Feel it !




Paroles et musique de Dan Speerschneider
un album pour célébrer la vie ;-)

lundi 28 décembre 2015

L'insoutenable légèreté de l'Être


Nous croyons sans cesse qu'il faut faire quelque chose, changer notre expérience, s'engager sur une voie ou dans une pratique particulière, viser le Golgotha ou l'excellence pour être plus proche de nous-mêmes.
Nous croyons qu'une entité séparé doit porter une croix, faire des efforts, en baver pour arriver quelque part, plus tard et ailleurs qu'ici.
Nous croyons qu'une entité pensant des pensées et posant ses actes par lui-même est personnellement responsable de la vie et de la destinée de ce corps-mental-ci et doit soutenir l'Être et la vie même. Nous croyons pouvoir et disons vouloir. 

Puis, à la faveur d'un geste inattendu de l'attention, se retirant soudain des pensées et des perceptions, toute tension vers* quelque chose s'arrête. Il est alors réalisé que tout était déjà là, disponible depuis toujours, dans la candeur immaculée de l'éternelle Présence. Ce que je que je croyais devoir, vouloir et pouvoir trouver est soudainement vu comme illusoire au regard de ce qui est là, Ici et Maintenant. Il est vu et su combien ce mécanisme de recherche est soutenu par de fausses croyances suscitant une sensation de manque, créant ainsi en cercle vicieux une tension perpétuelle vers un nouvel objet, susceptible en apparence de combler le manque, et ainsi de suite. Tant que ce mécanisme demeure inconscient, il masque la plénitude que je suis déjà.


Le secret est depuis toujours grand ouvert au regard désencombré que nous sommes. Ce regard de clarté absolue se révèle à nous dés que nous cessons de prétendre savoir et vouloir que les choses soient différentes de ce qu'elles sont.
L'Être que Je suis n'a aucune densité. Il est l'espace conscient et silencieux où règne une légèreté insoutenable. L'être est la transparence même. Il n'a besoin de rien pour être soutenu. Il se soutient parfaitement Lui-même.
On ne peut ni le voir, ni l'entendre, ni le ressentir, ni l'expérimenter. Mais il est ce par quoi tout est perçu, entendu, ressenti, expérimenté.
En lisant ces lignes constatez qu'avant même que vous prenez conscience que vous êtes en train de les percevoir cela a déjà été perçu.


Avant même que qu'un "vous" prenne conscience de la petite voix qui commente sans cesse ce qui est perçu, qui est d'accord, pas d'accord, qui trouve ça clair ou obscur, intéressant ou inintéressant, avant même qu'un apparent "vous" prenne conscience de toutes les pensées cohérentes ou incohérentes qui émergent dans l'instant, cela avait déjà été enregistré au sein d'un espace de conscience inconditionné qui ne fait aucun commentaire. 

C'est cela l'insoutenable légèreté de l'Être qui n'a besoin d'aucun moi pour être. La Présence que nous sommes n'a pas besoin d'être soutenue. Ni par des actions généreuses, ni par une intelligence supérieure, une compréhension claire, un quelconque savoir ni même par une sorte d'élection divine.

Avant toute chose découvrez que vous êtes. Et ce que vous êtes se donne dans l'instant sans efforts. Étonnez-vous d'être plutôt que de ne pas être. Je suis conscient d'être conscient. Là est mon savoir le plus précieux.

 Restez avec Je suis. Et demandez-vous aussitôt ce qui connaît ce Je suis.

Je suis Ce en quoi "Je suis" apparaît et disparaît.

Pouf, Pschittt, ou, (c'est selon) Plouf... Pif Paf Puf (en danois)... ÔM (en sanskrit)... Abracadabra  (en Hébreu : "la bénédiction a parlé")...

Là les mots sont obsolètes et les concepts périmés.

Wow...

NB : Pour ceux qui sont intéressés par un accompagnement individuel non-duel à Paris ou par Skype ou une séance d'accompagnement psycho-corporelle pour laisser éclore les émotions bloquées, veuillez me contacter au 06 63 76 90 81 ou sur mon mail : adnnn1967@gmail.com

Si vous voulez vous inscrire pour les rencontres non duelles (sur la base d'une participation en conscience) qui ont lieu de façon bi-mensuelle à chez moi dans le 19e à Paris, écrivez-moi un sms sur le numéro ci-dessus.


* Le mot attention vient de deux mots latins, ad signifiant vers et tendere : tendre. L'attention est donc en elle-même une tension vers. Cela nécessite de faire un effort minimum pour déplacer l'attention sur un objet d'expérience, sur une chose, une perception.. Le seul "geste" ne demandant aucune attention particulière est celui de la Conscience se réalisant elle-même comme Conscience
consciente d'être consciente. La Conscience ne fait aucun geste. Elle est. Lorsqu'on demande de retourner l'attention vers sa propre source c'est en réalité impossible. Et pourtant quelque chose de magique peut se passer au travers de cette invitation. Il est possible que cette invitation provoque l'arrêt momentanée de tout mouvement d'attention vers autre chose qu'elle même qui est justememnt une non chose. Cet arrêt est particulièrement auspicieux pour que la Conscience se reconnaisse comme Conscience.

Les bûches du sentiment de manque avivent le feu de la Complétude


Un sentiment de manque n'est pas pas là pour être comblé, il n'attend que d'être reconnu et pleinement ressenti.

Le sentiment de manque est toujours liée à une croyance erronée qui, une fois pleinement ressenti, révèle à la place de la prétendue souffrance une Plénitude sans nom.

Une peur n'a pas besoin d'être pensée, elle attend juste d'être vue et éprouvée, jusqu'au bout.

Une colère n'a pas besoin d'être analysée mais d'être écoutée de façon impersonnelle.

Une tristesse n'exige pas qu'on lui trouve une cause mais réclame juste d'être pleinement savourée pour pouvoir se dissoudre dans l'espace de non savoir dont elle est issue.

Une haine ne demande pas à être justifiée, ni condamnée mais d'être libre de tout jugement pour s'étendre dans toutes les directions et pointer vers l'espace de Présence consciente, sans limites, sans personne, sans commencement et sans fin.

Toute émotion cherche sa liberté, l'absence d'histoire et la non appropriation.


La beauté de la tristesse, de la jalousie, de l'avidité, de l'égocentrisme, de la peur, de l'état amoureux, de la rancœur, du désir et de la haine, la beauté de tous nos sentiments et émotions réside dans le simple fait que chacun d'entre eux, lorsqu'ils sont pleinement goutés, pointent inexorablement vers et révèlent l'espace de paix et d'amour que nous sommes.

Ainsi ce qui se présente dans l'instant, quoique ce soit, violent ou doux, juste ou injuste, laid ou beau, vrai ou faux, ennuyeux ou palpitant est toujours la bûche qui ravive le feu de la Présence que nous sommes.

Quand cela est pleinement compris chaque expérience devient une occasion de célébrer l'Inconnaissable, l'Incomparable, l'Absolu. 

Chaque expérience devient une occasion de souffler plus fort sur les braises de notre être véritable et sentir les flammes de la Présence embrasser et embraser tout ce qui est.

La Vie est un infini brasier d'amour.


NB : Pour ceux qui sont intéressés par un accompagnement individuel non-duel à Paris ou par Skype ou une séance d'accompagnement psycho-corporelle pour laisser éclore les émotions bloquées, veuillez me contacter au 06 63 76 90 81 ou sur mon mail : adnnn1967@gmail.com

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jeudi 24 décembre 2015

Joyeux Noël non duel


Célébrer la naissance de Jésus c'est avant tout célébrer la naissance du Christ vivant en nous.

Célébrer Noël c'est célébrer notre véritable nature, sans forme dansant avec une folle intimité toutes les formes.

C'est reconnaître que "le royaume qui est nous" embrasse tous les êtres et toutes les formes.

C'est naître à notre véritable nature et reconnaître "notre prochain" comme la véritable expression de nous-mêmes.


Célébrer Noël c'est réaliser que la Naissance n'était pas il y a 2015 années mais Maintenant et qu'elle ne se situe pas là-bas mais Ici, dans le lieu sans lieu où il y a conscience d'être conscience.

Célébrer Noël c'est donc reconnaître la perfection de chaque instant et reconnaître qu'il n'y en aura jamais de plus propice pour naître, se reconnaître et être ce que nous sommes vraiment vraiment.

Noël est une célébration de l'Amour que je suis, que vous êtes, que nous sommes.

Noël est une occasion de retourner l'attention vers sa propre source et voir que celle-ci est toujours accueillante et ouverte à tout ce qui est vécu dans l'instant. C'est une merveilleuse occasion de pointer le doigt vers ce qui regarde, lever l'illusion du masque et voir qu'il n'y a personne derrière, personne qui regarde, que la vision est toujours présente, amoureusement omniprésente.


Ainsi, que vous soyez dans la mouise ou dans l'opulence, en famille ou seuls, dans un pays en guerre ou dans une riche démocratie, malade ou en bonne santé, quelle que soit la situation que vous vivez, agréable, neutre ou horrible, que vous soyez à Copenhaque, Paris, Londres, Racca, Bombay, Sangin, Trinidad ou Jérusalem, dans un igloo au Groenland ou dans une tribu d'Amazonie, que vous défendiez une cause humanitaire ou terroriste, que vous votiez à gauche ou à droite, que vous soyez viandard ou adepte du véganisme, je vous invite à réaliser en ce jour de Noël que, quelle que soit votre expérience présente, celle-ci pointe toujours inexorablement et amoureusement vers l'ouverture transparente, sans limites et sans âge, consciente d'être consciente qui accueille toute expérience avec une bienveillance infinie et une tendresse sans bornes. Là, plus proche de vous que vous-mêmes, ici même, dans la vacuité consciente vers laquelle pointe ce doigt, dans l'espace silencieux et vacant au-dessus de vos épaules.

Nöel c'est l'occasion de réaliser, qu'en cet instant, le même pour tous et le même depuis toujours (il n'y a qu'un maintenant sans durée, éternelle présence, il n'y en a jamais eu et il n'y en aura jamais d'autre), vous qui lisez ces lignes et celui qui les écrit sommes des expressions de la même Conscience. 

Joyeux Noël à tous et belles éclosions à vous !



Question posée par un ami facebook à la suite de ce texte :

Michel :  "Célébrer la naissance de Jésus c'est avant tout célébrer la naissance du Christ vivant en nous."

En a-t-il été absent ?

Réponse : Il semble que l'on ait regardé la vie au travers de deux petites boules de couleur appelées yeux, mais effectivement, tu fais bien de le souligner, nous avons toujours regardé depuis un Grand Ouvert au-dessus des épaules. C'est même incroyablement beau que de le réaliser. 

Même quand nous l'ignorions ou quand nous faisions semblant de ne pas le réaliser, le Grand Ouvert voyait de derrière les yeux imaginaires. La verticale (conscience d'être conscience) est à tout instant disponible sur notre illusoire ligne de vie horizontale (où l'on se représente dans le temps et une histoire particulière au travers de la pensée discursive). 

De même lorsque ce grand ouvert est réalisé, il semble qu'en tant qu'individu séparé réfléchissant l'expérience (ou plutôt la non expérience devrait-on dire pour qualifier ce retournement de la Conscience sur elle-même) l'on naisse à ce regard. C'est juste qu'il y a soudain arrêt de la prétention à regarder depuis un visage et des yeux imaginaires, c'est juste que la croyance en un individu séparé cesse soudainement d'être crue. 

Naissance ici signifie en réalité réalisation. C'est cesser de se penser comme existant dans un corps mental soumis au temps, c'est cesser de se prendre pour un ensemble de pensées et de définitions changeantes et réaliser être en réalité la Conscience dans laquelle le temps, le corps, le monde, les pensées, les définitions, la naissance, l'existence et la mort naissent et meurent.

Alors oui, le Christ vivant est toujours là en nous, disponible, aimant, accueillant. Mais il semble voilé, car il n'y a pas réalisation que nous sommes cette présence consciente, sans limites et omniprésente. 

L'invitation est évidemment omniprésente et Noël peut juste devenir un Satsang non duel pour pointer vers cette Omniprésence au lieu de fêter un ailleurs et un autre, une icône ou un Dieu imaginaire.

C'est d'ailleurs exprimé à plusieurs reprises dans la suite du texte pour éviter toute confusion. Il faut cliquer sur l'image pour qu'il se dévoile dans son intégralité. émoticône wink

C'est émerveillant de reconnaître que ce que je suis maintenant, je le suis depuis toujours. Il n'y a que cette éternelle Présence... Paradoxe incompréhensible pour le mental linéaire. 

Le Christ affirma dans l'Evangile de Jean (8:58) : "En vérité je vous le dis, avant qu'Abraham ne fut, je suis."
Il faillit se faire lapider pour cette phrase et dut s'enfuir du temple !

La primauté de La Conscience impersonnelle en chacun de nous est souvent affirmée dans les Évangiles mais ce n'est pas cela qui est retenu par l'immense majorité des lecteurs ou pratiquants...

Joyeux Noël à toi Michel et belles éclosions a toi et tant pis si nous nous faisons lapider en répandant la Bonne Nouvelle..


NB : Pour ceux qui sont intéressés par un accompagnement individuel non-duel à Paris ou par Skype ou une séance d'accompagnement psycho-corporelle pour laisser éclore les émotions bloquées, veuillez me contacter au 06 63 76 90 81 ou sur mon mail : adnnn1967@gmail.com

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vendredi 18 décembre 2015

L'omniprésente simplicité


Dès que je crois à mon histoire, je n'éprouve plus la Liberté que je suis.

Dès que je crois pouvoir améliorer mon sort ou celui du monde au travers d'un accomplissement particulier ou me trouver dans les choses et les expériences, j'oublie que je suis la vacuité consciente dans laquelle les expériences vont et viennent. Une dissonance est ressentie. 

La Présence silencieuse que je suis à chaque instant est l'accomplissement parfait.

Dès que je prête foi à l'idée d'avoir un passé et un futur, c'est que je résiste à ce qui est et à ce que je suis maintenant : l'éternelle présence qui ne connaît aucun manque.

Dés que je crois devoir prendre un chemin particulier pour trouver la paix, il semble que je m'éloigne de moi-même et une guerre insidieuse est déclarée.

Dès que je prétends être quelqu'un, dés que je crois pouvoir, vouloir et savoir, je cesse de ressentir la joie sans cause et sans objet de ma véritable complétude : ne rien vouloir, ne rien savoir, ne rien être.

La complétude que nous sommes ne se cache pas quelque part. Elle s'offre à nous au cœur de chaque instant. Dés que nous cessons de la chercher dans un lieu ou une chose, un plus tard ou un ailleurs, elle révèle son omniprésente simplicité, Ici et Maintenant.


NB : Pour ceux qui sont intéressés par un accompagnement individuel non-duel à Paris ou par Skype ou une séance d'accompagnement psycho-corporelle pour laisser éclore les émotions bloquées, veuillez me contacter au 06 63 76 90 81 ou sur mon mail : adnnn1967@gmail.com

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jeudi 17 décembre 2015

Rencontre avec Dan

 Dimanche 20 Décembre à 19h à Paris 75019


Satsang pour la joie de reconnaître et partager la Plénitude consciente que nous sommes déjà.

Exploration directe de la nature de la réalité : Mise en lumière de nos croyances transparentes et de notre impression de séparation au travers de jeux de révélation, d'expériences de la Vision sans tête de Douglas Harding et investigation de la nature de la réalité par des  méditations guidées et des questions-réponses.

Pour de plus amples informations :

Blog : eclore-en-conscience.blogspot.fr

Inscription (libre participation) Tél : 06 63 76 90 81

mercredi 16 décembre 2015

Pensées sans penseur


Les pensées et les sensations que vous avez à chaque instant ne sont pas, en dépit des apparences, reliées à une personne qui en serait le propriétaire. Même si le monde entier semble valider cette croyance, les pensées ne pointent jamais vers un penseur qui en serait l'auteur personnel.

Des centaines de fois par jour nous émettons des formulations sur un mode quasi automatique du style "je suis malade", je suis en bonne santé", "j'ai faim", "je souffre", "je suis heureux", "je suis en retard", "il faut que je pense à", "je dois sortir le chien", "j'ai peur des araignées", "je suis amoureux", "je suis triste", "j'ai un beau projet", "je n'ai pas dormi", "je vote blanc", "j'ai un chouette boulot". Je suis ceci et je suis cela, j'ai ceci et j'ai cela, et patati et patata. Ce je auquel on accole des actions semble par conséquent être le sujet, le faiseur des actions, l'acteur des actes. Ce je auquel on accole des substantifs et des adjectifs, des verbes et des compléments d'objets semble avoir des attributs. Mais s'il est le sujet grammatical des centaines de phrases que nous émettons en pensées ou en mots par jour, quelle est la nature réelle de ce pronom personnel qu'on mêle à chaque instant à toutes les sauces ? À quoi renvoie réellement ce Je ? Nietzsche remarquait déjà avec une extrême pertinence dans "Par delà bien et mal" que l'idée d'un penseur pensant les pensées était une superstition des logiciens due à la routine grammaticale*.

Elles identifient à tort le Je au corps et au mental et laissent à cause de cette répétition quotidienne, jamais remise en question, l'impression qu'il y a réellement une entité au centre de notre vie qui est le propriétaire des expériences, le penseur des pensées et l'auteur des actes.

Il ne s'agit pas d'essayer de parler sans utiliser le pronom personnel je, comme on a parfois essayé de le faire dans certains cercles non duels**, mais de se rendre compte que c'est le mécanisme d'identification au je limité qui semble voiler le véritable Je que Je suis, Présence consciente sans forme et sans dimension en laquelle toute perception et pensée naît et meurt.


Le véritable Je est la Présence qui demeure lorsque les perceptions changent. Le Je réel est la continuité intuitionnée au travers des diverses expériences qui vont et viennent. Le Je que vous êtes vraiment est totalement impersonnel. Le Je véritable est la Vie elle-même. Profondément, je suis, vous êtes, nous sommes la Vie. La vie n'est ni en retard, ni triste, en manque de sommeil. Elle ne souffre pas, elle ne vote pas. La Vie est totalement libre de tout se qui se manifeste en elle. Elle est libre de son propre rêve. Elle est libre de la diversité infinie des modulations de ses expressions comme l'océan est libre de et non affecté par la forme des vagues qui se dessinent à sa surface.

En réalité les pensées et les perceptions ne font qu'apparaître et disparaître au sein d'un espace infini de Presence consciente.

L'idée d'une personne pensant les pensées, voyant les couleurs, entendant les sons, goûtant les saveurs, sentant les odeurs, ressentant les émotions est une pure abstraction sans fondement dans la réalité de l'expérience directe.

Il y a juste couleur son, odeur, sensation, saveur, pensée, vision. Expérience directe sans intermédiaire. Ressenti sans personne.

Faisons une expérience pour le vérifier sur le champ. Jetez un coup d'œil sur vos jambes maintenant. En fermant vos yeux, il semble que vous continuez à ressentir "vos jambes". Mais notez que tout ce que vous pouvez en dire est nécessairement basé sur un schéma corporel et donc la mémoire, qui est elle même issue du passé ou sur des croyances non vérifiées. Les sensations pures ne peuvent pas vous renseigner sur le fait que vous ayez dans l'instant 3, 5 ou 10 jambes, ni sur leur poids, leur âge, leur taille, leur forme, leur appartenance. Les sensations que vous ressentez, si vous faites fi de la mémoire et de out ce que vous croyez savoir pourraient aussi bien être celles d'une carapace de tortue, de plumes de faisan, d'écailles de rouget ou d'une écorce de bouleau. Non ? Ressentez. Comment savoir sans la mémoire ?

Ces perceptions ne sont jamais - dans l'expérience directe - reliés à une entité séparée qui en serait le propriétaire. Elles apparaissent au sein d'une vacuité consciente, comme des points flottant dans un espace sans limites. Il n'y aucune jonction entre ces perceptions et un moi ou une personne. La personne est elle-même une simple image, un concept flou, apparaissant disparaissant au sein de cet espace conscient sans limites.

Toute perception ou pensée se manifeste comme des poissons au sein d'un océan de Présence consciente, omniprésente et impersonnelle que nous sommes. 


Il n'y a absolument rien de rien qui, dans votre expérience directe, relie les sensations, émotions, perceptions et pensées à un vous personnel et séparé. Constatez-le, sans commentaires.

La croyance que moi, corps-mental ou entité reliée à ce corps mental, puisse avoir des pensées et des perceptions est juste une présomption non vérifiée, une habitude grammaticale et langagière, une sorte d'hypnose voilant la beauté de la vie, sans auteur et sans acteur.

Nous nous imaginons à tort - par absence de remise en question et d'investigation directe - comme une sorte de récipient contenant les sensations et les pensées. Cette croyance vient de l'idée que nous sommes dans ce corps. Nous nous sommes monstrueusement réduits en nous définissant comme un objet et une chose perçue. Grosso modo nous croyons par ignorance faire la somme de toutes nos expériences à l'intérieur de ce corps-mental.

La perspective non Duelle renverse totalement ce paradigme.

Dans une expérience directe, le monde, le corps et les pensées apparaissent et disparaissent dans une transparence sans bornes, comme des coordonnées au sein d'un espace conscient et impersonnel.

Il y a une grande beauté à vivre dans cet espace de Présence silencieux de vouloir et de savoir. Il y a un sentiment de grande douceur et de beauté dans l'absence d'appropriation des perceptions et des pensées. Vivre à partir de cette absence est la perspective absolue dans laquelle toutes les autres perspectives apparaissent et disparaissent et vibrent comme de simples potentialités. En réalisant que vous êtes cette transparence vous éprouvez également une liberté absolue vis à vis de de toute expérience.

Réaliser que les couleurs et les formes, les expériences et les pensées non seulement apparaissent en la Conscience sans forme que je suis mais également en tant que la Conscience sans forme que je suis est la perspective absolue, la perspective non duelle. Là, où il n'y a qu'unité silencieuse et résonance amoureuse de la forme et du sans forme, les mots sont caduques.


* Pour ce qui est de la superstition des logiciens, je ne me lasserai jamais de souligner un petit fait que ces esprits superstitieux ne reconnaissent pas volontiers à savoir qu’une pensée se présente quand « elle » veut, et non pas quand « je » veux ; de sorte que c’est falsifier la réalité que de dire : le sujet « je » est la condition du prédicat « pense ». Quelque chose pense, mais que ce quelque chose soit justement l’antique et fameux « je », voilà, pour nous exprimer avec modération, une simple hypothèse, une assertion, et en tout cas pas une « certitude immédiate ». En définitive, ce « quelque chose pense » affirme déjà trop ; ce « quelque chose » contient déjà une interprétation du processus et n’appartient pas au processus lui-même. En cette matière, nous raisonnons d’après la routine grammaticale : « Penser est une action, toute action suppose un sujet qui l’accomplit, par conséquent... » C’est en se conformant à peu près au même schéma que l’atomisme ancien s’efforça de rattacher à l’« énergie » qui agit une particule de matière qu’elle tenait pour son siège et son origine, l’atome. Des esprits plus rigoureux nous ont enfin appris à nous passer de ce reliquat de matière, et peut-être un jour les logiciens s’habitueront-ils eux aussi à se passer de ce « quelque chose », auquel s’est réduit le respectable « je » du passé.
NIETZSCHE, Par delà le bien et le mal (1886).
** Greg Goode raconte dans son excellent livre "Standing as awareness" que dans les années 90 à Lucknow, une ville d'Inde où s'était installé Poonja, un disciple de Ramana Maharshi, devenu enseignant à son tour, une maladie grave s'était étendue à un grand nombre des participants des retraites non duelles de celui-ci. Il s'agissait de la maladie de Lucknow, maladie linguistique touchant les chercheurs autour de Papaji (Poonja). Cette dernière est caractérisée par le fait de ne jamais utiliser le mot "je", pour s'encourager et aussi pour montrer aux autres qu'il n'y personne "à la maison", et prouver la qualité de l'éveil. Au lieu de dire "je suis allé me baigner", ils disent par exemple : "cette forme est allé se baigner", au lieu de dire j'ai ressenti une émotion", ils pourraient dire "une émotion illusoire est apparue au sein de la Présence consciente."

De façon ironique, il semble que ceux ou celles qui s'adonnent à ce genre de jeux avec un certain sérieux sont souvent ceux qui ont le moins bien intégré la non dualité au cœur de leur vie. Cela relève plutôt d'une attitude pathologique d'êtres en recherche de perfection, qui pensent que le langage - nécessairement duel dans son expression - pourrait leur faire perdre leur "réalisation", ce qui évidemment n'est pas possible et relève justement d'une compréhension erronée. On ne peut perdre ce que l'on est. Et la réalisation ne dépend d'aucune pratique particulière. Il peut être fort intéressant et ludique de jouer à des jeux pour déconstruire certainse habitudes mentales et explorer la vanité de nos modèles de représentation de la réalité, mais dés que l'on devient sérieux on n'est plus un vrai joueur. Le véritable joueur sait qu'il n'y a rien à perdre ni rien à gagner. Lorsque la Vérité est intégrée et que vous savez que sur un plan profond, il n'y a nulle entité séparée dotée de libre arbitre, pensant les pensées et posant les actes, il n'y a nul besoin de parler d'une façon qui éveillerait des soupçons à votre famille et entourage au sujet de votre santé mentale. Lorsque vous ressentez qu'il n'y a nulle séparation entre vous, en tant Conscience tout ce qui est, vous utilisez le langage, quel qu'il soit, requis par la situation, conscient qu'aucun mot ou concept n'ait le pouvoir de vous enfermer dans une situation ou une définition quelconque. Le bêtisier de la spiritualité foisonne d'histoires consternantes et drôles.


lundi 14 décembre 2015

Hommage à Angelus Silesius *


Clin d’œil divin ou enstase accidentelle ? 

Miracle dérangeant de l’Amour sans forme, sans nom et sans histoire,

À l’avenir sacrilège, fleurissant sans raison,

Comme la rose sans pourquoi qui fleurit d’être en sa fleur.

Je t’ai reconnu en moi, 

Toi qui sait que j’ai pressenti ce qui ne peut pas être senti,

Que j'ai abdiqué savoir et vouloir pour entièrement te connaître,

 Et surprise co naître en Toi, 

Naître avec et en tant que Toi, 

Tel que tu fulgures, Toi, Moi, le Même, l'Un, le Soi

Avant même les mots du Poème,

Dans les braises du Silence et les volutes de l'Inconnaissance.



* Angélus Silésius : Poète mystique (1624-1677) allemand, auteur de nombreux poèmes qui sont autant de perles susceptibles de provoquer en vous le ravissement suprême, c'est à dire la reconnaissance de l'Inconnaissance. Ils ont été compilés dans deux recueils intitulés : "Le Voyager Chérubinique" et "Les saintes Délices de l'Âme". Très influencé par les mystiques allemands et flamands du Moyen Âge notamment Maître Eckhart, Henri Suso, Jean Tauler et et Ruysbroeck.

« La rose est sans pourquoi, elle fleurit parce qu'elle fleurit,

N'a pour elle-même aucun soin, – ne demande pas : suis-je regardée ? »

Extrait du "Voyageur Chérubinique"

NB : Pour ceux qui sont intéressés par un accompagnement individuel non-duel à Paris ou par Skype ou une séance d'accompagnement psycho-corporelle pour laisser éclore les émotions bloquées, veuillez me contacter au 06 63 76 90 81 ou sur mon mail : adnnn1967@gmail.com

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La solution de tous nos problèmes


Un problème n'est problématique que depuis la perspective duelle d'un individu séparé, et la croyance qu'il y a quelque chose à gagner ou à perdre dans telle ou telle situation. Le problème n'est problématique que tant que subsiste la croyance en une personne disposant d'un libre arbitre faisant toujours naître l'angoisse devant la possibilité de faire le mauvais choix. Sans l'anticipation imaginaire, il n'y a pas de place pour un quelconque problème. L'éternelle présence que nous sommes n'éprouve jamais aucun problème ou aucun manque à combler.


C'est seulement lorsque l'activité mentale s'est épuisée à écumer les différentes solutions pour résoudre un problème et qu'il reconnaît la vanité de toute quête de réponse objective, qu'il exprime enfin sa véritable nature silencieuse. Il révèle alors une conscience inconditionnée qui n'exprime ni préférences, ni manque, ni peur. Cet espace silencieux de présence consciente, sans bords, sans centre, non localisé, sans commencement et sans fin est la solution de tous nos problèmes.

Reconnaissez que vous êtes en cet instant même et depuis toujours cette présence silencieuse sans choix. Réalisez que la lecture de ce texte apparaît dans cet espace silencieux, avant même que n'émerge l'idée d'un quelconque lecteur.

Lorsqu'un problème apparaît au sein de cet espace de conscience silencieux, sans personne pour le justifier, le condamner ou l'interpréter dans un sens ou dans un autre, constatez que le soi-disant problème n'est plus problématique. Il est tel qu'il est et s'offre à une attention libre de peurs et de désirs, de jugements et de résistances. Tout problème exploré et perçu depuis la perspective non duelle révèle aussitôt sa nature non problématique. Le soi disant problème se résout de lui-même en se découvrant, se déployant, s'épanouissant puis se résorbant en Vous. Vous en tant que cet espace de Présence consciente, silencieux et sans limites. 

Avant de tenter de résoudre un soi disant problème, n'est-il pas encore plus simple de réaliser que le dit problème n'a en réalité jamais vraiment existé ?

Est-ce que ça vaut le coup de tenter de solutionner des problèmes qui lorsqu'on les explore de façon patiente et directe nous révèle finalement qu'ils n'en sont pas ? 


Constatons simplement combien nous refusons à chaque instant de voir les choses telles qu'elles sont. Notons simplement à quel point nous sommes prompts à juger, condamner ou justifier. Voyons à quel point notre regard s'encombre continuellement d'un interprète, d'un policier, d'un avocat, d'un juge, d'une victime et d'un bourreau. 



Comment cela peut-il être aussi simple ? Voyons cela de plus près. 

En réalité une chose n'est compliquée qu'en tant qu'elle ne s'accorde pas avec ce que vous croyez déjà. Lorsque vous réalisez que toute croyance apparaît dans l'espace de Présence consciente et silencieuse que vous êtes, il n'y a plus lieu de devoir accorder l'expérience avec une croyance quelconque. L'espace de Présence que vous êtes est vide de mémoire, vide de passé, vide de résistances, vide de préférences, vide de peurs et de désirs. Dans le mystère de l'instant, vous êtes toujours vide de croyances, vide de prétentions, vide de demandes. Cet espace de pure présence consciente est en amont des notions de sujet et d'objet qui sont des fabrications mentales ultérieures. L'espace sans forme que vous êtes est vierge de commentaires. Il est ce que vous êtes à chaque instant depuis toujours et qui n'est simplement pas réalisé.


Dans cet espace, il n'y a plus personne pour s'attacher à une histoire ou faire un problème de quoi que ce soit. Pour l'espace de conscience inconditionné que nous sommes, en amont de toute pensée, les choses et les situations sont telles qu'elle sont, un point c'est tout. Cela est. D'instant en instant ceci est tout ce qui est. 


Reconnaissons en outre qu'un effet subsidiaire de cette réalisation est qu'en dissolvant les imaginaires inutiles et en dénouant les superflus "il faut", "je préfèrerais que", et les "tout irait très bien si seulement", la vision non duelle optimise les capacités du corps-mental et booste son bon sens et son sens pratique. Réaliser la perspective non duelle où rien n'est jamais problématique en soi mais juste "tel que c'est", permet paradoxalement de résoudre de la façon la plus directe, concrète et fonctionnelle tous les problèmes relatifs du monde.

Car, de la même façon qu'un circuit électrique fonctionne mieux sans résistances inutiles, et que la perfection d'une machine se mesure à sa capacité de perdre un minimum d'énergie, un organisme corps mental fonctionne mieux sans croyances inutiles et identifications abusives. La plus néfaste de toutes étant celle de croire que ce que je suis est un corps mental, une entité séparée du monde et des autres, au contrôle de la vie, pensant ses pensées et posant librement ses actes.


Toutes choses étant égales par ailleurs un geste s'effectue toujours avec plus d'aisance, de fluidité de justesse et de beauté lorsqu'il est direct et non filtré par des peurs et des désirs personnels, lorsqu'il n'est pas freiné par une entité inexistante a qui on donne une importance inutile. 

Que le geste soit celui d'un chanteur lyrique, d'un homme de ménage, d'une mère langeant son bébé, d'un guérisseur posant des mains écouteuses sur un zona en éruption, d'un orateur, d'un sniper à l'affût, d'un chercheur en mathématiques, d'un danseur, d'un peintre en bâtiment, d'un amant faisant l'amour, celui-ci s'effectue toujours mieux sans l'illusion d'un auteur inexistant, entravant inexorablement la créativité de la Vie elle-même.

Amor Fati




"There is nothing to find when it’s found,
there is nowhere to go when it’s here,
there is nothing to do when it’s done,
there is nothing to look for when it’s seen,
there is nothing to be when we ARE."

                                                       Wei Wu Wei*


vendredi 11 décembre 2015

Satsang et éthique


L'invitation d'un Satsang n'est pas de résoudre vos problèmes ni de tenter d'améliorer votre histoire personnelle, encore moins celle des autres ou celle du monde.


C'est une réunion au sens essentiel du terme, une ré-union de ce qui semblait séparé mais qui en réalité a toujours été Un. C'est une convocation impersonnelle pour se rassembler en l'Être que nous sommes, être en compagnie de la Vérité. Cela vient des mots sanscrits, Sat qui signifie vérité, réalité et être et de Sangha signifiant compagnie, assemblée, rassembler.

L'invitation d'un Satsang est de soulever le voile d'ignorance qui masque votre véritable nature. 

Vous connaître vous-même, réaliser ce que vous êtes vraiment est (de façon un peu paradoxale pour celui qui se prend encore pour un individu séparé) le plus grand cadeau pour le monde. Il se trouve en en effet qu'au niveau relatif, un effet secondaire non obligatoire mais souvent observée à partir de cette Co Naissance de et à vous-même, est que toute aide apportée au monde deviendra le cas échéant plus directe, plus fonctionnelle et pour tout dire plus efficace.

Tant que vous méconnaissez votre véritable nature toute tentative d'aide apportée au monde ou aux autres sera nécessairement lésée par vos conditionnements et vos filtres d'ignorance. 


Si vous voulez vraiment aider le monde, le premier pas est donc paradoxalement d'arrêter de vouloir s'occuper de celui-ci et de faire un point d'orgue, suspendre le temps, le savoir, le vouloir et la recherche pour tourner l'attention vers celui qui semble vouloir résoudre tous les problèmes.


C'est arrêt de la recherche d'un mieux, ailleurs et plus tard, est un point crucial. Car, un grand nombre de chercheurs ont tellement l'attention focalisée sur la question éthique, morale, politique, sociale, écologique, nutritionnelle, compassionnelle - et j'en passe - que, même se détendre quelques instants dans l'évidence du Je suis, suscite une peur presque panique. Demeurer quelques instants dans la simple conscience d'être conscient semble pour beaucoup être non éthique, dans le sens où cela ne va pas vers le monde, vers cela ou ceux qui selon eux en ont besoin d'urgence. Or l'urgence n'est justement pas toujours là où l'on croit.

De nombreuses personnes ont l'impression que s'occuper du Soi équivaut à s'occuper de soi. Ils confondent le narcissisme qui est l'amour pathologique de l'image de soi (image du corps dans le miroir ou imaginaire égotique dans un sens plus général) et l'amour du Soi.

Leur résistance est l'expression de la confusion qui règne entre le fait de considérer les apparents besoins et demandes du moi individuel et le retournement abrupt à 180 degrés de l'attention vers la Source même de l'attention où nous attend, en amont des images, des pensées et des perceptions un océan de Complétude.


Ils craignent que ce retournement de la Conscience sur elle-même signifie abandonner la cause des plus démunis, se désintéresser de la nature et du monde dans lequel ils vivent, des animaux en détresse, de Dieu ou de je ne sais quelle autre noble cause.

Il ne s'agit évidemment pas de dire que vous ne pouvez pas agir pour le bien des gens en souffrance, défendre la cause animale, vous engager dans le monde social, politique ou militaire si telle est votre vocation. Il ne s'agit pas non plus de vous empêcher de faire les pratiques ou les méditations qui vous font du bien. Si cela vous chante d'envoyer de la compassion à tous les êtres et choses de l'univers par le biais d'une méditation de metta-bhavana*, très bien, c'est une pratique magnifique. Il n'y a pas de mal à se faire du bien. Simplement au cœur du Satsang on ne s'occupe pas des expériences et des perceptions (monde, corps, mental) sinon pour les explorer, les déconstruire et révéler la Vérité ultime qui sous-tend le monde des perceptions et des formes.

Le Satsang est le lieu sans lieu où nous interrogeons - ce qu'on ne fait presque jamais -  si, ce pour pour quoi nous nous prenons est vraiment ce que nous sommes.

Dans un Satsang on ne vous dit pas quoi faire et comment vivre votre vie, on vous invite simplement à la vivre à partir de la Conscience impersonnelle non née et immortelle que vous êtes.


Ce qui voile notre plénitude présente c'est justement la croyance qu'il faut résoudre les problèmes, changer ses expériences, améliorer sa situation ou celle du monde. Tant que vous demeurez obsessionnellement concentré sur le fait d'avoir une meilleure histoire, un destin plus sympathique, ou des expériences plus agréables, vous loupez l'essentiel. Vous ne remarquez pas que l'histoire n'est qu'une histoire. Vous ne pouvez donc pas réaliser que ce que vous êtes est toujours avant l'histoire. Ce que vous êtes n'a pas d'histoire. Ce que vous êtes demeure conscient et présent tout le temps alors que les histoires et les situations changent. La présence consciente en laquelle les histoires apparaissent n'a ni passé ni futur, ni localisation, ni quelqu'autre attribut ou forme particulière.

Vous êtes la Présence consciente dans laquelle les pensées et les scénarios apparaissent et disparaissent. Cette Présence sans forme que vous êtes vraiment n'évolue pas comme on le prétend dans certains cercles dits spirituels.

Vous êtes la Conscience immuable, sans direction et sans attente en laquelle le corps, le mental et le monde apparaissent. Voyez clairement que personne ne regarde les pieds sur cette photo. Ils apparaissent au sein d'un espace sans tête, dans une clarté sans limites, une ouverture consciente au-dessus de vos épaules. C'est ainsi que le monde vous est donné à chaque instant, dans le grand ouvert dont parlait Rilke dans sa Huitième Élégie *.


Posez vous la question : suis-je conscient d'être conscient ? Puis constatez que oui : incontestablement, indéniablement, sans l'ombre d'un doute, je suis en train d'être. Je suis. Cela vous pouvez le vérifier à chaque instant. Puis réalisez que cela qui répond sans hésiter "oui Je suis" ne s'appuie ni sur la mémoire ni sur les perceptions pour affirmer cela. C'est une évidence. C'est la conscience elle-même qui réalise sa nature propre nature de conscience infinie et sans forme. Dans cette réalisation, "je suis conscient d'être conscient", l'objet et le sujet s'éclipsent et le sentiment de séparation également. Il y a un total détachement de toute situation, pensée, émotion ou perception., car ce que vous êtes n' a rien à voir avec ce qui apparaît comme l'écran de cinéma n'est nullement affecté par les images du film. Dans cette évidente réalisation "Je suis conscient d'être conscient", je réalise que ce que je suis maintenant est la tranquillité absolue, la complétude parfaite. Je réalise qu'il n'y a rien a changer et aucun problème à résoudre. Je réalise à chaque instant que ce que Je suis vraiment est avant toute pensée, toute émotion, toute perception. 

Lorsque je découvre que l'entité séparée qui semblait avoir des problèmes n'est pas ce que je suis, il est soudain réalisé que ce que Je suis vraiment n'a jamais connu le moindre problème. Je suis la vacuité consciente accueillant les perceptions. C'est dans ce vide conscient qu'il est réalisé que le monde des formes et des êtres sont faits de la même Conscience que Je suis. C'est alors que, paradoxalement, le corps-mental est dans la perspective optimale pour ne pas procrastiner et fonctionner de façon efficace pour régler les problèmes pratiques, comme par exemple payer ses factures, divorcer, déménager, organiser un voyage, écrire, dessiner ou aider son prochain ou le monde.


Au contraire, c'est ce que je crois être, une entité personnelle, pensant ses pensées et posant des actes qui constitue la racine de toute souffrance, qui est le cœur du problème. Lorsque cela est vu il n'y a plus de problèmes psychologiques, plus de demandes, plus de sentiment de manque, plus de culpabilité, plus de honte, plus de sentimentalisme mièvre, plus de refus de ce qui est, plus de peur ou de désir. Les situations et les défis de la vie se règlent de façon impersonnelle, sans perte d'énergie inutile, de la manière la plus fonctionnelle possible. 

Toute inquiétude, mal être ou souffrance viennent toujours d'une croyance fausse non remise en question. Nos croyances apparentes ou transparentes opèrent à chaque instant comme des résistances à ce qui est comme un refus de la réalité. C'est uniquement ce refus de la réalité qui génère la souffrance psychologique, les conflits entre les êtres et les nations ainsi que les désastres écologiques.

Le geste le plus éthique est donc celui du retournement du regard sur lui-même.

Comme il est dit dans la  Kéna Upanishad : " De temps en temps une âme intrépide en quête de l’immortalité a regardé en arrière et s’est trouvé elle-même. »

En Satsang on pointe vers la source de l'attention. En chemin on rencontre ce qui a recouvert en apparence et momentanément la Source, la croyance en un moi séparé. En explorant la réalité de ce prétendu moi séparé, sa nature irréelle est réalisée et notre véritable nature reconnue.

Cette Présence réalisée est l'ultime guérisseur dont parlent les bouddhistes. Cette Présence est véritablement guérisseuse. C'est sa reconnaissance qui fait émerger une attention sans choix pour aider de façon optimale un être en souffrance morale ou psychologique. C'est sa reconnaissance qui permet de poser des paumes impersonnelles sur une blessure physique ou émotionnelle et la permettre de guérir si c'est cela qui doit être. Elle est susceptible de guérir à la fois les maux physiques, émotionnels et psychologiques. C'est le Royaume de Dieu qui est en nous dont parlait le Christ *

Sa reconnaissance transforme subitement ou progressivement, au fur et à mesure qu'elle imprègne notre corps et notre quotidien et semble également transformer nos relations avec les autres et le monde dans un sens éthique. Non pas par une injonction morale ou philosophique, mais par l'évidence que non seulement les autres êtres et le monde apparaissent en moi mais apparaissent en tant que moi, Présence consciente.


* Metta signifie en pâli « bienveillance », mais dans un sens positif, très puissant, un sens que ce mot ne possède pas vraiment en français. Et bhavana signifie « amener à exister », ou « développement ». On peut donc traduire metta bhavana par « développement de la bienveillance universelle », ce qui est sans doute l'une des méthodes les plus importantes et effectives de développement personnel. Elle sert surtout à ceux qui veulent atteindre des états de conscience plus élevés en surmontant la haine et en développant la bienveillance. Comme toutes les autres méthodes de méditation, cela nous rappelle une chose extrêmement importante : on peut changer l'état de conscience - dans cet exemple particulier, la haine peut être transformée en amour. Et nous pouvons dire que c'est là un des points forts du bouddhisme : il ne nous exhorte pas seulement à aimer notre prochain - c'est facile à dire - mais il nous montre aussi exactement comment le faire. 

On pratique d'habitude le metta bhavana en cinq étapes successives. On développe tout d'abord la bienveillance envers soi-même, parce que c'est là qu'elle commence : si l'on n'est pas heureux avec soi-même, si l'on n'est pas à l'aise avec soi-même, si l'on ne s'aime pas, on ne peut pas aimer les autres. Charité bien ordonnée commence vraiment par soi-même - et soi-même c'est bien soi-même, ici. Voilà où l'on commence. On développe la bienveillance envers soi-même, puis on l'étend vers l'extérieur.
On étend sa bienveillance envers un ami proche et cher.
Puis, une personne neutre. Une personne que l'on connaît bien de vue, que l'on a peut-être rencontrée plusieurs fois sans avoir de sentiment particulier envers elle. Elle ne nous plaît ni ne nous déplaît. On essaie d'étendre le même sentiment que l'on avait pour soi, puis pour un ami, et maintenant pour cette personne neutre.
Puis, quatrièmement, une personne que nous n'aimons pas, voire que nous détestons. Quand nous en venons à cette quatrième étape nous trouvons d'habitude, avec un peu de pratique, que nous avons un tel élan de bienveillance qu'il est assez facile de se sentir assez chaleureux envers cette personne avec laquelle nous ne nous entendons d'ordinaire pas du tout. Tous nos sentiments de haine, d'antagonisme, d'inimitié se trouvent dissous et on se retrouve à vouloir laisser le passé derrière nous et recommencer à zéro avec cette personne. Et très souvent, lorsqu'on la rencontre la fois suivante, on se sent complètement différent, on agit complètement différemment et une nouvelle phase commence dans notre relation.
Ensuite, on va un peu plus loin : on pense à ces quatre personnes simultanément : soi-même, l'ami, la personne neutre, la personne difficile, et on développe le même amour, la même bienveillance envers les quatre. Puis, en des cercles toujours plus grands, on continue en développant cet amour, cette bienveillance, envers les personnes qui sont dans le bâtiment où l'on se trouve, puis dans la ville, dans le département, le pays, le continent, le monde. Si on le veut, on peut penser à tous nos amis, un par un, qui sont dans différentes parties du monde, comme si on les cochait sur notre liste de metta ; et l'on peut même penser à d'autres êtres vivants, aux animaux, aux oiseaux ; on peut aussi peut-être penser à tous les mondes, à tous les univers, dont certains doivent tout de même être habités. C'est en tous cas ce que dit la tradition bouddhique, et on peut laisser la metta s'étendre jusque dans les coins les plus distants de l'univers.
Une fois que l'on a terminé cette pratique, qui prend environ cinquante minutes, on se sent certainement très expansif, on sent que la bienveillance a été cultivée dans notre cœur et que, pour le moment du moins, la haine a été abolie et transformée en amour.
Voici donc un exemple très simple, très connu, et très populaire, d'une méthode de méditation bouddhique qui marche vraiment, qui a marché pour des milliers, des millions de personnes au cours des siècles, et qui marche toujours pour beaucoup de personnes aujourd'hui.

*Voici la version intégrale de la huitième Elégie de Rilke dans la belle traduction de François-René Daillie parue dans la collection de poche Orphée/La Différence:
De tous ses yeux la créature
voit l'Ouvert. Seuls nos yeux
sont comme retournés et posés autour d'elle
tels des pièges pour encercler sa libre issue.
Ce qui est au-dehors nous ne le connaissons
que par les yeux de l'animal. Car dès l'enfance
on nous retourne et nous contraint à voir l'envers,
les apparences, non l'ouvert, qui dans la vue
de l'animal est si profond. Libre de mort.
Nous qui ne voyons qu'elle, alors que l'animal
libre est toujours au-delà de sa fin:
il va vers Dieu; et quand il marche,
c'est dans l'éternité, comme coule une source.
Mais nous autres, jamais nous n'avons un seul jour
le pur espace devant nous, où les fleurs s'ouvrent
à l'infini. Toujours le monde, jamais le
Nulle part sans le Non, la pureté
insurveillée que l'on respire,
que l'on sait infinie et jamais ne désire.
Il arrive qu'enfant l'on s'y perde en silence,
on vous secoue. Ou tel mourant devient cela.
Car tout près de la mort on ne voit plus la mort
mais au-delà, avec le grand regard de l'animal,
peut-être. Les amants, n'était l'autre qui masque
la vue, en sont tout proches et s'étonnent...
Il se fait comme par mégarde, pour chacun,
une ouverture derrière l'autre... Mais l'autre,
on ne peut le franchir, et il redevient monde.
Toujours tournés vers le créé nous ne voyons
en lui que le reflet de cette liberté
par nous-même assombri. A moins qu'un animal,
muet, levant les yeux, calmement nous transperce.
Ce qu'on nomme destin, c'est cela: être en face,
rien d'autre que cela, et à jamais en face.
S'il y avait chez l'animal plein d'assurance
qui vient à nous dans l'autre sens une conscience
analogue à la nôtre –, il nous ferait alors
rebrousser chemin et le suivre. Mais son être
est pour lui infini, sans frein, sans un regard
sur son état, pur, aussi pur que sa vision.
Car là où nous voyons l'avenir, il voit tout
et se voit dans le Tout, et guéri pour toujours.
Et pourtant dans l'animal chaud et vigilant
sont le poids, le souci d'une immense tristesse.
Car en lui comme en nous reste gravé sans cesse
ce qui souvent nous écrase, – le souvenir,
comme si une fois déjà ce vers quoi nous tendons
avait été plus proche, plus fidèle et son abord
d'une infinie douceur. Ici tout est distance,
qui là-bas était souffle. Après cette première
patrie, l'autre lui semble équivoque et venteuse.
Oh! bienheureuse la petite créature
qui toujours reste dans le sein dont elle est née;
bonheur du moucheron qui au-dedans de lui,
même à ses noces, saute encore: car le sein
est tout. Et vois l'oiseau, dans sa demi-sécurité:
d'origine il sait presque l'une et l'autre chose,
comme s'il était l'âme d'un Etrusque
issue d'un mort qui fut reçu dans un espace,
mais avec le gisant en guise de couvercle.
Et comme il est troublé, celui qui, né d'un sein,
doit se mettre à voler!. Comme effrayé de soi,
il sillonne le ciel ainsi que la fêlure
à travers une tasse, ou la chauve-souris
qui de sa trace raie le soir en porcelaine.
Et nous: spectateurs, en tous temps, en tous lieux,
tournés vers tout cela, jamais vers le large!
Débordés. Nous mettons le l'ordre. Tout s'écroule.
Nous remettons de l'ordre et nous-mêmes croulons.
Qui nous a bien retournés que de la sorte
nous soyons, quoi que nous fassions, dans l'attitude
du départ? Tel celui qui, s'en allant, fait halte
sur le dernier coteau d'où sa vallée entière
s'offre une fois encor, se retourne et s'attarde,
tels nous vivons en prenant congé sans cesse.
juillet 1998- page préparée par Anne Salem Marin

Je vous renvoie à l'analyse très pertinente de José Leroy sur ce grand Ouvert dont Rilke parle avec tant de poésie dans son excellent livre "Le saut dans le vide" paru chez Almora. L'auteur mène une enquête passionnante au travers des siècles tentant de retracer les occurrences de la Vision Sans Tête dans la spiritualité et la littérature. Elle fut seulement pleinement conscientisée et véritablement mise en évidence dans l'immense œuvre de Douglas Harding. José Leroy retrouve au travers de diverses traditions spirituelles et poétiques la référence à cette ouverture consciente au-dessus de nos épaules avant Harding. C'est passionnant et les textes cités sont des perles.

Luc 17
20 Les pharisiens demandèrent à Jésus quand viendrait le royaume de Dieu. Il leur répondit: Le royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards. 21On ne dira point: Il est ici, ou: Il est là. Car voici, le royaume de Dieu est au milieu de vous.