la souffrance ? Ce sont toujours des cadeaux que la vie nous offre pour nous interroger. Et à travers nous, c'est la vie qui cherche s'interroger elle-même, la partie d'elle-même qui demeure encore voilée.

En tant que personne accompagnée puis en tant que thérapeute psycho corporel depuis une vingtaine d'années, j'ai pu observer l'importance cruciale de l'écoute des émotions pour inviter à la découverte de que nous ne sommes pas et réaliser qui nous sommes vraiment vraiment. Car, s'il peut être aisé pour certains esprits ayant certaines aptitudes de comprendre intellectuellement la connaissance non duelle dont on parle ici, la rencontre avec les émotions permet de voir et de ressentir si cette compréhension est simplement mentale ou si elle est vraiment descendue dans le cœur et dans le ventre, notre second cerveau, notre cerveau émotionnel. Une des explorations directes les plus radicales qu'un être puisse faire est bien souvent celle qui passe par le niveau émotionnel. C'est pourtant une voie souvent minorée voire méprisée par certains communicants de non dualité. L'écoute impersonnelle des émotions est sans aucun doute le ferment le plus puissant pour la dissolution de l'impression d'être un moi séparé. Je l'ai constaté maintes et maintes fois en séance individuelle ou en stage et j'ai reconnu cette même puissance contagieuse d'éveil auprès des communicants de non dualité qui accompagnent les émotions avec grand art tels que Gérard, Somasekha, Frédéric Moreau, Byron Katie, Rupert Spira, eric Baret et beaucoup d'autres qui ont cette sensibilité et cette capacité. Car une chose est d'inviter par le langage à ressentir de façon impersonnelle les émotions et une autre est d'inviter à ce ressenti en direct lorsque cela s'impose.

Notre connaissance des émotions est habituellement confinée dans des concepts. Nous pensons nos émotions plutôt que de les vivre. Autant dire que notre prétendue connaissance à leur propos est purement imaginaire et nous empêche d'entrer en contact avec elles. Car cette connaissance est en réalité une mise à distance orchestrée par l'énergie de croyance en un moi séparé. C'est une fausse connaissance qui opère comme une résistance à ressentir. Et c'est la peur de n'être rien qui frémit sous ces fausses couches de connaissance.

Pour explorer une émotion il s'agit évidemment d'être dans une ouverture totale à ce qui se présente, sans jugement et sans objectif pour permettre une observation qui soit la plus neutre possible. Pour cela il s'agit de ne pas mettre l'accent sur l'histoire liée à l'émotion. Il ne s'agit pas de comprendre sa cause ou d'analyser le pourquoi de son apparition. Relier simplement l'émotion à une origine localisable dans l'espace temps comme le font la plupart des rares thérapeutes qui accompagnent les émotions est une vision tronquée et idéalisée de la réalité qui ne fait qu'amoindrir et déplacer momentanément la souffrance. Pour écouter une émotion de façon impersonnelle et dans une ouverture totale, il s'agit de mettre l'attention sur la fréquence vibratoire de l'émotion, au niveau purement sensoriel et tactile. Car pour connaître une émotion, nous devons la co naître et donc naître avec elle et en elle. Ainsi le sujet (l'observateur) et l'objet (l'émotion en tant que perception) fusionnent amoureusement pour disparaître et révéler l'espace conscient que nous sommes vraiment vraiment. Peu à peu nous découvrons que cette écoute permet de passer du manque à la plénitude et nous prenons de plus en plus plaisir à laisser nos émotions libres de jugement et d'interprétation. Peu à peu l'attention ne se porte plus sur l'histoire construite autour de l'émotion mais sur la sensation purement tactile. Ainsi on découvre un nouvel univers fascinant, de feux d'artifices se déployant dans la nuit obscure pour rejoindre la beauté de la nuit et révéler de façon de plus en plus évidente l'inconnu conscient que nous sommes. Lorsque nous arrêtons de résister aux émotions et que nous les laissons libres de se mouvoir à leur guise elles nous traversent sans nous affecter et nous révèlent en tant que Présence silencieuse. 

Profondément, l'invitation est de voir qu'il y a une espèce de cercle vicieux entre l'image qu'on a créé de son corps et la souffrance personnelle. Quand on souffre on a l'impression d'être quelqu'un, d'être quelque chose et on renforce l'idée d'être un moi séparé. Il y a l'idée d'être quelqu'un de bien. C'est moral de souffrir, ça correspond à une image à laquelle moi-même et mon entourage peuvent adhérer. Et en même temps, l'histoire que l'on se raconte à propos de comment la vie devrait être ou ne pas être maintient en place les tensions et les densités corporelles. Elle permet paradoxalement à un niveau très grossier de se sentir vivant. Elle conforte l'identification de notre être à la croyance d'être une personne ce qui est validé par la société. Sans cette histoire que serions nous ? Quand l'histoire que l'on se raconte commence à se délayer, les sensations corporelles grossières se morcellent, se fluidifient puis se dissolvent. On finit par ne plus ressentir le corps tel qu'on le connaissait. Le corps vivant dans l'instant ne ressemble plus au corps imaginaire figé dans la mémoire, dont les sensations sont solides. Cela est très déconcertant. Le corps semble devenir courants puis espace. Le moi se fond avec la liquéfaction des tensions corporelles. On peut alors avoir le pressentiment de ne rien être. Lorsqu'on pense ce rien surgit le néant et une terreur indicible (voir "La Nausée" de Sartre) mais lorsqu'on le vit directement c'est la plénitude ultime.



 Ainsi cette exploration minutieuse, patiente, assidue et directe de ce que nous ne sommes pas nous fait passer par toute une série de désidentifications qui nous font passer du sentiment de manque à la plénitude d'être. Peu à peu les pensées crues finissent par n'être plus que de simples pensées, l'énergie de croyance qui maintenait l'attention fixée dessus s'est évaporée. Ce que nous pensions être se dissout comme une illusion d'optique et au cœur du dessin au premier plan sur lequel notre attention ordinaire était habituellement rivée apparaît, lorsque notre attention se défocalise, un autre dessin en 3 D. Nous changeons de dimension. Nous nous rendons compte que nous ne sommes pas un moi séparé dans un corps limité mais un espace de présence consciente, impersonnelle, sans nom, sans forme, sans limites, sans poids et sans âge, une mystérieuse et joyeuse sensation d'être conscience consciente d'être. Un pur "je suis" ne revendiquant aucune forme mais les embrassant toutes. Un espace infini qui dit toujours oui à tout ce qui en son sein apparaît et disparaît.

La connaissance véritable est donc co naissance et consiste à naître avec ce qui est dans l'instant. Et ce qui est dans l'instant et qui demeure d'instant en instant est ce Sans Forme prenant toutes les formes que nous n'avons jamais cessé d'être, mais que nous ne voyions pas parce que nous le cherchions dans une forme particulière. Paradoxe ultime, ce que nous sommes vraiment vraiment, le sans forme et le sans nom se cache en réalité dans toutes les formes et se conjugue simultanément dans toutes nos pensées et nos expériences. De "Je suis" on réalise "Je suis Cela".


 
Ainsi la spiritualité authentique ne nous propose pas d'ajouter de nouvelles croyances à nos couches anciennes. La véritable connaissance n'est pas une création mais une décréation sans personne qui décrée. Elle ne nous propose par l'acquisition d'un quelconque savoir objectif auquel on pourrait se référer ou sur lequel on pourrait s'appuyer pour amoindrir notre angoisse du vide ou accroître notre sentiment de puissance individuelle. La spiritualité traditionnelle est un retour au simple, un retour à l'Ici que nous n'avons jamais quitté autrement qu'en imaginaire. L'invitation est de revenir au Soi, qui est notre place non localisable et pourtant bien présente ici et maintenant. Il s'agit de revenir à la fraîcheur de l'instant et regarder le monde depuis le regard désencombré de tous nos vains savoirs. Rester là, sans rien faire, sans penser, pour simplement être et ressentir. Pour le pratiquant spirituel conventionnel, cette invitation résonne de façon souvent inquiétante. Être Ange ?

Car on lui demande de faire table rase de tous ses précieux savoirs et de revenir à l'humilité essentielle dont parle merveilleusement Maître Eckhart dans le sermon du pauvre d'esprit : "je ne possèdes rien, je ne veux rien, je ne sais rien". C'est un coup d'arrêt brutal à toute quête de connaissance tournée vers les objets ou les pensées. L'invitation est un abandon, une soumission totale à ce qui est puis de laisser la vie se déployer en nous, sans filtres et sans résistances. La véritable connaissance est co naissance, car elle ne peut être connue mais seulement vécue. Tout sentiment de séparation s'est effondré. Il n'y a même plus d'individu séparé pour prétendre avoir compris quelque chose. Car au bout de cette exploration se révèle l'inconcevable :

Je suis la connaissance qui inclut et unit tous les contraires et les transcende à la fois. Lorsque notre nature absolue se révèle, elle se révèle en naissant à elle-même en tant que co naissance. L'Un qui après s'être oublié dans le multiple se reconnaît en tant que Un et unique et se reconnait en toute perception. Et ce n'est même pas après car cela se passe hors du temps linéaire, et en quelque sorte simultanément. Je vous le disais, c'est inconcevable. La connaissance n'est plus la connaissance d'une entité particulière mais la reconnaissance d'être la connaissance absolue. C'est une connaissance qui s'éprouve sans personne pour l'éprouver.


NB : Pour ceux qui sont intéressés par un accompagnement individuel non duel ou des séances psycho-corporelles pour se libérer des émotions bloquées, veuillez me contacter au 06 63 76 90 81 ou sur mon mail : adnnn1967@gmail.com

Si vous voulez vous inscrire pour les rencontres non duelles (sur la base d'une participation en conscience) qui ont lieu de façon bi-mensuelle à chez moi dans le 19e à Paris, écrivez-moi un sms sur le numéro ci-dessus.