Feel it !




Paroles et musique de Dan Speerschneider
un album pour célébrer la vie ;-)

jeudi 8 octobre 2015

Ressentir : 2e partie Pratique 

Jeu de révélation : l'expérience d'être non séparé.


Nota bene : Lisez-vous ceci pour vous sentir plus vivant ou pour trouver une énième théorie sur la vie ?

La condition humaine est de se croire séparée de la vie et par conséquent de se sentir insatisfait, ce qui enclenche automatiquement une quête (consciente ou inconsciente) de complétude. Mais cette recherche de bonheur est justement cela même qui voile la complétude que nous sommes déjà. Tant que nous croyons qu'il nous manque quelque chose maintenant, que nous pourrions nous sentir plus complets, si telle ou telle chose arrivait ou si telle ou telle autre cessait, plus tard et plus loin, c'est que nous prêtons fois à l'idée que la complétude peut-être trouvée à l'extérieur, dans le monde, dans la durée, dans les choses, dans les expériences, dans les situations ou les états de conscience. Cette croyance est validée par une croyance racine que ce que je suis en essence est une entité séparée, identifiée à un corps et à une histoire personnelle, un moi pensant ses pensées et agissant par lui-même, étant doté de libre arbitre et enfermé dans un sac de peau à forme humaine que l'on appelle le corps.
Du fait de cette illusion puissante, l'être humain croit avoir un certain degré de pouvoir et de contrôle. Il passe donc la plupart de son temps à essayer de maîtriser ce qu'il appelle sa vie (la destinée du corps mental) mais également plus généralement son environnement, le monde, l'univers, la Vie. Cette impression de maîtrise vient essentiellement de l'idée erronée que l'on choisit ses pensées. L'humanité dans sa grande majorité partage en effet la croyance que l'activité de penser, même si elle est reconnue comme étant parfois inconsciente et mécanique, peut dans une certaine mesure être maîtrisée par cette entité imaginaire appelée moi. Or le moi séparé n'est en réalité qu'une simple pensée, non reconnue comme telle. Celui qu'on appelle le penseur n'est de fait qu'une simple pensée crue. Une pensée récurrente apparaissant entre toutes autres pensées, créant un puissant effet d'optique et donnant la fausse impression qu'il y a quelque part, caché dans les coulisses, un décideur, un contrôleur ou une instance pensante pensant les pensées.


Il y a donc cette tentative permanente d'améliorer sa vie, ou simplement son histoire personnelle, par une activité de pensée constante. On passe la plupart du temps à imaginer ce qui se passerait si telle ou telle chose advenait, ce que les gens penseraient de nous si nous réussissions ou échouions dans tel domaine. On recompose le passé en la faveur d'un personnage hypothétique qu'on défend comme sa peau et on s'invente un avenir en rose fluo dans un flux incessant de pensées pour maintenir une plus belle image de soi-même et donner un sens rassurant à sa vie. On passe sa vie à cultiver et à protéger ce musée d'archives personnelles en les arrangeant de la façon la plus accommodante et la plus séduisante en fonction des valeurs de chacun. Cette activité constante de création imaginaire à laquelle on s'identifie comme à un film sur l'écran au cinéma ne fait que renforcer l'impression de séparation et la souffrance qui en découle. De plus, tout ce qui est perçu par les 5 sens (le monde et le corps) est immédiatement étiqueté par la pensée et rangé dans des catégories de la pensée. La pensée elle-même, lorsqu'elle apparaît en tant que chose perçue est immédiatement pensée par une autre pensée, c'est à dire comparée, justifiée, condamnée, analysée, définie, soupesée par une activité de pensée qui semble de jamais devoir s'arrêter. Cette surabondance d'arborescences de pensées, ce déploiement incessant du mental semble très vivant, du fait de la densité, de la richesse et de la plasticité du mouvement mental. Et parce que la croyance en la volonté personnelle est très forte chez la plupart des humains, on assiste à une sorte de lutte pour maîtriser les images et le scénario du cinéma intérieur. Plus on parvient en apparence à maîtriser momentanément une pensée ou un ensemble de croyances, plus elles prolifèrent sans que l'on n'y puisse rien, telles les têtes de l'Hydre de Lerne, ce monstre aux têtes multiples qui repoussaient chaque fois qu'une d'entre elles était tranchée.
Tant que l'on est pris dans le piège de la séparation, tant que l'on se prend pour le penseur de ses pensées, tant que l'on croit pouvoir trouver la véritable tranquillité, le bonheur permanent ou se trouver soi-même par le biais de la pensée, l'être humain est comme enfermée dans son propre rêve : Plus il essaie d'en sortir, plus il renforce l'idée que le rêve est réel. Il soigne le mal par le mal et ce cercle vicieux le rend encore plus malade. Il tente alors d'atténuer la souffrance qu'occasionne cette vie passée dans un sempiternel sentiment de séparation, en essayant de trouver une meilleure stratégie par la pensée, par une nouvelle ou par une meilleure idée. Mais le shoot d'adrénaline que provoquent les pensées narcissiques ne dure pas, et ne fait que renforcer le sentiment de séparation à l'origine de la souffrance. Et surtout, rappelons que l'idée qu'une pensée puisse être neuve est un mensonge : une pensée n'est jamais neuve.


L'activité mentale, aussi impressionnante et riche soit-elle, n'est jamais qu'une expression de la mémoire et donc du connu et du passé. Nous sommes donc confrontés à ce paradoxe permanent que de vouloir vivre la vie présente à partir du passé, d'aborder le flux imprévisible, mouvant et sauvage du Vivant avec des conditionnements sages comme des images et des pensées fixes et rancies. Lorsque nous pensons la vie, nous sommes tels des aliénés tentant d'emprisonner l'océan dans leur filet de pêche. Et pourtant, c'est ainsi que vivent les hommes. Ils se sont aliénés dans le filet de pêche de leur propres pensées avec lequel ils tentent désespérément de cueillir et de maîtriser le Vivant.

Comment faire pour sortir de ce cercle vicieux ? Comment faire pour se réveiller de ce rêve qui finit toujours à un moment donné par tourner au cauchemar ? Y a-t-il vraiment quelque chose à faire ? Plus je vais tenter de m'en sortir, plus je vais le faire par le biais de la pensée, par le biais de la mémoire et plus je vais sembler m'éloigner de ce que je cherche vraiment, la Présence. Je suis comme le chat qui s'est emberlificoté dans la pelote de laine. S'il bouge, il s'empêtre davantage. Je suis comme un combattant retranché dans un bunker entouré d'ennemis de toutes parts et qui continue désespérément à chercher une issue par le biais de son imaginaire. Je suis comme un voyageur esseulé et affamé, perdu dans le désert, avec un pied appuyé sur une mine, sachant que si je lève le pied, elle explosera. Je peux toujours tenter de tout imaginer mais à un moment donné, je devrais me rendre à l'évidence que c'est sans solution. De même l'activité pensante peut à un certain moment se rendre compte de sa propre absurdité. Il est possible que la pensée se rende compte elle-même que c'est sa propre activité qui brouille les cartes et semble voiler ce qu'elle cherche en vérité, la tranquillité du Soi, la Complétude, le Silence.

À un moment donné, il est possible de reconnaître notre fantasme de toute puissance. Il est temps de regarder nos histoires comme de simples histoires, de réaliser à quel point nous sommes prétentieux en croyant pouvoir enfermer la vie dans des pensées. L'invitation essentielle de la vie c'est finalement de reconnaître la totale impuissance de la personne. L'invitation de la vie c'est toujours de s'abandonner entièrement à elle sans chercher à se le représenter et à le traduire en mots ou en images. C'est une invitation douce, tendre, amoureuse et présente à chaque instant de notre vie. Mais nous ne voulons pas le voir. La personne tente toujours d'atteindre par elle-même cet amour qu'elle ne peut qu'imaginer, se contractant toujours davantage vers un ailleurs et un plus tard, retardant l'inéluctable, jusqu'au moment où la tension est trop grande pour ne pas être ressentie. C'est à ce moment qu'il y a lâcher prise sans personne pour lâcher prise.


Quelle est la différence entre l'amour et la pensée de l'amour, entre un vrai baiser et un baiser imaginaire, entre un regard sans intention, percevant le monde comme pour la première fois et un regard scrutateur cherchant à savoir ce que l'autre pense en vue d'obtenir quelque chose ? Allons soyons honnêtes. N'est il pas évident que nous souffrons de penser la vie plutôt que de sentir la vie ?

N'est-il pas évident que notre souffrance vient du fait que nous avons oublié de ressentir de façon directe et de voir le monde dans l'intensité de l'instant ? Lorsque l'on pense sa vie plus qu'on ne la ressent, on se sent seul et séparé. C'est de là que naissent la souffrance et la dépression. On se sent étranger à sa vie comme rejeté de la vie. Il est donc vital de renouer avec le ressenti de l'expérience directe.

Notez à quel point lorsque l'on met l'attention sur quelque chose on le fait au travers de la pensée. Et voyez que lorsqu'on pense quelque chose on s’en sépare. Cela crée immédiatement une sorte de tension dans le corps. C'est automatique. C'est peut être subtil mais c'est toujours ainsi même si ce n'est pas remarqué par manque de sensibilité. Dés qu'il y a de l'intentionnalité dans l'acte d'attention, il y a une forme de tension corporelle. Il est important de devenir très attentif pour explorer de façon tactile les tensions dans le corps et devenir familier avec ce processus. Car nous sommes tout le temps en train de nous séparer de nos expériences. En pensant nos expériences plutôt qu'en les ressentant. 



Lorsque nous ressentons, il n'y a plus personne pour sentir. Il y a juste être, ressenti sans commentaires, pure expérience non-duelle. Lorsque vous cessez de prétendre savoir ce qui est juste ou faux, bien ou mal, vous ressentez. Lorsque vous cessez de demander quelque chose aux autres, à la société, à la vie, que reste-il ? Tous les mots et concepts sont caduques pour désigner ce qui demeure lorsque nous cessons de prétendre être ceci ou cela. Lorsque nous cessons de prétendre avoir un corps, un passé, un âge, un métier, une famille, être comme-ci ou comme-ça, pas assez comme-ci ou trop comme ça, que reste-il ? Mystère, incandescente beauté du mystère d'être. Ressentir, Voir, Être se passe de pensées. Les pensées naissent et meurent dans l'espace de non savoir du ressenti.

Alors l'invitation de la vie c'est de ressentir, tout ressentir. Car au final, il n'y a que ça, et nous sommes ici dans cette vie que pour ça, uniquement pour ça. C'est le sens profond, le sens sans direction de la Vie elle-même. La preuve : lorsque vous ressentez, vous réalisez que vous êtes ce que vous cherchez, le sentiment de séparation s'éclipse et la plénitude que vous êtes se dévoile pleinement, vous ne cherchez plus rien, vous réalisez que vous êtes la complétude, vous êtes la Vie même.

 De fait, le ressenti a lieu à chaque instant. Mais il est recouvert par la fabrication mentale qui se surimpose dessus à postériori mais de façon si rapide qu'une attention ordinaire ne suffit pas pour s'en rendre compte. Voir voit avant que la pensée "je vois" surgisse dans le champs de la Conscience. Il n'y a donc rien à faire à proprement parler, car le faire en est toujours devant nous, la pensée arrive toujours trop tard, elle est toujours en trop et comme à côté. Elle manque constamment sa cible. Il y a juste à réaliser que l'espace du ressentir, le fait d'être conscient d'être conscient est déjà là depuis toujours puis, à laisser la pensée qui surgit, être active dans l'espace de non savoir dont elle est issue. Faire une expérience d'absorption dans la Présence que vous êtes déjà ne requiert aucun effort. Il suffit de le réaliser. C'est pour cela que l'on parle de réalisation.


Pour se réveiller du rêve de la séparation je vous propose de jouer à un jeu de révélation* d'une simplicité confondante basé sur le ressenti silence sans commentaires.

Instructions :

Asseyez-vous dans un lieu confortable.

A) Mettez l'attention sur ce qui apparaît dans le champs de la Conscience. Soyez conscient de ce que vous ressentez maintenant, quel que soit la nature de ce ressenti. Positif ou négatif, agréable désagréable, intense ou neutre.
Puis, notez votre inclination à vous en séparer, à l'étiqueter, le comparer, le contrôler, le juger, le justifier, le condamner, l'analyser, l'expliquer, le comprendre. Voyez comment vous essayez immédiatement de traduire le ressenti silence en mots, en pensées, en concepts et éventuellement de le changer ou de le refuser s'il est perçu comme désagréable.

B) Maintenant, je vous propose d'expérimenter l'unité avec cela. Ressentez ce que cela fait que d'être tout ce qui apparaît en vous dans l'instant ? Ressentez-le, sans commentaires. Vingt à trente secondes passent. Ceci est juste une indication. En réalité, le ressenti est hors du temps. Vous n'expérimentez le temps que lorsque vous pensez. Et le ressenti est sans pensées.

A) Un nouvel état surgit. Complètement neuf, jamais encore expérimenté. Des sensations nouvelles, des images, des pensées, des sons, des odeurs, des émotions apparaissent dans le champ de votre conscience.

B) Ressentez ce que cela fait que d'expérimenter l'unité avec cet état de conscience, avec ce son, cette sensation, avec cette douleur, avec ce doute, avec cette pensée...Vingt à trente secondes passent. 

A) Puis vient un autre état, totalement nouveau et inattendu. Remarquez ce qui est présent à vous dans l'instant en termes de pensées et de perceptions.

B) Ressentez maintenant ce que cela fait que d'être cela. Ressentez juste ce que l’on ressent lorsqu’on fait l’expérience d’être Un avec tout cela qui apparaît en vous. 

Et vous continuez à alterner A et B, le constat de ce qui apparaît dans le champs de votre conscience à un moment t, puis le ressenti silence d'être Un avec ça. 

Persistez pour le plaisir du jeu et de la découverte. Explorez en sachant qu'il n'y rien à gagner parce que vous êtes déjà tout, et qu'il n'y a rien à perdre non plus parce qu'en même temps vous n'êtes rien. Jouez sans peur et sans désir. Sans chercher à comprendre. Une décantation alchimique se fait en douceur. Le plomb se transforme en or. Un miracle a lieu. Un miracle très ordinaire en réalité. L'extraordinaire toujours se donne à voir dans les choses les plus ordinaires. Toutes les tensions, les doutes, les pensées, les émotions, la confusion, le stress, les sons, les sensations, les odeurs, toutes les perceptions se résorbent naturellement en Vous, leur source. Vous, en tant que cette Présence sans dimension et sans forme dans laquelle ils naissent et meurent. Une plénitude non pensable se révèle, un sentiment de complétude et de tranquillité absolue se vivent, sans personne pour les vivre. Ce que vous êtes, pure Présence consciente se révèle avec une évidence que les mots ici ou ailleurs sont impuissants à formuler. Dés que vous essayez de penser à cela, d'en faire une formule magique pour aller mieux, vous créez à nouveau la dualité, en pensant la vie plutôt qu'en la ressentant (A). L'invitation de la vie est alors de revenir à B. Ce jeu ne fait que révéler ce que vous êtes déjà, Conscience. Le jeu pointe simplement vers un secret déjà ouvert. Ce jeu ne fait que révéler qu'il n'y a personne qui ressent, pense ou résiste mais que vous êtes la Vie Une au travers des multiples manifestations et expériences. Tôt ou tard vous finissez par réaliser que vous êtes cet espace de non savoir où toute expérience est vécue.

NB : Pour ceux qui sont intéressés par un accompagnement individuel non-duel à Paris ou par Skype ou une séance d'accompagnement psycho-corporelle pour laisser éclore les émotions bloquées, veuillez me contacter au 06 63 76 90 81 ou sur mon mail : adnnn1967@gmail.com

Si vous voulez vous inscrire pour les rencontres non duelles (sur la base d'une participation en conscience) qui ont lieu de façon bi-mensuelle à chez moi dans le 19e à Paris, écrivez-moi un sms sur le numéro ci-dessus.



Un jeu de révélation n'est pas une pratique en vue de devenir autre chose que ce que nous sommes ou pour changer quelque chose. Un jeu de révélation est un jeu qui dissout les fausses croyances pour dévoiler ce qui est déjà là et nous plonger dans l'espace de non savoir où tout est pur ressenti non duel. Un tel jeu a la même fonction que les réponses d'un enseignant en Satsang ou qu'une investigation du Soi (Self inquiry). Simplement vous pouvez y jouer entre amis ou tout seul.  Un jeu de révélation a une fonction de révélation de qui nous sommes vraiment.