Feel it !




Paroles et musique de Dan Speerschneider
un album pour célébrer la vie ;-)

vendredi 15 janvier 2016

Être vaincu, être vécu, être Cela.


Cela ne prévient pas. Que vous soyez au supermarché, sur un terrain de foot ou confortablement installé devant un coucher de soleil, cela vous tombe dessus comme une évidence sans appel. Que vous soyez en train de conduire au sein des bouchons à l'heure de pointe, au restaurant avec des amis bruyants ou en satsang, lorsqu'au cœur de votre vie, vous vous sentez soudainement vécu, c’est comme si une vibration d'amour irrésistible, une présence mystérieuse et inédite, se mettait  soudain à vivre la vie que vous appeliez votre vie et vivre les pensées que vous appeliez les vôtres. Vous vous sentez inopinément vécu avec une sorte de perfection jouissive, enfin délesté de tout sentiment d'histoire personnelle et délivré de la croyance d'un moi aux commandes. J'étais en train de lire un texte de Krishnamurti à une de élève de chant après un cours, un soir d'été 1998, lorsque le Silence, qui n'était pas une absence de bruit, s'est révélé. Mais qu'importe les circonstances. Lorsque ce changement de paradigme a lieu, cela se passe spontanément. Vous ne pouvez ni le provoquer ni l'empêcher. Ce n'est pas quelque chose que quelqu'un pourrait faire ou reproduire. Cela demande un total abandon, une confiance absolue et juste d'entrer en résonance avec ça, d’être intimement Cela. De toute façon l'appel est si puissant que toute résistance est instantanément vaincue.


Puis, c’est comme être invité à goûter le monde depuis l'arrière plan, depuis l'œil du cyclone. Je fus invité, et ne me demandez pas pourquoi, de réaliser la vie d’une toute autre façon. Je pris soudain conscience de ce que je n'avais jamais cessé d'être. Je me vivais brusquement comme pure Conscience consciente d'elle-même et le monde comme une simple modulation dans une multiplicité de formes de cette même substance unique que je me sentais être.

Comme une rose déployée dans un film en accélérée, depuis mon bas ventre jusqu'en pleine poitrine, une sorte d'éclosion primordiale eût lieu. Je fus totalement submergé par cette beauté sans nom et les larmes de joie débondaient. Et, depuis ce moment, je sais que tout est comme une expression de cette pure Conscience. C'est direct, totalement mystérieux, et absolument pas d'ordre mental ou intellectuel. Je réalisais que celui pour lequel je me prenais faisait partie d'un rêve au même titre que les autres êtres et objets auxquels je prêtais foi et que j'étais le Rêveur sans forme du rêve dans sa totalité.



Il a été réalisé qu'il n'y a jamais eu rien d'autre que ceci, que cette Présence.  Il n'y a plus qu'à... Plus qu'à s'abandonner entièrement à ça, car vous savez d'instinct sans le savoir de façon objective, vous pressentez sans le sentir vraiment, que c'est Cela que vous cherchiez au travers de tous vos désirs ciblant des choses, Cela qui ne dépend d'aucune expérience particulière. Cela met une fin définitive à toute recherche d'un ailleurs ou d'un plus tard. Cela vous fait absolument et définitivement voir tout désir d'autre chose que ce qui est comme un éloignement de vous-même. Vous réalisez qu'il n'y aura jamais rien de mieux ni de plus que ce que la vie vous offre à vivre dans l'instant. Vous savez que vous même ne serez jamais plus ceci ou cela, meilleur ou plus éveillé que Maintenant. C'est sans retour et pas discutable même avec les arguments les plus élaborées du monde. Aucune autorité ne pourra plus jamais vous faire croire que vous n'êtes pas l'Absolu. Quand bien même vous auriez la visite réincarné de Shankara ou l'apparition en rêve du Christ pour vous dire que vous vous êtes fourvoyé, que ce n'est pas encore cela, vous ne faites désormais que confiance, une confiance absolue à l'être que vous vous sentez être pour dire qui vous êtes. Car ce Maintenant est le vôtre. Vous êtes ce Maintenant. Et vous savez brusquement que l'avez toujours été. C'est ça la blague cosmique. C'est le même Maintenant depuis toujours. Alors l'organisme corps-mental se détend et s'entrouvre un temps nouveau; un temps d'écoute et d'exploration impersonnelle, un temps d'intégration (des résidus psycho-corporels du sentiment de séparation), un temps de célébration et éventuellement un temps de partage de cette révélation au cœur de cette vie-ci. Alors, vous commencez spontanément à vivre la vie vraiment, à goûter toute perception, toute émotion et toute pensée à partir d'Ici et Maintenant. Vous comprenez que le temps apparaît dans la Présence, la forme dans le Sans Forme, l'arrogance dans l'humilité et les mots, les concepts ainsi que toute velléité de connaissance objective dans le Non Savoir. Vous savez que vous êtes libre du temps, des situations et des perceptions. Vous vous savez libre du savoir. Libre de l'idée même d'être libre.

NB : Pour ceux qui sont intéressés par un accompagnement individuel non-duel à Paris ou par Skype ou une séance d'accompagnement psycho-corporelle pour laisser éclore les émotions bloquées, veuillez me contacter au 06 63 76 90 81 ou sur mon mail : adnnn1967@gmail.com

Si vous voulez vous inscrire pour les rencontres non duelles (sur la base d'une participation en conscience) qui ont lieu de façon bi-mensuelle à chez moi dans le 19e à Paris, écrivez-moi un sms sur le numéro ci-dessus.



mercredi 13 janvier 2016

 Exploration non duelle de la voie directe
Exemple d'investigation de notre véritable nature
(extraits de satsang)


Henry : Le message non duel disant que la personne qui décide est en réalité une illusion résonne pour moi. Cela me semble vrai. J'ai parfois l'impression de vivre des instants de grâce où tout semble parfait, quelles que soient les expériences. Et je crois qu'en effet cela a quelque chose à voir avec le fait de ne plus se prendre pour quelqu'un. Dans ces moments, j'ai la délicieuse impression qu'Henry est absent. Mais à d'autres moments Henry est très présent et alors il me semble que cette personne Henry est vraiment ce que je suis. Je viens ici pour voir si je peux perdre définitivement l'impression d'être quelqu'un.

Dan : On ne peut pas décider de ne plus croire quelque chose ni de vouloir lâcher prise. Pour la bonne raison qu'effectivement, il n'y a jamais eu personne pour décider quoi que ce soit. Il y a parfois lâcher prise. C'est vrai. Mais c'est un simple constat. Il n'y a personne qui puisse décider ou non de lâcher prise. Le lâcher prise arrive parfois. Mais ça n'arrive à personne. On pourrait dire qu'une pensée cesse d'être crue parce qu'elle ne suscite plus d'intérêt. Une pensée cesse d'être intéressante lorsqu'elle a été suffisamment explorée et expérimentée ou qu'il y a plus d'intérêt pour une autre pensée ou pour la Conscience en laquelle elle apparaît. Tu ne t'identifies pas sérieusement à une pensée lorsqu'elle a été perçue comme fausse. C'est alors qu'une pensée cesse d'être crue. Lorsqu'une pensée cesse d'être crue il se peut qu'elle réapparaisse de temps en temps, mais elle ne fixe plus ton attention, et ne suscite plus ni désir ni aversion. Elle est vue comme une simple pensée, une simple perception, n'affectant en rien le témoin impersonnel que tu te sais être.

H : Je comprends intellectuellement, mais pourrais-tu me donner un exemple concret ?

Lorsque ton copain de primaire t'as traité d'attardé parce que tu ne voyais pas que le père Noël n'était autre que ton grand père costumé avec une grosse barbe blanche, tu ne vas plus remplir le bol de riz au lait et à la chantilly sous ta fenêtre pour être dans les bonnes grâces du père Noël ! Tu ne fais plus de liste au père Noël ! Bon, tu en fais d'autres des listes. Toute la vie on continue à faire des listes de ce qui nous rendrait heureux, de ce qui nous manque. Et c'est bien le problème. (Rires)

Découvrir que le père Noël n'était pas ce qu'on essayait de te faire croire ressemble à la découverte de ta véritable nature. Tu n'es pas celui que l'on t'as dit que tu étais. Tu n'es pas celui que tu crois être. Tu n'as pas d'âge et pas de forme. Tu n'es pas ce corps et ce mental. Tu n'es pas né et tu ne mourras pas. Alors c'est un peu comme avec le père Noël, parfois on a le sentiment que ce n'est pas vrai, on a une sorte d'intuition ou de malaise avant l'heure de la révélation, mais on n'ose pas toujours l'exprimer. Je me souviens très bien d'avoir cette intuition enfant, à propos du père Noël, un peu avant d'apprendre la vérité. Et puis, on veut quand même y croire. Pourquoi ? Peut-être que ça nous arrange. Qu'on pense avoir ainsi plus de cadeaux. On croit faire plaisir à papa et à maman. À grand père surtout. On s'attache à l'émotion suscitée en famille autour de l'apparition grandiloquente de ce personnage ? Ça entretient un parfum de merveilleux, la saveur des contes de l'enfance. Peut-être qu'on se laisse convaincre par les autres qui, éventuellement nous donnent de fausses preuves. C'est ainsi que ma mère m'a avoué plus tard avoir enlevé la moitié d'un bol de riz à la mande, le dessert supposé du père Noël danois, pour me faire croire qu'il était réellement passé par là, pour maintenir encore un peu cette histoire, pour laquelle je commençais à avoir de sérieux doutes. (Rires)

Cependant, dés que le père Noël a été démasqué, ça continue. On sait d'ores et déjà créer des personnages. Alors, un de plus ou un de moins. On passera notre vie à ça de toute façon. C'est comme si la machine corps-mental avait été programmée pour raconter et croire les histoires. Alors on crée de nouveaux personnages avec d'autres masques superbes. Papa et maman avaient déjà les leurs. Chacun est affublé d'un masque, doté de pouvoirs magiques comme le libre arbitre, le pouvoir de penser des pensées de façon délibérée, de faire le bien ou le mal, d'agir de façon autonome. Il y a les bons et les méchants et j'en passe.

Mais surtout, nous ne voyons pas notre propre masque, celui au travers duquel notre réalité est perçue et par conséquent floutée*. Ce masque-là demeure transparent. La personne elle-même, comme l'étymologie du mot le suggère, est un masque. Rien de plus. Du latin "persona" (per suonare, pour sonner au travers de) qui signifie masque. Celui-là n'est que très rarement perçu comme tel. Et c'est cela le véritable problème de la condition humaine. Devoir jouer à se prendre pour un masque et faire comme si personne ne savait. Et pire : oublier que c'était un jeu au départ. C'était drôle tant qu'on n'y croyait pas pour de bon. On enlevait et remettait à souhait des masques différents. Mais c'est un jeu qui toujours finit par mal tourner. Un jeu auquel on a fini par croire sérieusement. Un jeu qui soudain est devenu vraiment sérieux voire tragique. On s'est collé un masque en oubliant que ce n'était qu'un masque. On devient alors un masque, un visage, une personne, une troisième personne, une chose. Alors qu'il est si évident que, si je pointe le doigt, comme on l'a fait tout à l'heure dans l'expérience de Douglas Harding, vers ce qui en moi perçoit, ce que je découvre est une absence de tête, de visage de masque, de personne. Ce vers quoi ce doigt pointe dans l'instant est une vacuité consciente, un grand ouvert. Et je vous invite à le faire de nouveau maintenant. Ce ne sont pas que des mots, c'est une expérience directe que je vous invite à réaliser à chaque instant de votre vie. Et vous êtes la seule autorité pouvant le réaliser.

H : Mais pourquoi, alors que cela semble si évident lorsque je pointe le doigt vers cet ouverture où effectivement je découvre une absence de forme, je ne le ressens pas vraiment dans la continuité dans ma vie ?

D : C'est que le sentiment de séparation, l'idée d'être une personne, et de voir le monde à travers deux petits yeux sont des conditionnements très puissants. Tout concourt à nous remettre dans le pouvoir hypnotique des vieilles croyances. Ce n'est pas toujours évident de nager à contre courant du qu'en dira-t-on et des habitudes tenaces. Il semble qu'il faille parfois saper notre ignorance par de nombreuses prises de conscience avant de ne plus se laisser prendre par l'hypnose. Mais ce pouvoir hypnotique tombe dés qu'on l'explore de façon honnête et directe.

H: Mais pourquoi ?

D : Au fond, il n'y a pas de pourquoi. C'est comme ça. Si tu veux une explication, c'est qu'il y a un désir d'autre chose que ce qui est là. Et ce désir est basé sur une croyance erronée. Nous pouvons le prouver et l'éprouver. Il suffit de l'explorer à fond à coup de pourquoi en régression infinie pour se rendre compte qu'au fond tu ne sais pas. Nous l'avons déjà fait plusieurs fois ensemble. Et qu'y a t il à la racine de tout prétendu savoir ?

H : Le non savoir.

D : Qui est... la plénitude que tu cherchais.

H : Oui... Mais...

D : ... C'est ce Mais qu'il faut explorer. C'est lui qui est intéressant. Il faut partir du mais, le déconstruire pour voir ce qui reste et arriver au Oui sans mais. Le oui de la Conscience qui toujours et inconditionnellement oui à tout. Dés qu'il y a un mais c'est ta porte. Ressens ce que cela fait de douter. Tactilement. Et, laisse la sensation du mais ce déployer sans intervenir, sans commenter, sans conclure. Il n'y a que ça à faire sinon c'est le disque rayé, c'est l'enfer de la répétition.

Quelque part nous avons tous un jour ou l'autre vu la supercherie, la super tricherie. Mais comme tout le monde fait pareil, comme tout le monde fait comme si, on se dispense de demander à maman si c'est vrai que je suis quelqu'un, ou à son professeur, même à ses amis. On n'ose pas aller fouiller par là. On se dit qu'on risque d'être rejeté du clan des humains, ou d'être pris pour un fou ou un être perçu comme très différent, trop différent et de ne plus être apprécié et aimé. On a le pressentiment que si l'on fout un gros coup de pied dans la fourmilière d'habitudes si solidement ancrées, ça va être le bordel et le chaos. Alors on se rétracte, on tempère, on se résigne et bientôt on oublie. Et puis parfois ce pressentiment de fausseté revient dans la vie, et le désir de reconnaître la vérité devient intense. Si intense que cela finit par devenir la question la plus importante : Qui suis-je ? C'est comme ça qu'on se retrouve ici à examiner ensemble le bonnet et la barbe du père Noël, et à enlever sa cape pour voir ce qu'il y en-dessous, à se mettre à nu. Et, parfois pour bien voir, il arrive qu'on a sollicite le regard d'un ami bienveillant qui a démasqué sa propre barbe pour mieux démasquer la notre.

H : J'aime assez le parallèle avec le père Noël. Ça dédramatise un peu tout ça. Mais que me suggères-tu concrètement ?

D : Tout simplement d'explorer avec tout ton cœur et jusqu'au bout la croyance et la sensation d'être une personne. Sois honnête avec ton expérience directe et découvres si ce que tu dis être est vraiment une personne, c'est à dire une entité séparée pensant ses pensées et posant des actes par elle-même. Tu dois découvrir si cette assertion est vraie, par toi-même. Pas théoriquement ou d'un point de vue philosophique. Vraiment voir, reconnaître, réaliser si ce qu'on t'a dit est vrai ?


H : Mais comment m'y prendre ? Je n'ai pour l'instant que des bribes d'intuition, des "glimpse".

D : Si à 8 ans on t'avait demandé si tu étais en train d'être, tu aurais répondu oui. Non ? À 15 ans aussi. À 30 ans également. À 40 pareil. Et maintenant aussi, non ?
Tu es conscient d'être conscient, maintenant ? ... Et là je m'adresse à toi, je te pose la question. 

H : ... Oui

D : Et à chaque instant de ta vie, si on t'avait posé cette question, aurais-tu pu douter d'être en train d'être ?

H : Non. 

D : En effet. À chaque instant de nos vies nous pouvons vérifier que nous sommes en train d'être. Je suis. Cela se vérifie à chaque fois que je me pose la question. Mais il est clair que je n'ai pas besoin de me la poser pour être.

H : Oui, c'est sûr.

D : Donc quelque chose, qui n'est pas quelque chose est toujours conscient et présent. Une présence continue se reconnaît comme étant consciente et présente.

H : Oui.

D : Si ce que tu es est vraiment une personne, et pourquoi pas - explorons - cette personne devrait être présente tout le temps, non ? 

H : Oui, ce serait logique.

D : Mais justement, est-ce que la personne est toujours là ? Tu as suggéré toi-même que tu t'étais rendu compte qu'il y avait des instants de grâce qui avaient été savourées où tu n'avais plus l'impression d'être quelqu'un. Et en effet, ces instants sans personne qui nous surprennent parfois dans des points d'orgue surprenants et particuliers de la vie sont en réalité légion chaque jour. Ils ne sont juste pas remarqués. 

H : Faut peut-être pas exagérer !


D : Certes mais il ne faudrait pas non plus minimiser. Toi tu t'es seulement rendu compte de quelques instants de points d'orgue très intenses dans ta vie, qui t'ont donné après coup, l'impression que la personne n'avait pas été présente. Moi je te dis qu'il n'y a jamais quelque chose comme une personne présente ou absente. Il n'y a que des pensées crues apparaissant disparaissant d'instant en instant et qui donnent l'impression d'une continuité. Cette impression de continuité de la trame des pensées qui semblent être pensées par un penseur lui-même continu est l'illusion de ce qu'on appelle la personne. Mais la personne n'est pas une entité réelle. C'est plutôt une sorte d'activité de pensées apparaissant disparaissant. Et cette activité, ce bourdonnement qui semble incessant, donne juste l'impression d'une continuité. E
t cette fausse continuité voile la véritable continuité de la Conscience en laquelle tout ça apparaît et disparaît.

Comme ton attention est sans cesse focalisée sur les perceptions et les formes, les sensations et les pensées, tu ne remarque pas l'intervalle entre deux pensées, l'intervalle entre deux perceptions. Dans cet intervalle où ton attention n'est plus fixée sur la pensée qu'elle vient de délaisser et où elle n'est pas encore rivée sur une nouvelle, tu peux reconnaître que tu es la Présente consciente, silencieuse et sans forme. Cela demande une extrême attention, une attention neutre, une attention ouverte. Car ce rien qui est découvert, où il n'y a pas de pensées n'est pas juste un néant. C'est la mémoire qui dit, "c'est rien ce n'est pas important". En réalité ce rien c'est le grand Tout. C'est le rien dans lequel tout naît et meurt. Alors ça vaut le coup de vraiment jeter un coup d'œil, non ?


H : C'est sûr.


D : Si tu explores cela pendant quelques instants, tu verras que ce que tu appelles la personne, le corps en tant que sensations et le mental en tant que les pensées, les conditionnements et les émotions, tout ça ça va et ça vient mais ne demeure pas toujours présent. Ça change tout le temps.

H : Oui, je peux voir ça.


D : Mais toi qui est présent à et conscient de ces apparitions tu ne viens pas et ne pars pas avec elles. Les pensées et les sensations changent; toi qui en est conscient, non. Tu demeures le même. Non ?

H : ...

D : C'est vu ?

H : Oui

D :  Et si tu demeures présent lorsque les sensations et les pensées ne sont plus, c'est que ce que tu es vraiment ne peut pas être cet ensemble de pensées et de perceptions.

H : Pourrais-tu être encore plus concret ? Peut être qu'un exemple serait bienvenu ?

D : Lorsqu'on parle de l'endormissement, nous disons : "je me suis endormi". Mais est-ce vraiment vrai ? Mes soucis, mes plaintes, mes préoccupations, mon histoire, mon passé et mon avenir, mes peurs et mes projets soudain n'étaient plus. C'est vrai. Et c'est sans doute pour cela que nous affectionnons tant le sommeil. La personne disparaît enfin. Mais lorsque le film se termine et disparaît de l'écran, l'écran disparaît-il avec le film ? Il demeure, n'est-ce pas ?  Ne faudrait-il pas plutôt dire que la personne s'endort et se réveille en moi ? Car moi, en tant que Présence consciente, Je demeure le Même quelles que soient les expériences, que des perceptions soient présentes ou absentes. Non ?

H : Je n'avais jamais vu les choses comme ça. Peux-tu développer encore s'il te plaît?

D : Prenons l'exemple du sommeil profond. Est-ce que tu as des perceptions du corps ou du monde dans le sommeil profond ?

H : Dans l'état de rêve, bien qu'elles ne soient pas toujours très cohérentes et stables, il y a encore des perceptions. Mais dans le sommeil profond, il n'y a plus rien.

D : Mais est-ce que toi, en tant que Conscience tu étais là ? Est-ce que la Conscience que tu es peut être discontinue ? S'arrête-t-elle ?

H : Je n'en ai aucun souvenir.

D : C'est sûr, puisque les pensées étaient absentes. Sans pensées pas de mémoire. Mais est-ce que la Conscience a besoin d'être confirmée par les pensées ou la mémoire pour être ? La Conscience dépend-elle de la présence des pensées qui vont et viennent pour être ? N'est-ce pas au contraire les pensées qui dépendent de la Conscience pour être ? N'est-il pas évident que seule la Conscience peut dire ce qu'elle est, ou ce qu'elle n'est pas ? En fait je m'adresse à toi en tant que Conscience et non pas à tes pensées. Les pensées ne peuvent confirmer que ce qui est perçu jamais ce qui perçoit. Ce qui perçoit ne peut être vu, entendu, expérimenté, pensé.

H : Ça je le vois.

D : Ok. Continuons alors. La Conscience qui est consciente des pensées et des perceptions s'interrompt-elle ? 

H : C'est là où je bloque.

D : Si elle s'interrompait pour de bon, pour pouvoir l'affirmer, quelque chose devrait en être conscient, non ? Et que serait ce qui en serait conscient sinon la Conscience elle-même ? 

H : En effet.

D : De même, qui d'autre que la Conscience pourrait être témoin de sa propre naissance ? C'est donc qu'elle n'est pas née. Et est-ce que ce qui ne naît pas peut mourir ? 

H : C'est assez nouveau pour moi cette façon de voir. J'avoue que c'est assez bluffant !


D : Ainsi,dans l'exploration directe de sa propre nature, la Conscience redécouvre l'évidence même : elle ne peut cesser d'être elle-même. Elle est donc omniprésente, sans début et sans fin. 

D'ailleurs, tu as reconnu tout à l'heure que tu pouvais être présent dans l'état de veille, même lorsque les pensées n'étaient plus. N'en est-il pas de même dans le sommeil profond, lorsque les pensées, les émotions et les perceptions sont absentes ? As-tu le sentiment d'être absent de l'expérience de sommeil profond ? As-tu cessé d'être ou est-ce que toi, en tant que Témoin de toute expérience, tu étais tout le temps présent ?

H : Je pressens quelque chose mais, ce n'est pas encore super clair.

D : Est-ce que la Présence consciente, le Témoin impersonnel de toute expérience que tu es, s'arrête avec le sommeil profond puis, renaît soudainement de ses cendres avec le réveil ? Ou, est-ce qu'il y a une sensation de continuité de cette présence Témoin impersonnelle ?

H : Je vois où tu veux en venir. Moi, en tant que présence, je ne cesse pas d'être, même pendant le sommeil profond. Oui, c'est évident que l'être que je suis ne cesse pas d'être. 

D : Donc tu n'es pas le corps-mental ! Puisque il y a omniprésence de la Conscience témoin même quand le corps mental n'est plus perçu.

H : C'est vraiment nouveau tout ça. C'est étonnant, mais je crois qu'il me faut un peu de temps pour intégrer tout ça.


D : C'est ce qu'on appelle l'investigation du Soi. À travers cette exploration où l'on exclut tout ce qui n'est pas la Conscience, tu en viens à constater que toutes les perceptions sont toujours impermanentes mais que toi qui en est le Témoin conscient tu est toujours présent. Tu élimines toutes les idées et les images que tu as de toi, tout ce que tu perçois de toi est toujours le faux "je" et peu à peu un "je" sans forme, pure présence consciente va s'imposer comment étant ton véritable "je". C'est ce qu'on appelle le neti neti en sanscrit qu'on traduit par le "ni ceci ni cela".

Tu es invité à faire cette investigation dés qu'il y a confusion, doute, souffrance, sentiment de manque ou de séparation. C'est ce qu'on appelle la voie directe, où tu en viens toujours à reconnaître que tu es la Conscience omniprésente, omnisciente, omnipotente.
Omniprésente, car ce que tu es est ne connaît ni la naissance ni la mort. Omnisciente, car toute connaissance de formes, de perceptions, de noms ou de concepts dépend inéluctablement de la Conscience impersonnelle que tu es. Omnipotente car, si le monde, les objets, les perceptions dépendent de la Conscience pour être et s'ils sont une manifestation multiple de Conscience Une et sans forme que tu es, la Conscience Une et sans forme que tu es ne dépend pas des perceptions ni de rien pour être ce qu'elle est.

H : Ce que je ressens c'est comme une sorte de douceur et d'expansion paisible.

D : Laisse la sensation et demeure juste avec le sentiment d'être conscient d'être conscient. C'est d'une simplicité sans nom. Reste avec la simple sensation "Je suis", comme nous invitait à le faire Sri Maharaj Nisargadatta. Cela suffit. Puis pose toi la question "qui connaît Je suis" et laisse cette question opérer comme un doux appel à te dissoudre dans le mystère. Le "Je suis" va se dissoudre dans "Je suis Tout"... (long silence).

H : ...Cela semble très simple en plus. Je comprends plus ce que l'on veut dire par ne rien faire. Pour être il n'y a rien à faire. C'est déjà là.

D : Oui. Et, plus ceci est vu, compris, assimilé, plus l'illusion d'être une personne a du mal à se maintenir. Tu vas commencer à devenir de moins en moins intéressé par ce que tu appelles la personne, c'est à dire les pensées, les émotions, les histoires, les "j'aurais dû "et les "ce serait mieux si". Tu vas devenir de plus en plus curieux de cette Présence consciente, de ce mystère toujours conscient et présent que tu n'avais que très rarement remarqué auparavant et, en lequel pourtant, tout émerge et se dissout.
Il est même possible de tomber amoureux de cette Présence. La Présence finit alors par se reconnaître en toute perception, en toute chose, en tout être. 

À un moment donné, même la très subtile sensation d'être le Témoin impersonnel, qui est encore une manifestation de la dualité sujet-objet, va se se fondre dans l'expérience directe qui est pur ressenti de ce qui est.

Car, en vérité, comme tu le pressens fortement déjà, il n'y a jamais eu aucune espèce de séparation entre toi et le son des enfants dans la cour, entre toi et la couleur du tapis, toi et le goût de la pomme, toi et la sensation fourmillante des mains, toi et la pensée, toi et tes peurs, toi et tes désirs, même et surtout entre toi et moi. Rien n'est séparé de toi en cet instant. Et il n'y a que l'éternelle Présence consciente.

Par l'investigation directe tu vas redécouvrir à chaque exploration, encore et encore qu'une perception dépend et n'existe qu'à travers la Conscience. Tu réalises alors que tout est soutenu par la Conscience, que tout est Conscience, qu'il n'existe rien en dehors de la Conscience. Cette étreinte permanente de la Conscience avec elle-même est source d'une joie sans bornes. Une joie sans objet.

H : C'est une joie qui ne dépend plus d'aucune expérience alors.

D : Oui. Dans l'intensité de l'expérience directe, les concepts d'un sujet percevant et d'un objet perçu s'effondrent pour laisser place à une indicible unicité. Il y a juste pure perception, pur ressenti non conceptualisé. 

H : Sans personne pour ressentir


D : ... (sourire)

NB : Pour ceux qui sont intéressés par un accompagnement individuel non-duel à Paris ou par Skype ou une séance d'accompagnement psycho-corporelle pour laisser éclore les émotions bloquées, veuillez me contacter au 06 63 76 90 81 ou sur mon mail : adnnn1967@gmail.com

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lundi 11 janvier 2016

L'humus


Sans l'humilité que nous sommes en amont de toute pensée, nous ne remarquerions même pas que dans nos définitions, nos pseudo savoirs, et nos explications à propos de comment les choses sont ou devraient être, il y a toujours une sorte de régression à l'infini vers un non savoir abyssal. 

Lorsque ma véritable nature se réalise, je sais que toute cette histoire de choix, d'autonomie et d'action personnelles est tout simplement une illusion extrêmement bien ficelée. 

Le choc qu'occasionne parfois la réalisation peut s'expliquer par les innombrables histoires que l'on se raconte à propos de l'éveil. Il est généralement cru que la réalisation va apporter quelque chose de plus, comme des qualités bénéfiques pour moi et le monde, ou un état d'être agréable et permanent, alors que ce qui est découvert est paradoxalement quelque chose de moins !

On espérait additionner quelque chose de plus à ce qu'on croyait être et c'est cela même que nous croyons être qui est soustrait ! Et, ce qui est ôté est le mirage qu'il y a quelqu'un qui pense les pensées et accomplit les actions de façon autonome. À vrai dire, ce n'est même pas ôté, c'est juste que ce n'est plus rajouté.

Ce qui est réalisé est donc la simplicité même. L'humilité n'est pas quelque chose qui s'acquiert au bout d'un long chemin d'efforts. C'est pour cela qu'on dit qu'on ne peut l'obtenir au travers d'aucune pratique. L'humilité est là au départ, en amont de toute volonté personnelle. Plus proche de toi que toi-même. C'est pour cela que l'on dit qu'il n'y a rien à faire. Il suffit juste de remarquer que ce que l'on cherchait est déjà là. Simplement prendre conscience de la contraction inutile. Cela suffit. C'est un peu comme cesser un seul instant de remettre des lunettes déformantes. Un seul instant suffit. Et cet instant est sans durée. Il n'appartient pas au temps qui se déploie en Lui sous formes de pensées.

Dans le bêtisier de la spiritualité, il circule pourtant un grand nombre d'histoires très séduisantes à propos de l'éveil. Il y a toutes sortes de croyances comme quoi l'éveil génère un état de joie permanente, l'acquisition de pouvoirs magiques, une qualité de présence extraordinaire, une santé sans failles, ou d'autres états enviable. Et, ces histoires sont habituellement si prégnantes chez les chercheurs spirituels, qu'elles voilent la simplicité de la Conscience omniprésente. D'où la sidération de ceux qui le réalisent.


Il paraît important de souligner ici que le mot humilité provient étymologiquement du mot latin humus qui a aussi donné le mot terre et le mot Homme.

L'humilité est donc l'invitation pour l'Homme de se souvenir qu'il est avant tout poussière. La primauté revient toujours à quelque chose qui est antérieur à la forme et qui nous fonde et nous échappe à la fois.

Car, si nous retournons notre attention à 180 degrés vers notre propre source, en nous demandant par exemple "qui suis-je", ou "suis je conscient d'être conscient", nous ne trouvons jamais aucune réponse mentale ou connaissance objective, ni aucun moi conscient ou centre de référence. Nous trouvons seulement l'évidence du rien de l'Être, qui se connaît lui-même en étant conscient d'être. Nous trouvons une vacuité consciente et impersonnelle. Nous trouvons une plénitude vide et à la fois surabondante de vie, un vide plein d'amour pour tout ce qui se présente. Ainsi, l'humus, l'humilité, définit notre véritable humanité, dans l'acception la plus noble de ce terme. L'humilité est à la fois notre aveu d'impuissance et notre savoir essentiel. Car, si c'est le sort de tous les êtres que de venir de la terre et d'y retourner, l'Homme semble bien être le seul qui puisse en être conscient.


Cependant, notre plus précieux savoir est aussi d'une extrême fragilité. La preuve : nous l'oublions si souvent. L'humilité nous rappelle donc à notre impuissance foncière. Elle nous rappelle que nous ne pouvons pas nous attribuer nos réussites ou nos échecs et qu'il n'y a ici, dans ce corps et ces pensées,
ni acteur ni auteur. 

Il y a également une bien étrange relation entre le terme humilité et le celui d'humiliation : Tous deux viennent du mot humus.  Sur un plan profond nous pourrions dire que l'humilité de notre véritable nature "humilie" notre arrogance; L'arrogance qui consiste à nous prendre pour ce que nous ne sommes pas : une entité limitée et dotée de libre arbitre. L'Amour humilie le pouvoir, le Vrai humilie le faux, le Sans forme humilie la forme. Mais c'est une humiliation faite d'amour, c'est une humiliation qui ramène la vague se croyant séparée de l'océan a reconnaitre qu'elle n'est faite que de la même eau. L'amour nous fait voir que tout est amour, que rien ne peut exister en dehors de l'amour (de la Conscience).
L'amour nous fait réaliser la beauté de notre impuissance, la beauté de ne rien être. Ce qui est humilié n'est par conséquent pas notre dignité. Notre véritable dignité est en effet notre essence même où le fait justement de ne pas l'oublier, de ne pas méconnaître d'où nous venons et qui nous sommes vraiment. Notre véritable dignité est de savoir qu'à la racine de notre humanité, il y a la poussière et à la racine de la connaissance, il y a le non savoir qui n'a ici rien à voir avec l'ignorance.


L'humilité ne consiste donc pas à se croire dénué de dignité mais juste de savoir que l'organisme corps-mental ne peut en être la source. L'humilité est ce que je suis vraiment : humilité sans personne de humble. L'humilité c'est in fine reconnaître sa propre infinitude.

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