Feel it !




Paroles et musique de Dan Speerschneider
un album pour célébrer la vie ;-)

vendredi 31 mars 2017

La fin du temps


"Le Quatuor pour la Fin des Temps" est une œuvre d'une indicible beauté de Messian. C'est une sorte de louange à l'immortalité, à l'Absolu, au mystère de l'Atemporelle Présence. Peut-être que le titre de l'œuvre et son inspiration sont liés au fait qu'elle a été écrite en des temps funestes et apocalyptiques, dans un camp de prisonniers en Allemagne en 1940-41 où, Messian était détenu avec, entre autre, d'autres musiciens. C'est en ce genre d'endroits où il est éminemment possible de réaliser la fin du temps, à la fois dans un sens relatif (pour le corps-mental pour lequel l'espérance de vie a soudain drastiquement chutée) et sur le plan Absolu (Le temps n'existe pas). L'œuvre a d'ailleurs été jouée dans ce camp pour la première fois par des codétenus. 

Tout art profond pointe en quelque sorte vers la fin du temps, vers le mystère de l'atemporelle Présence que nous sommes. 

Quand tout d'un coup notre horizon se resserre de manière draconnienne et, qu'à la faveur de certaines informations on découvre, au sens propre, qu'il n'y a plus d'avenir pour ce corps-mental-ci, quelque chose se détend miraculeusement. 

C'est donc toujours la sacro sainte croyance en la durée qui crée toutes ces tensions inutiles, tous ces désirs et ces peurs, qui nous rendent esclaves du mental et nous empêche de goûter à la beauté indicible de l'instant. En effet, sans avenir, point de recherche. Quand il n'y a plus d'avenir pour moi, toutes les préoccupations égotiques sont balayés en moins d'une. 

Quand la recherche d'un mieux, plus loin qu'ici et plus tard que maintenant cesse, c'est mécanique, le mystère de la Vie se révèle dans toute sa splendeur.

Léo Hartong raconte dans son livre,"S'éveiller au rêve", l'histoire d'un condamné à mort qui, devant la potence contemple le paysage une dernière fois, lorsqu'il est soudain envahi par un calme immense. Sa peur de mourir a brusquement été remplacée par une paix mystique et, soudain il se sent relié à toute la création dans une unité indicible. Mais, de façon totalement inattendue, à la toute dernière minute, le roi gracie le soldat. Celui-ci recouvre la liberté et la vie mais perd la vision du paradis. Le reste de sa vie se résume à une quête désespérée pour retrouver cette unité. Finalement il devient alcoolique et meurt en solitaire des années après.


J'ai pu moi aussi ressentir à plusieurs reprises que les carottes étaient cuites. À deux reprises, lorsque la mort semblait inéluctable, ce même sentiment d'unité avec tout ce qui est et une paix qui n'est pas de ce monde ont été éprouvés.

De même, à chaque fois que la vie m'a mené vers un écroulement des prétentions à savoir, après être passé par l'entonnoir de l'impuissance, cette connivence mystique avec toute la manifestation s'est imposée d'elle-même. (Voir également l'article du intitulé "De la grâce des murs", du 31/07/2014). Je suis sûr que vous aussi avez connu la bénédiction de ces résurrections pré et post apocalyptiques.

Je pourrais vous raconter des dizaines d'histoires, toutes magnifiques et singulières, relevant de cette même veine. Tant de proches, d'amis de patients ou de gens en fin de vie que j'ai eu la joie d'accompagner dans leurs dernièrs mois de vie, ont connu ce même éveil à la Présence Atemporelle, lorsque qu'advint soudain l'évidence du "no future", et qu'il n'y avait plus de temps pour accomplir quoi que ce soit dans le monde en tant qu'individu. Ces réalisations ont toutes coïncidées avec une dissolution de l'impression d'être un individu.

Je me souviens notamment de Geneviève, 59 ans en 2000, définitivement condamnée par la médecine, que je rencontrais en soins palliatifs, avec un cancer généralisé, pesant au maximum 38 kilos. Femme encore pleine de colères envers la vie et de conflits irrésolus, avec sa fille notamment. Je me souviens de cet instant, après plusieurs mois de partages et d'accouchements d'émotions enfouies, où elle réalisa soudain qu'elle avait toujours été hors du temps, témoin immuable de tous les changements et non concernée par ceux-ci. Elle réalisa soudain qu'il n'y a avait plus rien à accomplir pour elle dans le monde et fut immédiatement gagnée par une douceur et une lumière d'outre ciel. Une chanson ("Ensemble") pointe maladroitement vers ses partages et révélations sans nom. (Voir Soundcloud à Dan Speerschneider pour les curieux).


Je me souviens également de ce documentaire animalier sur la technique de chasse des guépards. Le caméraman réussit à capter au travers d'un ralenti bouleversant, ce moment où la gazelle littéralement lâchat prise. On la voit d'image en image offrir son cou gracile aux dents acérés du guépard. Quand elle sent la fin imminente, elle se donne subitement avec une grâce étonnante. On le voit notamment dans son regard qui s'éclaire et dans les muscles de son cou qui passent brusquement de la crispation à l'acceptation profonde, comme si la gazelle était soudain entrée dans une mystérieuse connivence avec son bourreau. Un peu comme si elle avait atteint une perspective dépassant le bourreau et la victime, tout en les englobant tous deux, les laissant jouer librement leur chorégraphie unique et pourtant universelle et, dont elle était subitement devenue le Témoin Impersonnel.

Quand nous voyons clairement que n'avons plus rien à gagner ni à perdre, l'unité de la Vie se révèle dans son indicible beauté, quelle que soit la situation.

Tant que nous pouvons encore espérer quelque chose, c'est que nous sommes plus intéressés par la forme que par l'espacedans lequel apparaissent et disparaissent les formes, par le monde que par la Conscience, par l'illusion que par la Vérité, par le personnel que par l'impersonnel, par la vie que par le mystère du Vivant. C'est comme ça. C'est respectable aussi. On n'y peut rien. Mais il est possible de "mourir avant de mourir" comme il est dit dans le Coran et dans les Évangiles.  

Sentez ce que cela fait que de n'avoir qu'un mois, puis qu'une semaine à vivre... Plus qu'un jour... Plus qu'une heure. Plus qu'une minute ! Tout d'un coup, tous les efforts inutiles de maintenance d'une personne illusoire s'effondrent et un calme immense vous envahit. Vous êtes cette Plénitude sans nom.

Voyez qu'il est déjà trop tard ! Nous nous en rendons d'ailleurs très vite compte, lorsque nous contemplons quelques instants notre petite vie et réalisons que tel ou tel évènement qui s'est passé il y a 30, 50 ou 70 ans semble s'être déroulé, il y à peine quelques instants. Les plus lucides d'entre nous réaliseront alors que nous serons sans doute étreints par cette même impression de fugacité à l'heure de la mort, comme pour nous souffler que tout ceci n'aura été qu'un rêve et, que la Réalité substantielle de tout ceci appartient à l'Atemporelle Présence, dont le parfum déjà nous ravit.

Le décompte final est toujours imminent. Voyez que ce que Vous êtes vraiment n'a rien à accomplir.

Il est possible de le réaliser avant que vous attrapiez un cancer ou soyez piégés par dans un accident de voiture, une rixe ou une catastropohe naturelle. Il n'y a pas de temps à perdre. La fin du temps c'est Maintenant. Et en même temps Vous êtes au-delà. Vous êtes ce qui est sans commencement et sans fin. Ce que Vous êtes n'est en rien concerné par la destinée du corps mental, du monde ou de l'univers.

"Vous avez été témoin de votre propre naissance et Vous serez témoin de votre propre mort" disait Nisargadatta Maharaj.

Celui qui sent, voit, entend et lit ceci et que vous ne connaissez pas, c'est Vous.

Le temps n'était qu'un rêve fugace. Je suis, Vous êtes, Nous sommes l'Atemporelle Présence.

Amor Fati
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NB : Pour ceux qui sont intéressés par un accompagnement individuel non-duel à Paris ou par Skype ou une séance d'accompagnement psycho-corporelle pour laisser éclore les émotions bloquées, veuillez me contacter au 06 63 76 90 81 ou sur mon mail : adnnn1967@gmail.com

Si vous voulez vous inscrire pour les rencontres non duelles (sur la base d'une participation en conscience) qui ont lieu de façon bi-mensuelle à chez moi dans le 19e à Paris, écrivez-moi un sms sur le numéro ci-dessus.


jeudi 30 mars 2017

Affiche Petit Mas 2017



Vivre sans préférences


Dés qu'en nous s'exprime la moindre préférence, nous sommes égarés dans le jeu de la dualité et soumis à l'inexorabilité du sentiment de séparation et de conflits incessants. Vivre à partir d'une perspective individuelle qui préfère ceci plutôt que cela est une vie de souffrances garanties. Nous devons aller au-delà de l'amour et de la haine pour découvrir la Paix absolue que nous sommes.

Le monde de la dualité fonctionne par paires d'opposées. Et tout notre langage est ancré dans la dualité. "La révolution linguistique du vingtième siècle, c'est la reconnaissance que le langage n'est pas simplement un instrument de communication destiné à échanger des idées sur le monde, mais bien plutôt un outil permettant en premier lieu, d'amener le monde à existence. La réalité n'est pas simplement "vécue ou "reflétée" dans le langage, elle est en fait produite par le langage" nous dit Misia Landau, anthropologue de l'Université de Boston.

Grand-petit, bon-mauvais, sombre-lumineux intéressant-inintéressant, ouvert-fermé... Si nous voulons définir l'âme, nous le faisons en opposition à la matière. Nous disons que l'âme est immatérielle. Déterminer ou définir quelque chose c'est toujours dire ce qu'il n'est pas. "Determinatio est negatio" disait Spinoza.

La personne est le mental. Et le mental ne peut pas aimer. Dés que vous recherchez l'amour vous allez avoir son opposé qui pointera le bout de son nez : la haine. Dans le monde de la dualité vous ne pouvez pas avoir l'un sans l'autre. Voyez simplement combien l'être aimé semble pouvoir générer de la haine dés qu'il ne répond plus à votre amour.

Quand la personne dit "je t'aime" c'est toujours un amour conditionné dont il s'agit, un amour mêlé de sous-entendus comme autant de "à condition que", de "tu devrais", de "j'aimerais que", de "si seulement". Sur cet amour-là plane toujours un oiseau de mauvais augure, une menace imminente. Le "je t'aime" est toujours sous-tendu par toute une série de conditions qui passent inaperçues sur le moment où cette phrase s'énonce - la plus part du temps dans un état d'exaltation aveuglante - mais, qui finissent tôt ou tard par se révéler au grand jour lorsque l'être aimé ne correspond plus à nos fantasmes. Le "je" de la personne séparée ne connaît pas l'amour et ne peut par conséquent aimer d'un amour inconditionnel. La personne ne dit jamais vraiment oui, elle dit toujours "oui mais"... Il faut avoir développé une grande sensibilité pour entendre en soi le susurrement du "mais".

Le mental a developpé un attachement pour les expériences classées comme agréables et une aversion pour les stimuli contraires. Il est une proie aisée pour toutes les souffrances du monde de la multiplicité. Chaque fois qu'il pense être en contact avec ce qu'il appelle l'extérieur, le monde ou les expériences, il se précipite vers les objets de ses attachements et fuit les autres. Cette agitation constante est la tragédie du mental. La personne va toujours exprimer une préférence, car la personne n'est constituée que de préférences. La personne est l'identification aux préférences.


Dés que nous cherchons quelque chose, une expérience spécifique, un état ou un savoir particuliers, une qualité spéciale, un accomplissement dans la durée, c'est que nous rejetons quelque chose d'autre. Préférer c'est rejeter, désirer c'est exclure. Préférer, c'est ne pas connaître sa vraie nature, c'est être identifié à une histoire, à un nom et à une forme. C'est croire à la vérité de l'individualité, c'est être sérieux à propos des désirs et peurs individuels. C'est croire au libre arbitre, c'est se croire séparé des autres et du monde. C'est croire que nous sommes une conscience individuelle logée dans le corps, c'est croire que nous pouvons réussir ou échouer, que nous sommes l'auteur responsable de nos pensées et de nos actes. C'est croire que le monde et les objets préexistent à la Conscience.

Toute recherche est sous-tendue par des préférences. La recherche est le jeu de prédilection du mental qui affiche des pensées qui peuvent laisser croire que la paix et le bonheur que nous recherchons tous, pourraît être trouvée plus tard que Maintenant et ailleurs qu'Ici. Vivre à partir de ses préférences, c'est ne pas vouloir ce qui est, c'est croire que ce qui nous est donné dans l'instant n'est pas complet tel que c'est, et ne nous permet pas de réaliser la Complétude que nous sommes hic et nunc.

Même la recherche spirituelle, la plus raffinée, est toujours sous-tendue par toute une série de préférences et maintient en filligrane cette séparation qui nous donne encore ce sens de l'appropriation, "à moi", "à toi", "mien" et "tien". En réalité nous avons plein de présupposés à propos de ce que nous cherchons. Nous avons peut-être lu plein d'histoires merveilleuses à propos d'êtres éveillés et nous voulons être comme eux. Nous désirons agir et parler comme eux, éprouver la même chose qu'eux, vivre la même liberté. Nous voulons peut-être retrouver certains états dont la mémoire résonne douloureusement par contraste avec ce que nous vivons aujourd'hui. Nous exprimons des préférences pour notre voie particulière, notre maître, pour nos réalisations spirituelles. Mais lorsqu'il s'agira de défendre nos préférences, qui montera au créneau ?

Notre recherche d'éveil est en réalité emplie de préférences. Il suffit de jeter un seul regard honnête pour s'en rendre compte. Nous voulons réussir quelque chose, devenir quelqu'un d'autre, quelqu'un de meilleur et de plus authentique peut-être, mais toujours quelqu'un. Ou alors nous voulons devenir rien et le rien devient encore quelque chose, car le mental en a fait un objet, un objet éminemment subtil sans doute, mais un objet tout de même, un objet de compréhension, un objet de désir, un objet d'appropriation. Alors que ce que nous sommes est au-delà, absolument au-delà. Et, le paradoxe est justement que cette recherche d'accomplissement est ce qui voile en apparence le fait que nous sommes déjà parfaitement accomplis, parfaitement complets Ici et Maintenant. 

C'est pour cela que personne ne peut dire ce qu'est l'être, car il n'a pas d'opposé, ne s'oppose à et ne refuse rien. Il est totalement inclusif. Il est tout ce qui est. Le langage ne peut pas atteindre l'être non duel parce que sa structure est duelle. Être est du côté de l'expérience pure, du senti, sans formulation, totalement étranger aux concepts et sans commentaires.


Il ne s'agit donc pas de chercher l'érudition, le savoir, la compréhension, la paix, le silence ou l'amour, car alors nous sommes encore esclaves du jeu des préférences.

En vivant sans préférences nous sortons de la dualité. En vivant sans pourquoi, à partir d'un "je ne sais pas" authentique, nous réaffirmons simplement l'Absolu que nous n'avons jamais cessé d'être, sauf en imaginaire.

Lorsque le maître Chan (Bouddhisme chinois) de Hui-Neng lui demanda : Que cherches-tu ? Ce dernier répondit :" rien de paticulier." Le maître comprit alors qu'il avait en face de lui un être dotée d'une profonde compréhension. Par la suite, au travers d'un incroyable concours de poésie*, Hui Neng deviendra le 6eme patriarche.

Quand nous sommes mûrs, nous réalisons qu'il ne s'agit pas de recherche mais d'être, d'être présent, d'être conscient d'être conscient. Simplement se détendre dans cette Présence que nous sommes déjà.

Le mot Présence renvoie à ce qui est avant même les sens. "Pré-sens." Cela qui est présent avant même qu'il y ait des perceptions, c'est à dire un monde, un corps, et des pensées. Vous êtes ce qui est avant toute chose. Qu'est-ce qui est avant toute expérience ? Être, être sans définition. Et, c'est Cela que nous sommes vraiment.

L'être sans définition que nous sommes n'a aucune préférence. Il dit toujours un grand oui à tout ce qui se présente. Il n'a pas de mécanisme en lui capable de résister à ce qui est. Si vous préférez être sans ego, c'est que vous êtes encore en lutte contre l'ego. Et, qui lutte sinon l'ego, sinon le moi-je de la eprsonne, cela qui semble avoir des préférences  ?

Pour sortir de ce cercle vicieux, arrêtez-vous un instant, faites un zoom arrière, et soyez Cela qui est sans préférences, l'Être sans définition, la Présence que vous êtes déjà et, qui a conscience des préférences apapraissant en Lui, tout en n'ayant aucune préférence Lui-même. 

Cela semble très compliqué du point de vue du mental. Mais voyez que ce qui paraît compliqué ne l'est qu'en tant que cela ne s'accorde pas avec ce que vous croyez déjà. Demeurez simplement en tant que cela en quoi les croyances vont et viennent et qui ne vient pas et ne va pas avec elles. Demeurez en cette Présence qui précède les sens et les pensées. 

Plus notre mental est tortueux et les préférences nombreuses, plus il semble difficile de réaliser la Vérité que nous sommes. Peut-être est-ce pour cela que Jésus commença son sermon sur la montagne par : "Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des cieux est à eux" ? Et, ce qu'il appelle le Royaume n'est pas là-bas dans les cieux de l'avenir, le Royaume est en Vous* comme il le dira avec force dans l'évangile de Luc (21).

La pauvreté en esprit comme le dira avec une indicible beauté Maître Eckhart dans son "sermon du pauvre en esprit" est avant tout de réaliser que je ne sais rien, que je ne veux rien, que je ne possède rien.

Vivre sans préférences c'est vouloir ce qui est. Lorsque vous voulez ce qui est le Royaume en Vous se révèle.  

Amor fati

NB : Pour ceux qui sont intéressés par un accompagnement individuel, veuillez me contacter au 06 63 76 90 81 ou sur mon mail : adnnn1967@gmail.com

Si vous voulez vous inscrire pour les rencontres non duelles (sur la base d'une participation en conscience) qui ont lieu de façon bi-mensuelle à chez moi dans le 19e à Paris, écrivez-moi un sms sur le numéro ci-dessus.


* Huìnéng (惠能 ou 慧能 Eno en japonais), (638 — 713) fut le sixième patriarche du chan en Chine1. Il naît à Canton, dans l'extrême sud de la Chine et devient très tôt orphelin. Après avoir entendu le Sūtra du Diamant, il se rend au monastère du mont de la prune jaune (黄梅山huángméi shān) et est assigné dans la cuisine, où il demeure six mois.
Un jour, Shénxiù (神秀), moine érudit et assistant du patriarche, écrit un poème sur un mur :
身是菩提樹, Le corps est l'arbre de l'Éveil,
心如明鏡臺。 L'esprit est comme un brillant miroir dressé.
時時勤拂拭, À chaque instant je l'époussette,
勿使惹塵埃。 Et n'y laisse aucune poussière.
Illettré, Huineng se fait lire le poème, et puis il y répond par ces vers qu'il demande à quelqu'un d'écrire à côté du précédent :
菩提本無樹, Il n'y a aucun arbre dans l'Éveil,
明鏡亦非臺。 Le miroir n'est pas dressé.
本來無一物, Puisque fondamentalement rien n'a d'existence,
何處惹塵埃。 Où de la poussière pourrait-elle se déposer ?
Ayant vu cela, Hongren (弘忍hóngrěn), le cinquième patriarche du chan, convoque Huineng pour lui transmettre sa robe, et puis lui demande de fuir à cause des jalousies.
Huineng fuit dans le sud de la Chine et se cache pendant quinze ans au milieu d'un groupe de chasseurs. En 677, il se rend dans le temple de Faxing (法性寺fǎxìng sì) où deux moines sont en train de se disputer, l'un dit que c'est le drapeau qui bouge, l'autre dit que c'est le vent. Alors Huineng leur dit que ce qui bouge n'est ni le drapeau ni le vent, mais c'est en effet leur propre esprit. C'est à ce temple qu'il est devenu moine et maître du dharma. Il fondera par la suite son propre monastère, le Baolinsi (宝林寺 / 寶林寺bǎolín sì).

Luc 17
2àLes pharisiens demandèrent à Jésus quand viendrait le royaume de Dieu. Il leur répondit: Le royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards. 21On ne dira point: Il est ici, ou: Il est là. Car voici, le royaume de Dieu est au milieu de vous. 22Et il dit aux disciples: Des jours viendront où vous désirerez voir l'un des jours du Fils de l'homme, et vous ne le verrez point.…

mardi 21 mars 2017

Le dénouement de la souffrance


Lorsque la souffrance psychologique se présente, la tendance habituelle chez la plupart des êtres est de tenter de la fuir par tous les moyens. Le refus de la sensation de malaise s'exprime dans une modulation infinie dans le fait de chercher à penser la souffrance plutôt que de faire l'expérience de l'unité avec elle et la sentir directement. On veut comprendre la souffrance, lui trouver une cause, une raison, un sens, une explication. Alors, le mental se met en branle pour débusquer dans la mémoire la stratégie d'évitement ou de réparation optimale, en développant des scénarios imaginaires par le biais de comparaisons, de justifications ou de condamnations. Mais, bien que les ratiocinations mentales semblent momentanément diluer la souffrance en orientant l'attention vers des satisfactions imaginaires, ces dernières ne rassasient pas vraiment et, bien vite, la souffrance et son corollaire, la soif de paix et de bonheur, remontent à la surface. Le mental n'a fait que déplacer le problème, mais la sensation de souffrance demeure.

Tant que l'on se fige dans une prétention à savoir quoi que ce soit, c'est que la carapace égotique est renforcée et les émotions encore plus fortement refoulées.

Une des stratégies possibles d'évitement subtiles de la souffrance est la maitrîse du jargon de la non dualité et la création d'un super ego, "celui qui connaît l'éveil", celui qui sait. Certains adeptes du Néo-Advaïta, mais pas seulement, peuvent se reconnaître ici. Car, si je ne suis pas exclusivement le corps et le mental, je suis aussi cela. Il est ainsi possible de tenter de nier son humanité, en s'octroyant une "super-identité" qui n'est en réalité basée que sur un déni de son ego. Ici seule l'honnêteté est de mise, et lorsque je parle d'honnêteté, je pointe vers la réintégration en nous de ce qui nous semble étranger, en en faisant pleinement l'expérience : Sentir. Car si si vous n'êtes pas exclusivement un e forme et un nom particuliers, au final toute forme apparaît en tant que Vous. Vous êtes donc également cette forme-ci et toutes celles que Vous refusez d'être, ainsi que le refus lui-même. Tant que cela n'est pas compris, mais également senti et pleinement vécu, il y aura tension autour du maintien d'une sorte de super-égo. Il faut être courageux, diposer d'un sacré don pour la discrimination et avoir un désir indéracinable pour la Vérité pour réaliser cela d'instant en instant et déjouer les pièges de l'enferment dans un super-moi, fait de rien.

Ceux qui adoptent cette stratégie d'évitement trichent avec eux-mêmes et sont susceptibles de s'exprimer au travers de phrases toutes faites qui ne sont que des écrans de fumée comme par exemple : "Qui souffre", "il n'y a personne pour souffrir", "tout est illusion", "je suis le témoin sans forme de la souffrance", "Je suis Cela", "le Soi ne souffre pas", "tout est absolument parfait tel que c'est". Ces phrases sont autant de pointeurs non duels bien souvent inopérants s'ils ne viennent pas directement du Silence vers lequel ils pointent, et qui servent en réalité le plus souvent de bouclier ultime au passage de l'entonnoir vers l'impuissance totale. Car la spiritualité authentique passe toujours par la vulnérabilité absolue, par l'abandon à tout savoir, pouvoir et volonté personnelle.

Ainsi, comme le dit Nisargadatta, le maître de la voie directe : "

"Pour aller au-delà du mental, vous devez avoir un mental parfaitement en ordre."

"Le fruit tombe soudainement, mais le mûrissement prend du temps."

"Le chemin vers la Vérité passe par la destruction du faux. Pour détruire le faux, vous devez remettre en question les croyances les plus invétérées."


Soit je souffre. Mais explorons la nature de cette souffrance. Que se passe-t-il si nous remplaçons le mot souffrance, par une étiquette plus neutre comme par exemple tension, ou encore plus neutre, comme par exemple sensation ? Ce changement d'étiquette a pour conséquence que l'on commence à lâcher le vu pour voir vraiment, lâcher la pensée pour accueillir la sensation telle qu'elle est. En effet, les mots sont vagues et renvoient à d'autres mots et à une multitude de mémoires qui sont autant de fuites en avant pour éviter de faire face à l'instant. Alors que la sensation est là, disponible, maintenant. Le mot est ambigü, mais la sensation elle, n'attend que d'être éprouvée dans le corps même, dans le ventre, les cuisses, le plexus, la gorge, la mâchoire. La souffrance n'est alors plus une sorte de brouillard où tout semble confus. Elle est réduite à son expression la plus simple et la plus directe. La souffrance est soudain perçue comme un objet d'observation. Là, il y a déjà une sorte de changement de perspective. On abandonne l'idée de vouloir justifier la souffrance ou de trouver des subterfuges pour ne plus la sentir. On fait face, ou plutôt on devient espace pour elle. On l'observe, on la sent, on la savoure même. Que se passe-t-il ? Plus on sent la tension, plus on fait l'expérience de l'unité avec elle, plus elle se dissout comme par magie dans la Présence dans laquelle elle apparait et que, du coup, elle révèle paradoxalement avec encore plus d'évidence.

Tant que je veux maintenir une définition de moi-même ou des croyances à propos de la souffrance, je ne suis plus réellement présent à la souffrance telle qu'elle se présente dans l'instant. Pour découvrir la Vérité, je dois lâcher mes savoirs de seconde main, oser l'expérience directe et redevenir "ma propre autorité." Être nu, dépourvu de savoir et de préférences. La préference est elle-même une souffrance. Je dois réaliser à quel point je suis sans cesse en train de chercher à maintenir une image positive ou agréable de moi-même. C'est justement dans cette incessante façon de repousser, relativiser, minimiser ou exagérer la souffrance, dans cette façon de la penser pour la rendre plus supportable que la souffrance se perpétue.

L'effort est contraction et la contraction est l'expression directe de ce que nous nommons souffrance.

En devenant le spectateur passif, non impliqué du film des tensions, celles-ci ne sont plus refusées. Et, c'est tout naturellement qu'elles se déploient en nous en tant que Présence témoin, comme un feu d'artifice de vibrations, de sensations, de pensées, d'images, de sons, de parfums. Ce libre déploiement de ce qui était refusé - les émotions - apparait désormais en nous avec la même intimité que la rumeur lointaine d'une cour de récréation, un vol indécis de pigeons, un bouquet de parfums dans un pré printannier, c'est à dire, sans distance et sans séparation avec la Présence sans définition qui en est consciente.

De même que, plus on s'éloigne de l'ombre de soi-même projeté sur un mur, plus l'ombre grandit, de même, plus on tente d'éviter la souffrance plus elle s'intensifie. Lorsque l'on se rapproche de l'ombre celle-ci diminue jusqu'à disparaître en nous. Il en va de même pour les contractions corporelles liées à la souffrance psychologique. Plus on les sent moins on finit par les sentir. Le corps de tensions devient un corps de vibrations puis un corps d'espace sans limites. La joie est contagieuse paraît-il. Sentir également. Car lorsque qu'il y a senti il n'y a personne pour sentir. On en peut pas à la fois sentir et penser. Essayez pour voir !

Être le Témoin silencieux des rythmes contractés de l'ego qui cherche à survivre puis, finit par mourir est d'une douceur sans nom. Dés qu'il n'y a plus d'appropriation autour des sensations de tension et des images, jadis considérées comme douloureuses ou insupportables, un espace de silence incommensurable se révèle.

Je ne suis pas la souffrance. La souffrance apparaît en moi, en ce silence de conscience que Je suis. Un processus de désidentification a lieu. La souffrance est perçue. Je ne suis pas ce qui est perçu. Je suis l'Espace de conscience dans lequel la souffrance apparaît. L'écoute même de la tension jusqu'au bout révèle avec encore plus d'évidence la conscience sans forme et sans âge que je n'ai jamais cessé d'être.

Il est évident qu'un certain nombre de séances d'accompagnements sont nécessaires pour que ce retournement total de perspective s'impose au quotidien et dans nos relations avec le corps, le mental les autres et le monde. Mais, à chaque résorbtion dans la Présence sans définition que nous sommes d'une tension dont nous nous sentions séparés, c'est le même parfum du vivant qui s'affirme et se confirme, le même parfum inconnu reconnu de l'émerveillement d'être qui se révèle.

Au fond nous ne souffrons que de prétendre être ceci ou cela et d'ignorer notre véritable nature sans forme : Je suis. Mais pour que cela ne soit pas que des mots, une posture de savoir stérile et que la reconnaissance de qui nous sommes vraiment s'infuse dans toutes les strates de notre vie, il semble qu'il faille faire face à la souffrance. Face à espaceFace de la souffrance apparaissant dans l'espace que Je suis Ici en tant qu'atemporelle Présence sans forme. Éclairer la face imaginaire de la souffrance avec l'espace lumineux sans forme et sans âge que je suis. Sentir encore et encore, comme une libre investigation sans but et sans cause ce dont nous nous sentons séparés pour révéler in fine que cela aussi est une expression de nous-mêmes.

Mourir à l'image de nous-mêmes est la condition sine qua non pour renaître. Et cette renaissance est en réalité la simple reconnaissance de ce que nous n'avons jamais cessé d'être, innocence immaculée, regard sans personne, espace de non savoir.

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lundi 6 mars 2017

La joie d'être sans définition libère le corps


La joie s'expérimente toujours par un sentiment d'expansion énergétique, synonyme d'effacement partiel ou total des limites corporelles. Les limites corporelles ne sont en réalité soutenues que par un ensemble de fixations mentales qui consolident le schéma corporel. Elles donnent cette impression de densité au corps et de séparation avec ce qui n'est pas le corps, d'un intérieur et d'un extérieur, d'un contenant et d'un contenu, d'un moi et d'un non moi.

La souffrance au contraire s'exprime toujours par une contraction physiquement ressentie dans le corps. La souffrance psychologique trouve son fondement dans l'ignorance de notre véritable nature. Celle-ci nous est voilée par la croyance racine que je suis une entité séparée. Cela équivaut à croire que ce que je suis vit la vie de ce corps mental, que je suis un centre de perception et de contrôle au pouvoir de cette destinée particulière, une entité pensant les pensées, posant des actes de façon délibérée, que je suis né quelque part,  que mon existence est inextricablement liée au devenir de ce corps mental et vouée comme lui à la souffrance, à la maladie et à la mort. 

La joie est en quelque sorte notre état naturel. C'est ce que nous sommes dés que nous cessons de nous définir, dés que nous cessons de prétendre, dés que nous arrêtons de surimposer dans l'expérience directe des pensées dualisantes se référant à un moi illusoire. 

La joie d'être, le "je suis" est sans objet, sans demande, sans définition. Les ceci ou les cela qui semblent pour un temps définir "je suis", la croyance que "je suis ceci" ou "je suis cela", que je suis un corps ou un moi logé dans le corps, que je suis le mental ou la pensée, un esprit ou une âme, les diverses identités que nous semblons endosser, nous éloignent toujours de cette joie simple d'être. 

Quand nous nous prenons pour quelqu'un, la joie et semble alors conditionnée par des facteurs extérieurs et des circonstances particulières pour répondre aux besoins imaginaires des différentes identités ajoutées à je suis. 

Le contentement, c'est à dire être heureux d'avoir accompli telle ou telle chose ou évité telle autre, être heureux à cause de tel ou tel évènement, est toujours accompagné d'une contraction subtile. Le contentement sonne toujours faux pour Celui qui a des oreilles pour entendre. Il faut un certain degré de sensibilité et de maturité pour en être conscient. 

Cependant, dés que nous nous reposons dans notre être déjà là, dés que nous réalisons cette Présence éveilée, sans défintion et déjà présente, en amont de nos pensées et de nos perceptions, une joie non localisée brille de ses mille feux.

Avant de continuer la lecture de cet article, reposez vous maintenant pendant quelques instants dans cette Présence éveillée déjà là. Sentez simplement que Vous êtes, que Vous êtres conscient d'être conscient. Et voyez que toutes les perceptions apparaissent dans cette Présence qui dit oui à tout ce qui se présente. Tout apparaît en Vous en cette vacuité sans forme et sans âge. Le texte, les perceptions visuelles, auditives, olfactives, les pensées,,, les émotions et les sensations. Rien n'est exclu ou refusé. La présence que Vous êtes accueille tout ce qui se présente sans préférences et sans commentaires. 


Le corps se détend immédiatement !


Lorsque la joie survient dans notre vie elle s'explique toujours par la fin soudaine de la fixité sur un certain nombre de croyances qui maintiennent une sensation de densité dans le corps. 

Dés que l'on croit savoir, que l'on se fige dans une localisation et une temporalité - qui ne sont que croyances transparentes - la joie ne peut être pleinement ressentie. Elle est alors assujetie à des facteurs "extérieurs", à la situation, aux sensations ou aux pensées. Cette joie-là est conditonnée.

Pour goûter à la joie inconditionée que vous êtes par nature, il suffit donc de ne pas exprimer de préférences et de ne pas se définir. Il suffit de ne plus faire semblant de savoir.

Dés qu'il n'y a pas de préférences par rapport à ce qui se présente, dés que vous ne vous référez pas le vécu direct à une entité imaginaire, vous sentez une joie sans nom et sans raison vous submerger de toutes parts.

Il suffit de ne pas vouloir que les choses soient différentes de ce qu'elles sont pour qu'une sensation de paix vous inonde instantanément.

Tant que l'on se prend pour quelqu'un c'est que l'on s'identifie à des limites psychologiques (pensées crues) ce qui génère automatiquement l'impression de limites et de contractions corporelles (schéma corporel lié aux mémoires). La véritable tranquillité ne peut par conséquent être éprouvée. Elle est ce que nous sommes en deça de toute défintion. La Joie véritable est sans limites, sans localisation, sans temporalité. La preuve, c'est que vous pouvez localiser une résistance à être, une contraction par exemple, une douleur, mais vous ne pouvez localiser la joie, la joie est diffuse. Être est partout. La joie d'être est partout et nulle part à la fois.

Dieu, l'Être suprême fut parfois désigné par des mystiques au moyen âge (Jean de Cues) et dans l'antiquité par cette métaphore : "Dieu est un cercle infini dont le centre est partout et la circonférence nulle part". Nous pourrions dire la même chose de cette joie sans localisation et de notre véritable nature qui se révèle lorsqu'on prend la peine d'être vraiment attentif.

La restriction sur le plan mental se ressent immédiatement par une contraction corporelle.

Les contractions corporelles sont donc une aubaine pour se rendre compte que nous sommes à nouveau en train de nous localiser, de prétendre être séparés, de faire semblant. Être honnête avec soi c'est à dire sentir ces tensions, faire l'expérience de l'unité avec elles, révèle immédiatement la douceur et la joie inconditionnée de la Présence que nous n'avons jamais cessé d'être sauf en imaginaire.


NB : Pour ceux qui sont intéressés par un accompagnement individuel non-duel à Paris ou par Skype ou une séance d'accompagnement psycho-corporelle pour laisser éclore les émotions bloquées, veuillez me contacter au 06 63 76 90 81 ou sur mon mail : adnnn1967@gmail.com

Si vous voulez vous inscrire pour les rencontres non duelles (sur la base d'une participation en conscience) qui ont lieu de façon bi-mensuelle à chez moi dans le 19e à Paris, écrivez-moi un sms sur le numéro ci-dessus.

mercredi 1 mars 2017

La thérapie psychocorporelle non duelle
  







Question : Pourquoi partir du corps et des sensations plutôt que de l'histoire de l'individu pour guérir la souffrance psychologique ? Pourquoi insister autant sur le ressenti ?

- L'approche psychocorporelle permet de développer l'écoute du senti corporel pour faire l'expérience de l'unité avec tous les blocages émotionnels qui se sont installés au cours de votre vie dans le corps. La souffrance se manifeste toujours d'abord de façon corporelle. Il n'y a pas de souffrance psychique ou mentale sans souffrance corporelle. Une souffrance purement mentale est une vue de l'esprit. Une émotion n'est jamais seulement mentale. Au départ, elle apparaît toujours localisée dans une partie du corps. C'est la sensation de nausée dans le plexus qui se ressserre, l'estomac qui est lourd, les muscles des bras ou des cuisses qui sont surtendus ou anestésiés, la tête qui bourdonne, la gorge qui s'étrangle, une sensation indéfinissable de malaise général... Partir du corps est facile, il est notre caisse de résonnance et le corps ne ment pas. C'est un livre ouvert pour les mains écouteuses.


Q : Dans les thérapies que j'ai pu faire l'essentiel était dans l'échange verbal.

La parole peut avoir son importance dans un échange thérapeutique. Et par la parole il est possible d'amener le mental du patient à reconnaître ses propres limites, éveiller l'attention et inviter au senti. Mais il faut voir d'où surgit la parole ? D'un individu cherchant à analyser un autre individu ou d'un espace de conscience impersonnel ?

Malheureusement, dans la plupart des thérapies on élude complètement le senti corporel. On essaie d'aborder la souffrance par le biais de l'analyse du passé d'un individu par l'interprétation de ses formulations présentes, ce qui éloigne encore du senti de l'instant présent. Le patient est sans cesse invité à faire des liens de cause à effets et à mettre l'accent sur la mémoire, les expériences ou les perceptions externes ou internes mais jamais à réaliser ce qu'il y a entre les perceptions. On n’interroge pas cela qui perçoit le spectacle. Le mystère de la Présence dans laquelle tout apapraît est complètement ignoré. Cette négligence de l'essentiel renforce chez le patient l'idée d'être un individu séparé du monde et des autres et uniquement déterminé par son passé. Certes, l'individu est conditionné par son passé et il n'est pas sans intérêt d'en comprendre dans une certaine mesure les points de fixation et de crispation, d’avoir une vue d’ensemble des conditionnements les plus lourds. Mais ces thérapies commettent tous la même erreur, lourde de conséquences, ils considèrent l'individu séparé comme notre réalité ultime. Ils confondent le moi avec la Conscience.
L'invitation optimale qui est faite est celle de passer d'un individu dysfonctionnel à un individu un peu moins dysfonctionnel. C’est ce que Jean-Yves Leloup appelle le passage de la névrose à la normose.


Q : Ce n'est pas si mal déjà ?

Ce n'est pas sans intérêt bien sûr mais, il n'y a pas cette intelligence de constater que le moi apparaît et disparaît au sein de la Présence consciente que je suis ici et maintenant. À aucun moment la croyance en un moi séparé, logé dans un corps, auteur des pensées et des actes n'est véritablement remis en question dans la thérapie traditionnelle. C'est un axiome qui n'est absolument pas discuté et même jamais exploré. Ainsi, il y a inévitablement perpétuation de ce sentiment de manque qui est la marque de la souffrance. Car la croyance d’être une personne séparée est la racine du sentiment de séparation et donc de souffrance et de conflits en soi avec les autres et le monde.
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La plupart des thérapies confortent les patients dans la croyance que leur identité ultime est un moi pensant et agissant et non pas la Présence consciente dans laquelle toutes ces perceptions naissent et meurent.

Le thérapies s'inscrivent presque toutes dans une perspective duelle.

Q : Mais que proposes tu concrètement dans ton accompagnement pour  faire prendre conscience de tout cela ? 

En explorant de façon vivante et directe notre fonctionnement, il est possible de réaliser que nous ne sommes pas ce que nous percevons, c’est à dire les sensations (le corps), le flux des pensées (un mental ou un esprit) ni les pereptions par les 5 sens (le monde). Cela permet déjà d’arrêter de se percevoir comme un individu séparé à qui il arrive des choses.

Lorsque cette Présence sans forme est reconnue en nous, l’exploration gagne soudainement en profondeur. Il est alors possible de réaliser que la croyance en la séparation est ce qui m'empêche de sentir. Il devient possible d’accueillir en nous les émotions refoulées par notre désir de maintenir cette fausse identité, par notre désir d'avoir rasion.

Émergent alors une sensibilité totalement nouvelle et une attention impersonnelle où il n’y a plus de conflit avec la réalité.

On s'aperçoit en effet qu'il ne s'agit pas tant de comprendre, expliquer, analyser et chercher une cause particulière à nos divers dysfonctionnements mais de restaurer en profondeur la capacité à les sentir. Sur un plan essentiel nous souffrons tous du fait que nous avons cessé de sentir la vie et d'être en prise directe avec elle. Nous avons progressivement et de façon subtile remplacé sur tous les plans de notre vie quotidienne le senti par des pensées auxquelles nous prêtons foi. Barricadés derrière notre muraille de croyances, nous avons perdu le lien avec le vivant et nous avons par contre surdéveloppé notre capacité à étiqueter, interpréter, comparer, condamner et justifier le monde et les évènements tels qu'ils apparaissent. 

Sentir un arbre de façon vivante n'a rien à avoir avec le fait de l'étiqueter et être capable de parler des caractéristiques de cette espèce. Sentir un mot ou une pensée n'a rien à avoir avec le fait de le penser par d'autres mots. Si une pensée en engendre une autre et ainsi de suite dans une sorte d'addition perpétuelle et que nous croyons ces pensées, il n'y a jamais d'espace, ni d'arrêt pour sentir !

Q : Tu veux dire que toute pensée nous coupe du sentir ?

Dés qu'une pensée est crue elle nous coupe de l'unicité de la vie. 

Mais la pensée fonctionnelle ne pose pas de problèmes en soi. Penser comment prendre le bus, penser pour faire un calcul, pour parler une langue, pour comprendre la grammaire, ou le fonctionnment de l'ordinateur sont ds pensées fonctionnelles dasn le sens où elles ne se réfèrent pas foorcément à une entité moi inexistante. Cette pensée est nécessaire et ne pose pas de problèmes. Mais la pensée qui se réfère à une entité inexistante, le moi, la personne, celle qui s'agite sans cesse pour soutenir une entité égotique, pour maintenir les croyances et les identités en place, nourrir ses désirs et éloigner ses peurs. La pensée qui prétend nous dire qui on est, ce qu'est la vie et comment les choses devraient être. Ça, c'est le mouvement de la pensée dualisante, qui surimpose au sein de l'expérience directe un voile, une armure, un filtre. Et là on est dans le monde de l'illusion, de l'hypnose, de l'effort. Dans le monde du comment faire compliqué quand on peut faire simple. 

Le senti est la simplicité par excellence qui nous révèle directement la beauté de la vie.

La pensée surimpose, construit, ajoute quelque chose, nous éloigne de nous-mêmes, le senti est sans intention, sans demande, innocent, pur, vrai et nous révèle en tant que nous sommes la Vie. Sentir est une point d'orgue hors des mots et du temps. Quand vous sentez il n'y a personne qui sent, pas de place pour la pensée dualisante. Vous faites l'expérience de l'unité avec ce qui se présente. Les mots sont caduques ici. C'est une expérience mystique à la portée de chacun d'entre nous. La seule qui nous nourit entièrement.


Q : Pour bien être sûr de ce dont tu parles pourrais-tu définir ce que tu entends par sentir ?

J'entends par sentir, faire l'expérience de l'unité avec ce qui se présente, sans commentaires, sans jugements, sans conceptualisation, sans préférences, sans tentative de comprendre d'analyser ou de conclure à propos du vécu direct. Sentir est silencieux de mots et d'étiquettes. C'est faire pleinement l'expérience de quelque chose. Être pleinement cette chose.

Comme sur un plan profond nous sommes déjà toute chose, l'invitation à sentir quelque chose - une pensée, un jugement, une émotion, une tension, un arbre, un nuage, une goutte d'eau, un son, un gôut, quoique ce soit, n'importe quelle perception - l'invitation à faire l'expérience de l'unité avec une perception, n'est au final qu'une invitation à demeurer avec la perception directe, sans préférences, la laisser se déployer librement en nous sans intervenir, en demeurant le témoin passif que nous n'avons en réalité jamais cessé d'être.

En réalite le senti est là en permanence. Un autre mot pour sentir serait expérience. L'expérience se déroule en permanence sans dualité. L'expérience est par essence non duelle. il n'y a en réalité jamais eu de séparation. 

C'est une pensée crue qui nous donne l'impression que nous sommes séparés de l'émotion, de la peur, de l'autre et du monde. Tant que cette pensée erronée est crue, elle engendre sentiment de séparation, confusion, stress, et des conflits à n'en plus finir. 

En invitant quelqu'un à sentir, à faire l'expérience de l'unité avec, on ne lui demande pas de rajouter quelque chose au sein de l'expérience directe, mais à cesser de rajouter l'idée de la séparation.

Sentir c'est vivre l'expérience sans surimposer au sein de l'expérience directe une quelconque dualité, l'imaginaire d'un sujet qui perçoit et d'un objet qui est perçu.

Q : Mais avec la pensée dualisante comme tu dis, c'est comme si quelque chose d'automatique était enclenché et qu'on n'avait aucune prise dessus. 

Oui. Et c’est pour cela qu’un arrêt est nécessaire. Si on n'appuie pas parfois sur l'interrupteur, la vie s'en charge, en faisant péter les plombs, psychiquement ou physiquement. Non seulement, au lieu de sentir la vie nous pensons la vie, mais en plus nous n'en avons même pas conscience. Nous avons construit une carapace égotique de croyances basées sur des peurs et des désirs, sensée nous protéger de ce que nous redoutons et attirer à nous ce qui semble bénéfique. En réalité c'est cette carapace de croyances qui nous coupe de notre sensibilité vivante et qui nous empêche de sentir vraiment. C'est la carapace de l'égo, du moi, de cet ensemble de croyances qui gravitent autour de de l’illusion d’un moi séparé, doté de libre arbitre, auteur de ses actes et de ses actions. C’est l’histoire de moi. Et lorsque cette histoire est crue, elle empêche toute véritable écoute. Cette carapace est notre résistance à sentir. Elle nous a rendu insensibles. C'est cette gangue d'imaginaires et de projections qui nous gangrène et amène la dépression et le mal être, le sentiment d'abandon et de solitude. C’est cette carapace qui crée les conflits en nous-mêmes, avec les autres et le monde.

Et nous n'en avons souvent même pas conscience. Nous croyons sentir la vie alors que nous sommes justes en train de sentir notre résistance à sentir, à savoir la carapace. Nous croyons avoir des émotions, mais ces émotions sont en réalité l’expression de notre résistance à sentir les émotions.

C'est là une difficulté extrêmement subtile car transparente pour le patient qui rend la présence d'un thérapeute non duel essentielle. Un regard sans personne est souvent nécessaire pour restaurer notre capacité de voir sans filtres par nous-mêmes et sentir les choses telles qu'elles sont vraiment. 

Ce qui s'infuse au cours des séances c'est cette Présence impersonnelle qui n'appartient à personne.

Q : Insister autant sur le sentir, n'est-ce pas propice à une identification au corps et, du coup retomber la le piège de la dualité ?

Voilà en effet un apparent paradoxe ! En fait plus vous sentez le corps, moins vous le pensez. Encore une fois on ne peut pas penser et sentir à la fois. Plus vous sentez le corps, c'est à dire plus vous faites l'expérience de l'unité avec les sensations, et notamment les tensions, plus le corps disparaît en tant que corps imaginé, en tant qu'objet séparé. Dans le senti le corps passe d'un corps de représentation à un corps de Présence. 


Q : Peux-tu développer un peu ?

C'est un peu comme si ce qui apparaissait comme étant la banquise se fissurait en iceberg puis en morceaux de plus en plus petits pour finalement se fondre et devenir eau. Puis l'eau devient vapeur, vibrations et finit pas se fondre avec l'espace.

Concrètement, plus vous sentez les sensations corporelles sans les penser, plus le corps, au départ perçu comme un corps solide et séparé, va devenir un corps de vibration, puis avec l'approfondissement du senti, un corps d'espace. Autrement dit, et c'est là un paradoxe pour le mental, plus vous sentez le corps, moins vous allez au final le ressentir. 

Ce qui est révélé c'est que le corps est lui même constitué de l'espace qui écoute. Ce qui écoute et ce qui est écouté sont tous deux fait de la même substance en quelque sorte.

Le senti, c'est à dire l'expérience de l'unité avec les sensations, les émotions, les tentions, les vibrations, vont permettre une résorbtion du sujet et de l'objet apparents dans la Présence sans forme et sans âge que nous somems déjà, mais dont nous n'avions pas conscience par identification à l'image et aux sensations du corps. 

Le senti révèle avec encore plus d'évidence que l'observateur est l'observé, et que nous sommes les deux et en même temps au-delà.

Q : Et ça suffit pour guérir ?

Guérir est un mot que je n'utilise pas, car il vient étymologiquement de "se défendre" et de "se protéger". Il s'agit au contraire de redevenir vulnérable, de recouvrer notre sensibilité, de ne rien refuser, passer par l'entonnoir de l'impuissance, pour accès à cet esapce de non savoir ou nous cessons de prétendre. Il ne s'agit pas de guérir mais de réaliser comment nous nous sommes coupés de notre complétude. 

Comprendre le fonctionnement et sentir. Voir et être.

Notre souffrance provient essentiellement de notre refus de sentir les émotions qui nous traversent, et de voir ce qui est sans distorsion. Nous souffrons de notre refus de la réalité telle qu'elle est. Nous souffrons de toutes nos croyances qui nous séparent de la réalité vivante parce qu'elles expriment sans cesse des préférences au sujet de la vie qui devrait être comme-ci ou comme ça. Au lieu de sentir la vie elle-même, nous sommes en réalité au contact de nos croyances et de nos projections sur la vie. Nous souffrons de faire l'autruche et d'avoir perdu la capacité d’observer et de sentir ce qui est, sans filtres.

En prenant le temps d'écouter une tension dans le corps, le patient se rend compte qu'il n'est pas la tension. Le plexus solaire est resserré mais cela qui écoute cette tension n'est pas tendu. La gorge est serrée et le corps a du mal à respirer mais cela qui est conscient de ces tensions n'est pas serré. Toutes les émotions apparaissent et disparaissent dans une Présence qui, elle, est immuable et non affectée par les émotions qui la traversent. C'est là une première étape essentielle dans l'exploration de la souffrance et la découverte de qui nous sommes vraiment. Cette exploration est légitime et peut prendre un certain temps. Il s'agit simplement de pas brûler les étapes et de laisser le corps parler et s'exprimer à sa guise. 


Q : Il faut donc se vider de toutes nos tensions avant de découvrir qui nous sommes réellement ? Ce n’est tomber dans le piège des voies progressives ?

Non, il ne s'agit pas d'atteindre quelque chose de particulier, mais de réaliser que nous sommes déjà cette Conscience inconditionnée dans laquelle tout apparaît. Il ne s'agit pas de se libérérer mais de se rendre compte que nous sommes déjà la liberté que nous cherchons. Ce que nous sommes est libre de l'idée même d'être libre. C’est notre essence. Nous sommes cette écoute libre de toute attente et de tout résultat. Une écoute libre d'intentions qui n'est pas une stratégie pour ne plus souffrir ou aller mieux. Simplement, cette écoute est voilée par notre prétention à savoir et avoir raison. Lorsque se révèle en nous cette écoute non dirigée, il arrive spontanément que le corps libère des émotions. C'est un phénomène naturel. 

Q : Mais cela peut aussi demander un temps ?

Il se peut que certains traumatismes autour desquels beaucoup d'histoires et de croyances ont été rattachées nécessitent plusieurs séances d'écoute pour se libérer complètement. Parfois ça prend du temps, parfois c'est instantané et parfois il reste quelque chose des années après. Mais ces résidus et ces tensions n'empêchent nullement de découvrir qui nous sommes vraiment vraiment ici et maintenant. L'un n'exclut pas l'autre. L'Un avec un grand U n'exclut jamais l'autre.

Au fur à mesure des séances, le patient se reconnecte avec cette même attention sans choix, cette écoute impersonnelle, qui lui permet d'accueillir tout ce qui était caché, enfoui, refoulé. Ainsi, plus son attention devient pure, c'est à dire non intentionnelle, plus les émotions se livrent, se défroissent et remontent à la surface pour être ressenties et dissoutes. Ce que le patient découvre avec surprise, et ça dès le début, dès la première séance, c'est que chaque fois que ce ressenti impersonnel est à l'œuvre, la tension émotionnelle se dévoile dans des strates de plus en plus profondes et de plus en plus cachées, créant une sensation de liberté intérieure immense et un bien-être incomparable. In fine, chaque fois qu'une émotion (peur, sentiment d’abandon, honte, tristesse, culpabilité, dégoût, anxiété, impatience, jalousie, irritabilité…) est pleinement sentie dans cette ouverture, elle finit par se dénouer dans l'ouverture de Présence consciente qui est la paix et la joie de l'être.

L’écoute impersonnelle des émotions révèle alors, avec encore plus d’évidence la Présence atemporelle et sans forme que nous sommes. Elle semble dans mon expérience être un corolaire essentiel à la découverte de notre vraie nature.

Le patient découvre avec émerveillement que ce qu'il redoutait le plus au monde, à savoir ses peurs ou désirs inavouables, pointent, lorsqu'elles sont pleinement senties, vers un océan de présence consciente où règne une paix absolue.

Ainsi chaque résistance devient comme une bûche rallumant le feu de la Présence que nous sommes.

Dès le départ d'une thérapie non duelle, le thérapeute pointe plus ou moins subtilement, selon la maturité du patient, vers un retournement de l'attention depuis ce qui est perçu vers cela qui perçoit. Mais surtout, le patient expérimente de façon réelle et vivante cette métanoïa (changement de point de vue) de la perspective duelle à la perspective non duelle. Car le sentiment de séparation ne réside pas seulement dans les croyances. Elle réside aussi au sein du corps sous forme de mémoires et de conditionnements puissants. Et, ce volet de l’investigation non duelle est malheureusement sous-estimé dans la plupart des voies non duelles.

Le patient expérimente ce passage mystérieux de la sensation de manque à la plénitude à chaque séance, parfois plusieurs fois dans la même séance. Et chaque fois, l'invitation est de réaliser que le passage d'un corps noué à un corps joyeux en expansion est la conséquence directe d'un changement de point de vue radical dans le regard et l’écoute du patient.


Q : Oui, pour avoir vécu cela, je trouve ça vraiment étonnant. Mais j'ai souvent eu l'impression d'entrer dans un état de félicité absolue puis ensuite de perdre cela.

On peut avoir l’impression d'avoir une clarté parfaite puis, deux heures plus tard ou une semaine après, être gagné par le désespoir. Mais, cela ne remet pas en cause le fait qu’il n’y a rien de plus direct que de faire l’expérience de l’unité avec ce à quoi on semble résister pour révéler la Présence conscience que nous sommes déjà.

C'est en effet l'impression que l'on a tant que l'on se prend à nouveau pour un moi séparé. De gagner puis, de perdre un état ! D'y entrer et d'en sortir ! Que la Présence nous élit puis nous abandonne. 

L'invitation est de voir que, s'il y a un changement d'état d'une tension à une détente, ce qui en fait l'expérience, Vous en tant que Présence indéfinie ne change pas et que Vous êtes cela !

Avec l’approfondissement de ces clartés sans personne, alliée à une confiance nouvelle dans le senti ainsi qu’une compréhension de plus en plus aiguisée de la nature réelle des pensées, qui ne sont que perceptions, la Présence sans âge et sans forme s’établit de plus en plus comme notre véritable nature. Il y a une sorte de reconnaissance qui s’approfondit et qui va se vivre dans des situations de plus en plus complexes, même considérées comme très anxiogènes avant.

Lorsque la carapace égotique et son cortège de résistances a été pleinement sentie de nombreuses fois, elle devient de moins en moins dense et le patient s'installe dans une plus grande légèreté par rapport à la vie. Son attention se défige de là où elle était fixée (croyances, peurs, émotions enfouies à protéger, traumatismes passés, tensions corporelles, douleurs…) et une attention plus ouverte, plus fluide, plus vivante se déploie. 

L'éveil de cette attention rend alors beaucoup plus opérant un retournement de l'attention à 180 degrés vers la source même de l'attention. Et c'est cela qui fait l'originalité de cette thérapie. 

En effet dans une thérapie psychocorporelle non duelle, tel que je l'entends, il ne s'agit pas seulement de laisser se résorber les symptômes, les relations conflictuelles, un traumatisme, un stress, un burnout, une dépression, une insomnie, des douleurs du dos, des migraines, tel ou tel trouble obsessionnel, tel ou tel malaise. Une fois la capacité de sentir rétablie et les dysfonctionnements les plus oppressants dénoués, l'invitation - qui est, je le rappelle, présente, dés le début d’une telle démarche - est réitérée : Aller à la racine même de la souffrance. Il ne s'agit pas simplement de se libérer d'une souffrance particulière mais de voir s'il n'y a pas une racine commune à toutes les souffrances humaines. En explorant cela de façon directe sur le plan du ressenti corporel et de la compréhension mentale, le patient est alors invité à découvrir sa véritable nature. Il découvre alors que "son" moi n'est ni plus ni moins une pensée, une simple perception qui apparaît dans la Présence consciente. Il réalise qu'à la racine de toutes les croyances qui lui faisaient sentir un sentiment de séparation avec la vie, il existe une croyance racine erronée qui est à la base même de toute souffrance : la croyance et le sentiment d'être un moi séparé, auteur des pensées et des actes. 

Il ne s'agit pas pour le patient d'adopter ex nihilo un nouvelle croyance mais de prendre le temps avec le thérapeute non duel d'explorer de façon directe (et non pas analytique ou intellectuelle), au travers des pensées, des émotions et des perceptions, quelle est la nature réelle de cela qu'il nomme moi. Cette exploration, ouverte, patiente, profonde, directe, ludique et joyeuse du corps et du mental permet de découvrir la nature illusoire de l'entité prétendument séparée. Sans personne pour souffrir pas de souffrance. Et ce n’est pas là une simple vue de l’esprit.

Réaliser que le moi n'est qu'une réalité transitoire apparaissant et disparaissant au sein de la Conscience atemporelle et impersonnelle, que toute perception est une expression de cette Conscience, puis réaliser que je suis cette Conscience sans forme et sans âge, est ce qu'on appelle la réalisation de notre vraie nature.


Q : Cela est en effet très proche de l’enseignement traditionnel non duel délivré en satsang et dans les rencontres non duelles qui fleurisssent de ci de là autour de la réalisation de notre vraie nature. Mais peut-être que dans les rencontres cela apparaît encore trop théorique et que l'on aurait besoin d'un accompagnement personnalisé si je puis utiliser ce mot ?

C’est possible. Je ne sais pas. Il faut voir. Ce qui est certain c’est que l’accompagnement individualisé semble nécessaire pour la plupart des gens. Déconstruire les arcanes de nos modes de perception, dénouer les croyances en la séparation et surtout l'impression de séparation dans le corps, demandent souvent du temps pour que l’intégration se fasse pleinement.

Je crois aussi que dans l'immense majorité des cas, la réalisation a eu lieu chez des êtres qui ont été accompagnés longuement et profondément par un accompagnant. Les témoignages en ce sens abondent même si chaque accompagnement a ses propres caractéristiques. 

Il y a bien sûr toujours des exceptions comme Ramana Maharshi ou près de chez nous l'étonnnant Stephen Jourdain. Mais ce sont plutôt des exceptions qui confirment la règle.

Entendre l'invitation du message non duel peut dans l'absolu suffire. Pourquoi pas après tout ?  Mais, il semble que cela soit extrêmement rare. La non séparation ne se goûte pas seulement avec les croyances ou avec les sensations corporelles, mais également avec les perceptions des 5 sens, le goût, le toucher, la vision, l’ouïe, l’odorat, et les émotions. La non séparation peut aussi se loger dans la croyance en la causalité, en la mémoire, en la théorie d’un intérieur et d’un extérieur, dans la croyance au libre arbitre.

Puis, une fois que des lézardes lumineuses dans notre carapace nous ont éclairées de l'intérieur, il faut voir ensuite voir comment, concrètement, comment cette réalisation est vécue dans le chaos du monde et des relations humaines, professionnelles, avec la nature et les autres créatures.

La transposition dans le quotidien de cette évidence semble plus facile à opérer lorsque il y a une porte sur le sentir.

Quand j’invite un être à sentir sa peur, je l’invite littéralement à faire l’expérience de l’unité avec la peur. Je l’invite à en faire l’expérience directement, sentir « je suis la peur ». 

Nous ne souffrons jamais, d'un point de vue psychologique des choses en elles-mêmes mais de l'idée que nous en sommes séparés.

Lorsque vous faites l’expérience de l’unité avec une peur, une émotion, une pensée, le sujet "je" et l’objet "la peur", par exemple, s’effondrent tous deux dans « suis »,, cette Présence indéterminée. "Je suis la peur" révèle qu'avant toute chose : "Je suis." Un "je suis" en amont des ceci et cela, un "je suis" sans défintion, sans histoire, sans passé et sans futur, un "je suis" qui est pure Présence atemporelle

Sentir est toujours d’une grande douceur. Les gens sont toujours émerveillés de découvrir que lorsqu’ils rencontrent pleinement ce qui leur faisait tant peur, c’est la Paix inconditionnée qu’ils sont qui se révèle.


Q : Quelle est donc la relation entre thérapie et la réalisation non duelle ?

Il n'y a pas à proprement parler relation de même qu'il n'y a pas de relation entre l'océan et les vagues. Les vagues peuvent être rapides ou lentes, gigantesques ou minuscules, mais ne cessent jamais d'être l'océan. La vague n'est jamais vraiment séparée de l'océan même si cela peut parfois sembler ainsi au travers d'une pensée dualisante. Dans cette métaphore, les expériences par essence transitoires représentent les vagues et l'océan la Conscience. La conscience et son contenu ne sont en réalité pas séparés. Lorsque cela est vu cela s'appelle réalisation.

En thérapie, on s'occupe du contenu de la Conscience, de ce qui est transitoire et cela s'inscrit dans la durée. 

S'éveiller à sa vraie nature c'est simplement réaliser ce qui est depuis toujours à savoir la non séparabilité entre les vagues et l'océan. C'est réaliser qu'on n' a jamais cessé d'être la Présence atemporelle dans laquelle l'imaginaire de la durée est apparue.

Quand les vagues sont très agitées, "ils" oublient qu'ils sont l'océan, parce qu'ils se voient comme différentes et séparées des autres vagues. De la même façon, quand nos pensées sont très agités, nous nous croyons très différents et séparés. Si les vagues se calment et finissent par retomber complètement, elles se mêlent aux autres vagues et redeviennent l'océan qu'elles n'avaient de toute façon jamais cessé d'être. Mais quand les vagues se calemnt la reconnaissanec de cette évidence semble plus facile à réaliser.

La thérapie peut aider à relaxer un mental au point qu'il redevienne transparent afin que la vague réalise qu'elle est l'océan, à la pensée de reconnaître qu'elle est une expression de la Conscience.

Disons que, après un accompagneemnt non duel où un certain d'angles morts ont pu être éclairés, et certaines résistances ont pu être senties, le mental est plus transparent. Alors, dans un certain sens, oui, il est sans doute statistiquement plus facile et moins déséquilibrant pour la personne de tourner son attention à 180 degrés vers ce qui en nous perçoit, et réaliser sa vraie nature de vacuité consciente non séparé des perceptions.

Cela n'empêche nullement qu'il est possible, à tout instant, de reconnaître, sans efforts, ce que nous sommes déjà cette Présence sans forme.

Q : Alors tout le monde finit par s’éveiller ?

Ce qui est réalisé surtout, c’est qu’il n’y a personne pour s’éveiller. L’éveil de la personne, qui est un fantasme pathologique pour beaucoup de gens fréquentant les Satsang, se fond au contraire dans la Présence impersonnelle, où il n’y a personne pour réclamer quoi que ce soit ou se glorifier de quoi que se soit.

Alors continue simplement le jeu de la vie. Et, si une contraction égotique apparaît, il n’y a qu’à jouer avec. Pleinement jouer. Se mettre complètement en jeu comme lors des séances individuelles. Par exemple par le biais des jeux de révélation que je propose.

Vous savez qu’il n’y a rien à perdre, car vous pressentez que vous êtes déjà la vacuité dans laquelle tout apparaît et disparaît. Et vous savez aussi qu’il n’y a rien à gagner car vous pressentez que vous êtes tout. Vous êtes très concrètement le Sans Forme se manifestant dans toute forme.

Et, s’il vous semble que vous êtes redevenus sérieux à propos de quelque chose, que vous avez des préférences égotiques qui s’expriment dans certaines situations, qu’un sentiment d’appropriation est réapparu, et donc une impression de séparation, alors, vous savez qu’il est temps de se remettre à jouer. De se remettre totalement en jeu. La vie devient facile. La vie devient un grand terrain de jeu. La vie est jeu. Ce n’est pas sérieux la vie.

Vous apprenez à jouer à divers jeux de révélation qui sont comme des outils de la conscience pour se rappeler à elle-même au sein du rêve et se réveiller au rêve.

Vous devenez honnêtes avec vous-mêmes. Par "être honnête", j'entends "sentir la vie" plutôt que de "penser la vie". Être malhonnête serait - lorsqu’une impression de séparation se manifeste - de la penser plutôt que de la sentir. Ce serait par exemple se demander ce que nous devrions sentir, plutôt que de sentir directement. Vous devenez honnête avec vous-mêmes, vous prenez chaque fois le chemin le plus court vers vous-même. La voie directe c'est sentir.

Ce qui rend heureux c’est de sentir la vie, pas de la penser.

NB : Pour ceux qui sont intéressés par un accompagnement individuel non-duel à Paris ou par Skype ou une séance d'accompagnement psycho-corporelle pour laisser éclore les émotions bloquées, veuillez me contacter au 06 63 76 90 81 ou sur mon mail : adnnn1967@gmail.com

Si vous voulez vous inscrire pour les rencontres non duelles (sur la base d'une participation en conscience) qui ont lieu de façon bi-mensuelle à chez moi dans le 19e à Paris, écrivez-moi un sms sur le numéro ci-dessus.