Feel it !




Paroles et musique de Dan Speerschneider
un album pour célébrer la vie ;-)

vendredi 31 mars 2017

La fin du temps


"Le Quatuor pour la Fin des Temps" est une œuvre d'une indicible beauté de Messian. C'est une sorte de louange à l'immortalité, à l'Absolu, au mystère de l'Atemporelle Présence. Peut-être que le titre de l'œuvre et son inspiration sont liés au fait qu'elle a été écrite en des temps funestes et apocalyptiques, dans un camp de prisonniers en Allemagne en 1940-41 où, Messian était détenu avec, entre autre, d'autres musiciens. C'est en ce genre d'endroits où il est éminemment possible de réaliser la fin du temps, à la fois dans un sens relatif (pour le corps-mental pour lequel l'espérance de vie a soudain drastiquement chutée) et sur le plan Absolu (Le temps n'existe pas). L'œuvre a d'ailleurs été jouée dans ce camp pour la première fois par des codétenus. 

Tout art profond pointe en quelque sorte vers la fin du temps, vers le mystère de l'atemporelle Présence que nous sommes. 

Quand tout d'un coup notre horizon se resserre de manière draconnienne et, qu'à la faveur de certaines informations on découvre, au sens propre, qu'il n'y a plus d'avenir pour ce corps-mental-ci, quelque chose se détend miraculeusement. 

C'est donc toujours la sacro sainte croyance en la durée qui crée toutes ces tensions inutiles, tous ces désirs et ces peurs, qui nous rendent esclaves du mental et nous empêche de goûter à la beauté indicible de l'instant. En effet, sans avenir, point de recherche. Quand il n'y a plus d'avenir pour moi, toutes les préoccupations égotiques sont balayés en moins d'une. 

Quand la recherche d'un mieux, plus loin qu'ici et plus tard que maintenant cesse, c'est mécanique, le mystère de la Vie se révèle dans toute sa splendeur.

Léo Hartong raconte dans son livre,"S'éveiller au rêve", l'histoire d'un condamné à mort qui, devant la potence contemple le paysage une dernière fois, lorsqu'il est soudain envahi par un calme immense. Sa peur de mourir a brusquement été remplacée par une paix mystique et, soudain il se sent relié à toute la création dans une unité indicible. Mais, de façon totalement inattendue, à la toute dernière minute, le roi gracie le soldat. Celui-ci recouvre la liberté et la vie mais perd la vision du paradis. Le reste de sa vie se résume à une quête désespérée pour retrouver cette unité. Finalement il devient alcoolique et meurt en solitaire des années après.


J'ai pu moi aussi ressentir à plusieurs reprises que les carottes étaient cuites. À deux reprises, lorsque la mort semblait inéluctable, ce même sentiment d'unité avec tout ce qui est et une paix qui n'est pas de ce monde ont été éprouvés.

De même, à chaque fois que la vie m'a mené vers un écroulement des prétentions à savoir, après être passé par l'entonnoir de l'impuissance, cette connivence mystique avec toute la manifestation s'est imposée d'elle-même. (Voir également l'article du intitulé "De la grâce des murs", du 31/07/2014). Je suis sûr que vous aussi avez connu la bénédiction de ces résurrections pré et post apocalyptiques.

Je pourrais vous raconter des dizaines d'histoires, toutes magnifiques et singulières, relevant de cette même veine. Tant de proches, d'amis de patients ou de gens en fin de vie que j'ai eu la joie d'accompagner dans leurs dernièrs mois de vie, ont connu ce même éveil à la Présence Atemporelle, lorsque qu'advint soudain l'évidence du "no future", et qu'il n'y avait plus de temps pour accomplir quoi que ce soit dans le monde en tant qu'individu. Ces réalisations ont toutes coïncidées avec une dissolution de l'impression d'être un individu.

Je me souviens notamment de Geneviève, 59 ans en 2000, définitivement condamnée par la médecine, que je rencontrais en soins palliatifs, avec un cancer généralisé, pesant au maximum 38 kilos. Femme encore pleine de colères envers la vie et de conflits irrésolus, avec sa fille notamment. Je me souviens de cet instant, après plusieurs mois de partages et d'accouchements d'émotions enfouies, où elle réalisa soudain qu'elle avait toujours été hors du temps, témoin immuable de tous les changements et non concernée par ceux-ci. Elle réalisa soudain qu'il n'y a avait plus rien à accomplir pour elle dans le monde et fut immédiatement gagnée par une douceur et une lumière d'outre ciel. Une chanson ("Ensemble") pointe maladroitement vers ses partages et révélations sans nom. (Voir Soundcloud à Dan Speerschneider pour les curieux).


Je me souviens également de ce documentaire animalier sur la technique de chasse des guépards. Le caméraman réussit à capter au travers d'un ralenti bouleversant, ce moment où la gazelle littéralement lâchat prise. On la voit d'image en image offrir son cou gracile aux dents acérés du guépard. Quand elle sent la fin imminente, elle se donne subitement avec une grâce étonnante. On le voit notamment dans son regard qui s'éclaire et dans les muscles de son cou qui passent brusquement de la crispation à l'acceptation profonde, comme si la gazelle était soudain entrée dans une mystérieuse connivence avec son bourreau. Un peu comme si elle avait atteint une perspective dépassant le bourreau et la victime, tout en les englobant tous deux, les laissant jouer librement leur chorégraphie unique et pourtant universelle et, dont elle était subitement devenue le Témoin Impersonnel.

Quand nous voyons clairement que n'avons plus rien à gagner ni à perdre, l'unité de la Vie se révèle dans son indicible beauté, quelle que soit la situation.

Tant que nous pouvons encore espérer quelque chose, c'est que nous sommes plus intéressés par la forme que par l'espacedans lequel apparaissent et disparaissent les formes, par le monde que par la Conscience, par l'illusion que par la Vérité, par le personnel que par l'impersonnel, par la vie que par le mystère du Vivant. C'est comme ça. C'est respectable aussi. On n'y peut rien. Mais il est possible de "mourir avant de mourir" comme il est dit dans le Coran et dans les Évangiles.  

Sentez ce que cela fait que de n'avoir qu'un mois, puis qu'une semaine à vivre... Plus qu'un jour... Plus qu'une heure. Plus qu'une minute ! Tout d'un coup, tous les efforts inutiles de maintenance d'une personne illusoire s'effondrent et un calme immense vous envahit. Vous êtes cette Plénitude sans nom.

Voyez qu'il est déjà trop tard ! Nous nous en rendons d'ailleurs très vite compte, lorsque nous contemplons quelques instants notre petite vie et réalisons que tel ou tel évènement qui s'est passé il y a 30, 50 ou 70 ans semble s'être déroulé, il y à peine quelques instants. Les plus lucides d'entre nous réaliseront alors que nous serons sans doute étreints par cette même impression de fugacité à l'heure de la mort, comme pour nous souffler que tout ceci n'aura été qu'un rêve et, que la Réalité substantielle de tout ceci appartient à l'Atemporelle Présence, dont le parfum déjà nous ravit.

Le décompte final est toujours imminent. Voyez que ce que Vous êtes vraiment n'a rien à accomplir.

Il est possible de le réaliser avant que vous attrapiez un cancer ou soyez piégés par dans un accident de voiture, une rixe ou une catastropohe naturelle. Il n'y a pas de temps à perdre. La fin du temps c'est Maintenant. Et en même temps Vous êtes au-delà. Vous êtes ce qui est sans commencement et sans fin. Ce que Vous êtes n'est en rien concerné par la destinée du corps mental, du monde ou de l'univers.

"Vous avez été témoin de votre propre naissance et Vous serez témoin de votre propre mort" disait Nisargadatta Maharaj.

Celui qui sent, voit, entend et lit ceci et que vous ne connaissez pas, c'est Vous.

Le temps n'était qu'un rêve fugace. Je suis, Vous êtes, Nous sommes l'Atemporelle Présence.

Amor Fati

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NB : Pour ceux qui sont intéressés par un accompagnement individuel, veuillez me contacter au 06 63 76 90 81 ou sur mon mail : adnnn1967@gmail.com

Si vous voulez vous inscrire pour les rencontres non duelles (sur la base d'une participation en conscience) qui ont lieu de façon bi-mensuelle à chez moi dans le 19e à Paris, écrivez-moi un sms sur le numéro ci-dessus.


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